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Jonathan Custeau
La Tribune
Jonathan Custeau
La Petite Maison Blanche de Saguenay, avec sa force légendaire, serait tout en haut de ma liste d’endroits à visiter si elle avait résisté au déluge à l’étranger.
La Petite Maison Blanche de Saguenay, avec sa force légendaire, serait tout en haut de ma liste d’endroits à visiter si elle avait résisté au déluge à l’étranger.

Souvenirs fleurdelisés

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La plupart du temps, l’aube n’avait jamais vraiment amorcé ses étirements quand nous prenions la route. L’idée, c’était que les tout-petits, dont je faisais partie, s’assoupissent de nouveau pour que le trajet paraisse moins long. C’était sans compter l’adrénaline des vacances, l’envie de découverte et l’exotisme d’exiger une pause santé dans les traditionnelles haltes défraîchies le long de la 20. Rapidement, on enchaînait les «Quand est-ce qu’on arrive?»

Le choix des vacances d’été s’arrêtait souvent sur le Québec. Et peu importe les plans pour fabriquer les souvenirs les plus rocambolesques, ce sont souvent les arrêts impromptus ou les intermèdes entre deux destinations qui sont restés gravés. Il y a chez nous beaucoup plus d’occasions de souvenirs fleurdelisés qu’on peut se l’imaginer.

Bien sûr que je me souviens vaguement des animaux du Parc Safari, à Hemmingford, mais j’ai surtout en mémoire des moments à contempler le fleuve, vers Tadoussac, dans l’espoir d’y apercevoir un béluga. Les bestioles sauvages, même vues de loin, garantissaient le succès de toute escapade. J’en parlerais longtemps. Même 30 ans plus tard.

Le Québec dont je me souviens, c’est celui des piliers du pont Pierre-Laporte, qui m’apparaissaient chaque fois comme un signe qu’on s’était éloigné beaucoup de nos terres sherbrookoises. De l’aquarium de la vieille capitale aux chutes Montmorency, en passant par l’île d’Orléans, je me sentais à l’autre bout du monde. Encore plus quand je tenais la main de ma grand-mère, dont le vertige devenait incontrôlable quand on amorçait la traversée du fleuve.

Au fil de l’eau, j’ai retenu les grosses bestioles de Ragueneau, sur la Côte-Nord, où des dinosaures grandeur nature ont mis des étincelles dans mes yeux de gamin. J’ai aussi tendu l’oreille pour l’accent de la mer de Havre-Saint-Pierre, où il était plus qu’évident que nous arrivions du sud. Mon objectif? Voir voler les macareux! On peut bien rêver des perroquets ou des toucans d’Amérique du Sud, aucun volatile ne me fascinait plus que ces macareux. Et je les ai aperçus lors d’une croisière dans l’archipel de Mingan, un lieu unique à faire rougir bien des destinations exotiques.

Un des nombreux souvenirs des Îles-de-la-Madeleine...

À l’époque, on pouvait s’embarquer sur traversier qui voguait de la mer jusqu’au ciel vers Port-Menier, sur l’île d’Anticosti, avant de repartir vers Rivière-aux-Renards. La Minganie et la Gaspésie dans une même et seule expédition : la totale! J’avais la jeunesse encore vive et la vive conviction que j’avais déjà tout vu de mon Québec.

Il m’en restait pourtant beaucoup à expérimenter, comme l’été au chalet, dans le parc national de Frontenac, à l’abri de la technologie et des distractions de la ville. On passait les journées sur le quai, à dorer sous le soleil ou à taquiner le doré, ou à tenter de maîtriser le canot en pagayant jusqu’à l’autre bout du lac. Le soir, on s’endormait au son des huards avec l’impression d’être au cœur d’une profonde forêt.

Il y a eu aussi la traversée de l’île Verte en vélo, ponctuée d’un arrêt au Musée du squelette. J’avais retenu qu’en hiver, une fois la glace bien figée, on gagnait la terre ferme en motoneige.

Sinon, tous les étés, c’était la virée vers Montréal, le samedi soir, pour gravir le pont Jacques-Cartier, radio portative sur l’épaule, pour assister aux majestueux feux d’artifice qui portaient à l’époque le nom d’une compagnie de cigarettes. On attendait le début du spectacle pyrotechnique en regardant les lumières des manèges s’allumer ou en imaginant la frayeur des passagers du Boomerang.

À l’âge adulte, j’ai négligé mon Québec quand on m’a imprimé mon premier passeport. Mais j’ai fini par reprendre les routes d’ici pour m’offrir les expériences qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Le spectacle de Foresta Lumina suivi ou précédé d’une crème glacée de la Laiterie Coaticook, pour moi, c’est une soirée de calibre mondial. J’y retourne chaque année pour voir ce qui a changé. La Petite Maison Blanche de Saguenay, avec sa force légendaire, serait tout en haut de ma liste d’endroits à visiter si elle avait résisté au déluge à l’étranger. On le réalise rapidement, plus de 20 ans après les inondations, en entrant dans son musée.

Dans le même sens, je pourrais palabrer jusqu’à demain comme les Madelinots si on me laissait le temps d’énumérer tout ce qui m’a plu des Îles-de-la-Madeleine. Seul endroit au monde à posséder des plages recto-verso, dixit Réjean le boucher, l’archipel nous fouette de son vent qui ne se couche pas souvent. Les maisons colorées, le homard, le bonheur dans chaque bouchée et la bagosse traditionnelle ne sont que la pointe de l’iceberg...

Parce qu’on parle de nourriture, je ne suis jamais vraiment remis de mon souper carnivore à la Sucrerie du domaine de Chertsey. L’originalité du menu et l’accueil ont valu à eux seuls le week-end dans Lanaudière. Pourtant, je me suis aussi épris de Rawdon, de son spa et de la nature qui l’entoure.

Plus récemment, j’ai découvert les joies du tourisme autochtone. Sur la Basse-Côte-Nord, à Unamen Shipu, je me suis ressourcé sur l’île Apinipehekat en passant un week-end à apprendre des traditions innues. Le trajet, en avion ou à bord du Bella-Desgagnés, peut en lui-même laisser des souvenirs mémorables.

En vrai, on en a pour toute une vie à découvrir notre Québec. Et on devrait l’explorer encore plus. Pour mieux connaître notre voisin. Pour mieux connaître notre histoire. Pour réaliser qu’on a autant sinon plus à offrir que le reste du monde.