Exposition Picasso, Zina Saro-Wiwa, L’Homme invisible:le poids de l’absence, 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de Tiwani Contemporary, Londres.

Montréal

Musée des Beaux-arts de Montréal: faire dialoguer les cultures par l’art

Véritable phare culturel, le Musée des beaux-arts de Montréal multiplie les projets – tels que le récent Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein – et les expositions d’envergure. Parmi les incontournables cet été, on visite celles sur Picasso et sur la place des Noirs au pays.

L’exposition D’Afrique aux Amériques, Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui, réunit près de 300 œuvres qui racontent la relation que Picasso a entretenue avec ces arts créés hors Occident longtemps minorés au rang de curiosités ethnographiques. «Auparavant, ces objets appartenant aux cultures lointaines étaient considérés sans intérêt, mais de grands artistes comme Picasso les ont vus comme des œuvres d’art, c’est alors très émouvant comme exposition», affirme Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Né en 1881, quatre ans avant le partage de l’Afrique par les empires coloniaux européens, le maître espagnol est décédé en 1973, deux ans avant la dernière décolonisation d’Afrique. L’exposition explique notamment les rapports que l’artiste a eus avec les œuvres venues d’Afrique tout en mettant de l’avant des traditions de 35 pays. Plusieurs d’entre elles proviennent du musée du quai Branly – Jacques Chirac, mais aussi de collections particulières comme celle dirigée par Guy Laliberté.

Proposition inédite: la vie et l’œuvre de Picasso participent à une réflexion sur l’évolution des mentalités et sur notre rapport à ces arts du XIXe siècle à nos jours. Au fil du parcours, des artistes de la scène contemporaine d’ascendances africaines – de Samuel Fosso à Zanele Muholi – confrontent une lecture occidentalisée de l’histoire. «L’eurocentrisme culturel est à revoir dans une histoire de l’art à réinventer», affirme Nathalie Bondil, qui considère cette exposition tout aussi audacieuse que nécessaire. 

Le MBAM, dont les grandes expositions sont exportées aux quatre coins du monde, présente l’exposition sur Picasso jusqu’au 16 septembre. Elle intègre près de cent œuvres de l’artiste. C’est une occasion à ne pas manquer, d’autant plus qu’il n’y a pas eu d’exposition sur Picasso depuis plus de 15 ans au Québec. 

«On y découvre des chefs-­d’œuvre de Picasso bien sûr, mais aussi des œuvres inusitées, comme du papier découpé et des figurines de fil de fer qui sont complètement étonnantes, raconte Nathalie Bondil. C’est comme si l’on entrait dans l’atelier de Picasso et que l’on découvrait les secrets des ressorts de sa création.» 

Exposition Picasso, Pablo Picasso, Femmes à la ­toilette, 1956. Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979. © Succession Picasso / SODRAC (2018).

L’art contemporain des Noirs canadiens 

À la sortie de l’exposition sur Picasso, le MBAM invite les visiteurs à poursuivre leur réflexion sur la diversité culturelle à travers Nous sommes ici, d’ici: l’art contemporain des Noirs canadiens. «Après avoir découvert des œuvres extraordinaires venues d’ailleurs et s’être questionné sur les regards qu’on a pu porter notamment sur ces artistes, on s’interroge sur l’évolution du regard, ici sur les Noirs canadiens», indique Nathalie Bondil. 

Onze artistes canadiens contemporains, dont trois Montréalais, d’origine ou d’ascendance africaine, remettent en question avec leurs œuvres les préjugés sur la condition des Noirs au pays. Ils con testent le discours prédominant qui réduit les Noirs à d’éternels immigrants ou à de nouveaux arrivants en révélant des traces ancestrales de leur pré­sence au Canada. Par exemple, une installa­tion multimédia de Sylvia D. Hamilton examine le commerce et l’esclavage à la base de la colonie canadienne. Elle inclut le nom de milliers d’esclaves recensés dans l’histoire du Canada. 

«La présence des Noirs au Canada est plus ancienne que ce que l’on pensait, affirme Nathalie Bondil. Si notre pays est fier de sa diversité culturelle, elle reste souvent méconnue et n’échappe pas aux stéréotypes, à une histoire tronquée.» 

Exposition Picasso, Pablo Picasso, Grande nature morte au guéridon, 1931. Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979. © Succession Picasso / SODRAC (2018).

Un virage vers les cultures du monde

Ces deux expositions s’inscrivent en préambule à la nouvelle Aile des cultures du monde et du vivre ensemble Stéphan Crétier et Stéphany Maillery, qui sera inaugurée en 2019. Elle prendra vie dans des espaces laissés vacants suite au redéploiement des collections d’art européen dans le Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein en 2016.

«L’exposition sur Picasso annonce cette nouvelle façon d’écrire l’histoire de l’art, sous un angle global, en créant des traits d’union», souligne Mme Bondil. Dans le même esprit, cette nouvelle aile mélangera l’art occidental et l’art venu d’ailleurs, dans une approche inclusive. 

Exposition Nous sommes ici, d’ici, Sylvia D. Hamilton, 2013-2017. Collection de l’artiste.

MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL
Montréal 
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