L'oeil de Lacroix

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Mario Lacroix

Carrefour des lecteurs

Faire de la place

OPINION / Les annonces de mises à pied s’enchaînent dans le domaine de la distribution alimentaire. Metro annonçait cette semaine que l’entreprise laissait partir 250 employés au Québec et en Ontario. Par ailleurs, Loblaw, le numéro un au Canada, remerciait 500 employés de bureau de son siège social, situé au 1 President’s Choice à Brampton pour réduire les coûts un peu partout au pays, soit à Calgary, Toronto, Winnipeg, Halifax et Montréal.

Les pressions sur l’industrie sont réelles. D’abord, le niveau de compétitivité relevé empêche les détaillants d’augmenter les prix au détail de façon même subtile. Il devient donc difficile d’augmenter les marges, alors il faut diminuer les coûts d’opération. Calcul simple à faire.

L’autre aspect frappant nous vient de l’adoption du numérique et de la robotisation en distribution et au détail. On ne le cache même plus aujourd’hui avec les annonces de réinvestissement qui se succèdent. La modernisation des centres de distribution et des magasins laisse de plus en plus de place à l’intelligence artificielle et moins à l’humain. L’intuition, l’outil privilégié des gestionnaires en alimentation depuis des décennies, a de moins en moins la cote. Il fallait s’y attendre, dans la mesure où les us et coutumes du secteur devenaient de plus en plus obsolètes. Par contre, tout cela se produit à un rythme effréné. Sur à peine dix ans, on remarque une nette amélioration de la capacité de gérer des données et d’anticiper les faits et gestes du consommateur, et cela ne fait que marquer le début. Le secteur qui a déjà embauché environ 450 000 personnes pourrait en compter moins de 300 000 d’ici quelques années, et générer plus de revenus. C’est l’adage habituel des changements structurels, faire plus avec moins.

Le fait que quelques provinces envisagent d’augmenter le salaire minimum à 15 $, voire même 18 $ d’ici quelques années, force les distributeurs à gérer le capital humain de façon différente. Le salaire minimum représente un frein à la création d’emplois, peu importe ce que disent certains groupes. Une multitude d’entreprises a mentionné tour à tour, que des salaires minimums trop élevés les forceront à prendre des décisions difficiles. Les effectifs diminuent partout. On pourrait même voir plusieurs services confiés en sous-traitance d’ici quelques années. Mais dans un monde où les secrets industriels sont omniprésents, la sous-traitance a ses limites. 

Plus important encore, ce qui pointe à l’horizon n’a rien pour rassurer. Les Walmart, Costco et Amazon s’attaquent à une industrie en étant munis d’un registre stratégique qui ne ressemble aucunement à ce que les traditionalistes utilisent et poussent les limites paradigmatiques du secteur à une allure qui frissonnent. Ils misent sur le vrac, l’achat en ligne, des avenues ignorées pendant des années par les grandes bannières.

L’empreinte logistique pour certaines de ces entreprises est incroyable, surtout dans le cas de Walmart. Costco offre une qualité qui surprend, et Amazon demeure la menace du futur avec sa notion de traiter les données pour mieux comprendre le consommateur. Aujourd’hui, les trois supermarchés, Loblaw, Sobeys et Metro tentent de suivre.

Depuis quelques années, ils essaient de suivre la cadence avec le même monde, le même talent. Or, les trois entreprises ont compris qu’il faut des employés qui pensent autrement. La culture au sein du secteur de la distribution alimentaire connaît une totale mutation. Alors, il faut laisser de la place à des employés non biaisés, sans idées préconçues. L’art de bien placer des tomates ou des pommes sur un étal, ou de bien positionner un produit à rabais au bout d’une allée ne suffit plus. Pour penser autrement, il faut du sang neuf.

Malheureusement, lire des annonces de licenciements désole toujours. Par contre, dans le cas de la distribution alimentaire, c’est symptomatique d’un éveil collectif. Les pratiques traditionnelles ne suffisent plus. Le secteur exerce des coupures non seulement pour protéger des marges déjà assez minces, mais surtout pour s’outiller différemment. Le nombre absolu d’employés continuera de diminuer, mais une nouvelle génération s’installe afin de permettre au secteur de se moderniser.

Sylvain Charlebois, doyen

Université Dalhousie

Nouvelle-Écosse

Éditorial

De vedette à paria

ÉDITORIAL / On peut se réjouir que des victimes présumées d’agression ou de harcèlement sexuel osent dénoncer leur agresseur. Enfin, le vent tourne, disent certains. Mais si les présumées victimes doivent recourir aux journalistes pour mettre fin à une situation intenable et aux médias sociaux pour obtenir un «semblant» de justice, on n’a rien gagné.

Mercredi, les députés de l’Assemblée nationale ont adopté une motion. Ils constatent l’urgence d’améliorer le traitement des plaintes de harcèlement et de violence sexuelle dès leur dépôt et demande à la ministre de la Condition féminine d’explorer toutes les mesures alternatives pour accompagner, accueillir et traiter les plaintes des victimes qui le souhaitent.

La ministre Hélène David a aussitôt indiqué qu’elle travaillerait avec ses collègues de la Justice, de la Sécurité publique et avec les gens des réseaux (famille, travail) pour améliorer la situation. Et pas seulement, a-t-elle précisé, le «côté judiciarisé». Elle souhaite des actions en amont pour que plus jamais des femmes et des hommes, des victimes, soient laissées seules.

Rassurant de voir cette mobilisation et d’entendre cet engagement? Cela le serait davantage si on n’avait pas l’impression de revoir le même film avec une distribution différente. Le dernier en lice met en vedette Éric Salvail et Gilbert Rozon, mais le scénario se répète. Un gros nom fait la manchette, les médias sociaux s’activent, le nombre de plaintes augmente quelque peu et on n’en parle plus jusqu’au prochain épisode. 

«Il n’est plus question de réagir une fois par année seulement quand il y a un mot-clic qui fait le buzz sur les médias sociaux. Il faut profiter de cette prise de parole collective pour amener des changements concrets et durables. Il faut parler, il faut écouter, et surtout, il faut agir», a souhaité la députée caquiste Lise Lavallée. 

La responsabilité d’agir n’incombe pas seulement au gouvernement. Celui-ci aura beau légiférer, faire des campagnes de prévention, rappeler les obligations des uns et les droits des autres, le harcèlement continuera de faire des ravages si les gens continuent, notamment dans leur milieu de travail, de feindre de ne rien voir et de ne rien entendre par calcul ou par couardise. Jusqu’au jour où le cas du patron qui abusait de son pouvoir, ou celui du collègue qui se croyait au-dessus de tout, est étalé dans les journaux ou les médias sociaux.

Il faut mettre fin à cette «complicité silencieuse» et le moyen d’y arriver ne doit pas être de bafouer la présomption d’innocence et de se faire justice soi-même. On ne règle pas un problème ainsi. On le déplace. On risque de détruire injustement des réputations.

«Le vent tourne, les femmes parlent, les hommes parlent aussi», a noté mercredi la députée Martine Ouellet. Les allégations d’inconduites sexuelles visant le producteur et animateur Éric Salvail, donne en effet au problème de harcèlement sexuel une autre dimension. Il déborde de la cour de la «Condition féminine». 

Maintenant que des hommes dénoncent, qu’ils se disent victimes d’inconduites sexuelles et d’abus, peut-être que le vent tournera plus rapidement et ne s’apaisera pas entre deux vagues de dénonciations de masse dans les médias sociaux.

Si des hommes et des femmes unissent leurs voix, les milieux de travail et le système de justice auront davantage de pression pour procéder aux changements qui s’imposent. Des entreprises veilleront à ne pas ternir leur réputation. Les comportements changeront peut-être aussi plus rapidement, personne ne voulant prendre le risque de se voir condamner sans procès, et de passer en quelques heures de vedette à paria.

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Mario Lacroix

Carrefour des lecteurs

L'auto tatouée sur le coeur

OPINION / Pendant que la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, rêve d’une ville sans voiture, ici à Québec on se targue d’être pro-autos. On lui voue presque un culte. On entend dire et on lit dans les journaux que les gens de Québec sont attachés à leurs véhicules quatre roues motrices. Attachés presque émotivement. On irait jusqu’à croire qu’ils ont leur automobile tatouée sur le cœur. Enfin, il semble qu’il en est ainsi pour une bonne partie de la population. 

Je me demande d’où peut bien venir cette propension à n’envisager le transport citoyen que par l’automobile et à avoir un rejet presque systématique du transport en commun. Pourquoi donc quitter le confort de son véhicule pour aller s’engouffrer dans un autobus aux heures de pointe pour une question du bien commun ou du bien-être écologique de sa ville ? Rien de tel que le bonheur de se retrouver seul dans son auto, à écouter les radios de Québec. Un égoïsme normal et réconfortant, voire légitime après tout, dirons certains. Le covoiturage n’a donc pas plus la cote à Québec. 

Rouler seul dans son char aux heures de pointe en plein cœur des bouchons interminables, rien de tel. Alors voilà sans doute pourquoi la question du 3e lien agace la population de Québec. En pleine course à la mairie, lequel des candidats osera le mieux parler de cette question sans risquer de perdre trop de points dans les sondages, sans trop perdre de votes le 5 novembre ? La question du 3e lien devient presque taboue. Celui qui a le plus à perdre à ce sujet est le maire sortant, Régis Labeaume. Alors vaut sans doute mieux se garder une petite gêne et s’abstenir de trop en parler. En fait, faire un enjeu du 3e lien est risqué, ni plus ni moins.

Et pendant ce temps à Paris, la mairesse sortante Anne Hidalgo, voyant venir la course à la mairie, ne cesse de vanter les mérites d’une grande ville sans voiture. Elle en parle avec conviction, réalisme et courage. Bien qu’elle sache qu’une grande partie des Parisiens n’en ont rien à cirer de vivre dans une ville écologique où il faut laisser de côté son auto, elle continue sa croisade. Elle persiste et signe, pendant qu’ici au Québec on est plutôt avare sur le sujet, surtout dans notre merveilleuse capitale nationale.

Yvan Giguère

Saguenay

Le tabagisme et la marijuana

OPINION / Jeudi 19 et vendredi 20, de la grande visite au Lac-Saint-Jean : le premier ministre en personne, Justin Trudeau, notre grande vedette, et la population y est invitée. Imaginez l’opportunité pour le Saguenay et le Lac-Saint-Jean de manifester contre le projet de loi sur la marijuana. (...)

Je ne peux comprendre que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et le premier ministre Philippe Couillard, tous deux médecins, endossent et acceptent une loi qui va à l’encontre de la santé des Québécois (es). Ce sont aussi deux irresponsables en matière de santé publique. Le tabagisme a tué 125 Canadiens chaque jour et a coûté 16,2 milliards de dollars en 2012. Et aujourd’hui, le nombre ne diminue pas. 

En 2012, on a dénombré 45 000 décès attribuables au tabagisme. Cela représente 18 % de tous les décès enregistrés au Canada cette année-là, et présentement 22 % de décès dus au tabagisme, dont 58 % des hommes et 41,5 % des femmes. Déjà, on voit de la publicité pour infirmer les jeunes sur les dangers du cannabisme. Les provinces embarquent tête première, ce qui va engendrer des dépenses à coups de millions pour encadrer cette cochonnerie. Et ce n’est pas fini ! Combien en soins de santé ? Encore là, des millions que l’on prendra dans les poches des contribuables. (...)

M. Justin Trudeau, vous tenez une promesse qui vous a aidé à remporter vos élections. Cette promesse va toutefois engendrer des problèmes dans toutes les provinces. Votre image de vedette vous va bien, admiré dans tous les pays, photo par ici, photo par là. N’empêche qu’un pays ne se dirige pas en jouant la vedette. Car diriger un pays, ce n’est pas du cinéma.

Alain Duchesne

Chicoutimi-Nord

Ne pas juste s’opposer

OPINION / M. Couillard vient de faire un autre remaniement et il fallait s’y attendre, les partis d’opposition montent aux barricades, tout comme les médias d’ailleurs, pour affirmer leur désaccord aux nominations. Les mots le disent : « partis d’opposition », donc il faut s’opposer à tout ce que propose le gouvernement en place. Rappelez-vous d’Yvon Deschamps dans Les parlementeries dire qu’il avait compris que son rôle d’opposition officielle, c’est de s’opposer. De s’opposer même à ce que son parti peut proposer.

Pendant plus de vingt ans, j’ai milité activement autant au PQ qu’au Bloc, et c’est cette facette de la politique que je détestais. 

C’est pourquoi je n’écoutais jamais les débats. J’ai même refusé de me présenter dans une élection afin de remplacer mon ami Marc-André Bédard, qui a dû se retirer pour des raisons de santé dans Chicoutimi. J’ai refusé d’aller travailler dans un milieu hostile de confrontation et aussi, de sacrifier ma petite famille pour ce poste très exigeant et ingrat.

Être plus jeune et avoir encore mon épouse à mes côtés, je tenterais, comme M. Bouchard l’a fait, de créer un nouveau parti politique au Québec qui, sans être au pouvoir, ne se comporterait pas toujours et nécessairement comme un parti d’opposition. Pourquoi ne pas reconnaître occasionnellement qu’un gouvernement peut réaliser de bonnes choses ? 

Yvon Lavoie

Granby

Éditoriaux

Prêcher dans le désert

ÉDITORIAL / Comment expliquer que les Québécois démontrent si peu d’empathie lorsqu’il est question de l’industrie forestière qui, depuis des années, tente par tous les moyens de confondre ses détracteurs. Victime de campagnes de dénigrement de la part d’organisations environnementales militantes et assujettie à des droits compensateurs injustifiés à la frontière des États-Unis, ce moteur de l’économie peine à rallier l’opinion publique. L’industrie a également du mal à se faire entendre au-delà des régions où elle opère. Nous sommes à des années-lumière de l’attention médiatique dont bénéficie Bombardier, qui vit pourtant des problèmes tout à fait similaires en matière d’exportation. Hors de Montréal, point de salut ?

Porte-parole de Produits forestiers Résolu, Karl Blackburn ne manque jamais une occasion de rectifier le discours des opposants à l’exploitation forestière, de rappeler que le modèle québécois est l’un des plus rigoureux au monde sur le plan du développement durable. Mardi, alors qu’il participait à une table ronde dans le cadre de l’événement Naturallia 2017, qui se déroule à Roberval, l’ancien député a comparé le traitement médiatique réservé à la forêt à celui dont a bénéficié récemment l’aéronautique sur les grands réseaux d’information. Difficile d’être en désaccord avec sa réflexion. Avant même la transaction impliquant le géant Airbus, Bombardier a joui d’une couverture tous azimuts sur les chaînes en continu de même que dans les grands journaux québécois. Malgré l’implication controversée de Québec dans le sauvetage de la CSeries, malgré le scandale des primes accordées aux dirigeants de la compagnie, c’est avec une indignation manifeste que tous ont dénoncé l’attitude des Américains lorsque ces derniers ont imposé des droits de douane de 219,63 % pour chaque avion vendu aux États-Unis. La réaction populaire a été unanime et surtout, solidaire. 

Pourquoi en est-il autrement pour la forêt, qui procure de l’emploi à quelque 60 000 personnes au Québec ? Pourquoi la population ne démontre-t-elle pas la même sympathie lorsque les Américains imposent des pénalités à PFR ? 

La réponse de Karl Blackburn se décline en deux temps. D’abord, la concentration démographique dans les grands centres urbains. Puis, l’adhésion aveugle d’une partie non négligeable de la population aux pressions des Greenpeace et autres activistes environnementaux, qui ont fait de la protection de la forêt boréale un véritable dogme. Or, depuis la nuit des temps, l’arbre qui est coupé cède naturellement sa place à celui qui repousse. C’est encore plus vrai à une époque où la sylviculture et les pratiques responsables sont des conditions indissociables de l’exploitation forestière. 

Et pendant que Produits forestiers Résolu et les autres entreprises forestières prêchent dans le désert, la CSeries est quant à elle passée entre les mains de la Française Airbus et chaque appareil sera dorénavant assemblé au pays de l’Oncle Sam. Heureusement, nul ne pourra jamais déménager la forêt québécoise. 

Chapeau à Roberval !

Dans un autre ordre d’idées, l’administration municipale de Roberval a réalisé un coup de maître en obtenant l’édition 2017 du forum Naturallia, un événement destiné aux alliances commerciales dans le domaine des ressources naturelles. Au-delà des conférences de qualité, des quelque 530 participants, d’une quarantaine d’entreprises locales et des dizaines d’autres de partout sur la planète ayant répondu à l’invitation, cette édition de Naturallia est une preuve indiscutable qu’il est possible d’organiser des rencontres d’envergure dans le Haut-du-Lac.

C’est le maire sortant Guy Larouche qui doit se féliciter aujourd’hui, en pleine campagne électorale, d’avoir tout mis en œuvre pour accueillir, chez lui, tous ces congressistes, représentants d’entreprises, délégations internationales, journalistes, députés et ministres. 

Il y a fort à parier que d’autres aspirants à la fonction de maire, ailleurs au Saguenay-Lac-Saint-Jean, auraient payé très cher pour profiter d’une telle tribune.

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Mario Lacroix

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L’autonomie participative? Pourquoi pas!

OPINION / En novembre prochain auront lieu des élections municipales. Ces élections peuvent, si nous le voulons, être un tremplin pour donner un second souffle au développement local et régional.

Un peu partout dans le monde, on assiste à une revendication visant une plus grande autonomie locale et régionale. Cette revendication provient notamment du fait que les grands gouvernements centralisés ont de plus en plus de difficultés à répondre aux besoins et aux priorités des populations habitant des territoires possédant des réalités très différentes. Alors que les municipalités sont le gouvernement le plus près des populations, et donc les plus en mesure de répondre adéquatement aux réalités les concernant, elles sont maintenues dans un état de dépendance face à Québec et à Ottawa. 

Ce n’est pourtant pas la dépendance qui permet de se développer, mais bien l’autonomie. À l’UNESCO, on dit que « le développement est un processus qui vise à rendre les individus et les collectivités plus autonomes et mieux en mesure de maîtriser leur destinée ».

René Lévesque affirmait que « la décentralisation est un acte de confiance envers les régionaux dans leur capacité à trouver des solutions adaptées à leur réalité ». On est bien loin de cela actuellement. C’est pour cette raison que nous croyons que les candidats et candidates aux élections municipales doivent saisir l’occasion de réclamer davantage d’autonomie, en disant à leur population : « Si je suis élu, non seulement je vais m’occuper des égouts, des trottoirs et des parcs, mais je revendiquerai également plus d’autonomie financière et politique pour la municipalité et la région ». 

Par ailleurs, nous croyons que si nous voulons bien réussir la décentralisation, il faut que les citoyennes et citoyens y soient associés de près. On ne peut concevoir de décentralisation sans participation citoyenne. On ne peut laisser les décisions qui nous concernent dans les seules mains de nos élus, quand bien même ils seraient les meilleurs. 

Pour ce faire, entre autres moyens, il existe actuellement sur le marché tout une panoplie de logiciels de sondages et de démocratisation des décisions, qui sont de moins en coûteux et de plus en plus facile d’utilisation. Il est aujourd’hui facile et peu onéreux pour les élus de faire participer leurs concitoyennes et concitoyens aux décisions et orientations de leur municipalité. D’autres municipalités optent pour un budget participatif qui confie l’attribution d’un montant du budget de la municipalité aux projets soumis pas les citoyennes et les citoyens. Une telle politique de participation citoyenne garantira qu’ils veulent tous travailler non seulement pour la population, mais également avec elle.

Denis Trottier, Édith Cottenoir, Éric Dubois, Philippe Dumont, Delphine Malempré, Simon-Olivier Côté, Pierre Dostie, Charles Bois, Engelbert Cottenoir

Les élections de la défusion

Le Quotidien publiait récemment un sondage qui nous confirme que la fusion proclamée dans les faits le 18 février 2002 est loin d’être réalisée dans les cœurs. On peut constater à travers les résultats de ce sondage Segma un clivage des votes pour des candidats de chacun des arrondissements. 

Jean-Pierre Blackburn, ex-député de Jonquière aux Communes, mène largement à Jonquière, Josée Néron, une Chicoutimienne pure laine, acquiert une large majorité à Chicoutimi tandis qu’Arthur Gobeil, citoyen de La Baie, fait le plein de ses 15 % dans l’arrondissement baieriverain.

Si ces résultats font ressortir le chauvinisme qui a caractérisé notre région depuis des lustres, il démontre aussi que la ville a besoin d’un rassembleur pour recréer l’unité indispensable à son développement. Le seul qui ne soit pas identifié à aucun des secteurs en particulier serait sans doute le plus apte à jouer ce rôle d’unificateur.

Si ce sondage révèle de façon si évidente ces disparités locales, il laisse dans l’ombre une évidence éclatante. Dominic Gagnon, natif de Jonquière, exerçant à La Baie dont la famille vit à Shipshaw est le candidat démontrant des dispositions les mieux adaptées pour exercer une gestion plus objective de la grande ville de Saguenay.

Sinon, les quatre prochaines années pourraient nous ramener aux improductives luttes fratricides, celles de la plus petite autoroute du monde, celles des compétitions pour remplir les parcs industriels et celles des activités culturelles concurrentielles. Le prochain rendez-vous électoral ne doit pas être l’élection de la défusion ; souhaitons que le prochain sondage illustre un virage dans ce sens.

Richard Banford

Consultant en communication

Bégin

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Mario Lacroix

Point de vue

Désillusionné par l’enquête sur la mort de mon fils

Le 23 septembre dernier, j’ai finalement reçu le rapport du coroner en lien avec le meurtre de notre fils Thierry survenu le 13 février 2016, à peine six mois après qu’il ait joint les rangs de la police de Lac-Simon. Thierry était confronté à un jeune homme intoxiqué et armé qui avait des antécédents suicidaires et à qui on avait retiré ses armes à feu, mais pour des raisons qui n’ont jamais été adressées par le coroner, à qui Thierry avait lui-même remis plus tard les armes sur ordre de son supérieur.

Cette journée tragique a changé nos vies à jamais. La souffrance, la douleur et les larmes font maintenant partie de notre quotidien. Ma conjointe Christine est dévastée et ne peut s’en remettre. Mon autre fils, Steffan, a perdu son frère, son meilleur ami et le parrain de son propre fils Charles-Antoine, qui lui a perdu son oncle bien-aimé. La fiancée de Thierry, Joannie, a perdu l’homme de sa vie. Pour nous tous, la vie ne sera plus jamais la même. Il y a un énorme trou béant que ne sera jamais comblé, comme une grave blessure qui ne sera jamais guérie.

Les proches de victimes, autant que les citoyens en général, comptent sur les instances officielles pour enquêter sur les causes et les circonstances ayant abouti à des décès évitables et faire des recommandations pour éviter des tragédies semblables. En fait, la mise en œuvre de ce genre de recommandations constitue l’un des rares développements pouvant alléger la souffrance des proches des victimes, car elle assure que notre perte n’a pas été vaine.

Mais comme d’autres enquêtes similaires, par exemple celles ayant suivi les tueries de quatre agents de la GRC à Mayerthorpe en 2005 et de trois autres à Moncton en 2014, l’enquête entourant le décès de notre fils a elle aussi fait fi des circonstances permettant à des individus instables ou malintentionnés d’avoir accès à des armes à feu, en plus du fait que les agresseurs aient eu accès à des armes d’assaut légales. Au contraire, dans le cas de mon fils, le coroner a blâmé son « excès de confiance » — et n’a émis aucune recommandation!

Ainsi, déçu et désillusionné après 19 mois d’attente et d’espoir quant au rapport du coroner, je m’adresse maintenant directement aux instances politiques en vue de faire adopter des mesures concrètes pour éviter que de tels événements ne se reproduisent. Thierry ne doit pas avoir donné sa vie pour rien, contrairement à ce que sous-entend la conclusion du coroner.

Il faut empêcher la possession d’armes par ceux qui manifestent ou qui ont manifesté des comportements suicidaires, violents, menaçants ou associés à une maladie mentale, peu importe la nature de cette dernière. Les autorités n’auraient jamais dû permettre au tueur de notre fils de ravoir des armes en sa possession. Sans la présence d’armes à feu, la situation aurait été complètement différente et Thierry ainsi que le meurtrier seraient vraisemblablement en vie aujourd’hui.

En fait, il va de soi que plus les armes à feu sont réglementées, moins il y a de chances qu’elles servent à des fins violentes. C’est pourquoi j’appuie la concrétisation des promesses électorales du Parti Libéral en ce sens, soit un meilleur contrôle des ventes (vérification obligatoire du permis, registre des ventes), un meilleur contrôle du transport des armes de poing et la pleine latitude aux contrôleurs provinciaux de rattacher des conditions de sécurité supplémentaires aux divers permis (possession privée, entreprises, foires d’armes, clubs de tir, etc.).

J’appuie tout particulièrement l’intention du gouvernement de confronter la problématique de l’accessibilité des armes à caractère militaire. Il est totalement absurde pour une société fondée sur la paix, l’ordre et la bonne gouvernance de permettre aux citoyens ordinaires de détenir des armes de guerre dont la puissance destructrice dépasse celle des équipements policiers.

Nous avons toujours été fiers du choix de carrière de Thierry et nous l’avons supporté tout le long de sa démarche. Le voir en uniforme, c’était et cela demeurera toujours une grande source d’inspiration pour nous, car il affichait ainsi sa vocation à protéger le public.

Les policiers et policières comme Thierry risquent leur vie tous les jours. En fait, 92 % des policiers qui meurent dans le cadre de leur fonction sont tués par balles. Face à ces constats, rien ne justifie l’absence d’un encadrement rigoureux et raisonnable des armes à feu.

Michel LeRoux, Père de Thierry LeRoux (1989-2016), Chicoutimi