Sur la côte ouest de l'île du Sud, les agriculteurs élèvent leurs bêtes avec la chaîne de montagnes des Southern Alps en toile de fond.

Voyage bio au pays des Kiwis

Je me réveille avec les rayons du soleil. Pour déjeuner, je savoure des céréales avec des fruits cueillis sur un des nombreux arbres de la propriété. Je passe la matinée dans le jardin, à désherber surtout, mais aussi à planter des graines et à récolter les légumes matures. Après un agréable dîner avec mes hôtes, je pars faire une randonnée dans la forêt pas trop loin, afin d'être de retour à temps pour aider à préparer le souper. La soirée passe vite, et il faut bien se reposer, car qui sait quelle tâche maraîchère, quelle visite touristique m'attendront demain?
Voici un exemple d'une journée typique dans la vie d'un wwoofeur, le nom donné aux volontaires qui joignent l'organisation Worldwide Opportunities on Organic Farms (WWOOF). Durant des séjours de quelques jours ou plusieurs semaines, ils vivent dans des fermes et des petites exploitations biologiques, et en apprennent plus sur les façons de faire écologiques. En échange de quatre à six heures de travail par jour, ils ont droit aux repas, au logis et à un contact privilégié avec la culture locale, un mélange d'héritage britannique colonial et de traditions aborigènes maories en Nouvelle-Zélande.
L'association existe maintenant dans plus de 130 pays, mais les Kiwis ont été parmi les premiers à rejoindre la communauté créée en 1971. Pas étonnant, donc, que le principe semble si intégré, avec près de 1500 hôtes parmi une population d'environ 4,6 millions (juin 2015) dans une superficie de 268 021 km². En comparaison, le Canada en compte plus de 841 000. 
Le pays de l'Océanie, formé par deux principales îles, est dans le top 5 des exportateurs de produits laitiers au monde. La production de vin se taille une place de plus en plus grande dans le secteur agroalimentaire et on peut y cultiver toutes sortes de fruits et de légumes à l'année grâce au climat tropical tempéré, ce qui a de quoi attirer les wwoofeurs (surtout ceux des contrées nordiques où les saisons sont inversées). 
Bien que le nom du mouvement comprend «farms», il n'est pas limité aux fermiers. Plusieurs propriétaires, soucieux d'atteindre une plus grande autonomie alimentaire et qui entretiennent un grand terrain, apprécient la compagnie et un coup de main des wwoofers. On parlera alors plutôt de jardinage biologique au lieu d'agriculture.
La culture maorie influence les Néo-Zélandais dans leur façon de respecter l'environnement. Elle se voit aussi dans les traditions de l'équipe nationale de rugby, les All Blacks, qui dansent le haka avant chaque match.
Voyager plus simplement
Ceux qui envisagent un long périple verront tout de suite les avantages économiques. Imaginons un séjour d'un mois : une nuit dans un établissement petit budget coûte en moyenne 30 $, pour un total de 900 $. Même en ne faisant du wwoofing que la moitié du temps, et en calculant le prix du visa, on observe une économie de plus en plus grande au fil que le voyage s'allonge. À noter que le visa, pas toujours nécessaire pour les Canadiens, l'est dans ce cas-ci puisque le gouvernement néo-zélandais considère le gîte et le couvert gratuits en échange de services comme une forme de salaire.
«Si un wwoofeur n'est intéressé que par l'aspect économique ou culturel, ça ne sera pas la meilleure des expériences», avertit un hôte de la région de Nelson. Les tâches ne sont pas toujours excitantes : beaucoup de désherbage, et parfois du ménage durant les jours de pluie... Par contre, celui qui aime passer du temps à l'extérieur, qui est curieux d'apprendre de nouvelles choses et qui est soucieux de sa santé peut aimer tout autant les moments passés à travailler que ceux à visiter les environs! Il finira par se sentir intégré dans la vie familiale, ce qui arrive rapidement considérant l'hospitalité des Kiwis. Comme le WiFi illimité est plutôt dispendieux en Nouvelle-Zélande, les wwoofeurs ont souvent l'occasion de «se déconnecter» et de profiter à fond de l'expérience.
Certains hôtes ont des spécialités bien intéressantes, comme l'apiculture, la distillation d'alcool de fruits ou la fabrication de fromage artisanal. Ces particularités, on peut les rechercher. Chaque association nationale du WWOOF possède son propre site web. Celui de la Nouvelle-Zélande est bien fait, où chaque hôte et wwoofeur doit créer un profil. Ces derniers, après avoir payé leur abonnement d'un an de 40 $, peuvent entamer des recherches par région ou par compétence.
Le travail dans le jardin peut être aussi plaisant que les visites touristiques des environs.
Confiance
La lecture du profil est importante pour vérifier si les conditions nous conviennent (horaire de travail, type de logement, régime alimentaire, etc.), mais il faut aussi porter attention aux références laissées par les autres membres, afin d'évaluer si les personnalités de chacun se marieront bien. Ensuite, des messages sont échangés pour sonder l'intérêt et la disponibilité de chacun, et un séjour peut être réservé. 
«Chaque fois, c'est un pari», disait une hôte. Il faut beaucoup d'ouverture pour accueillir un étranger chez soi, et beaucoup d'adaptation pour suivre un nouveau style de vie. La phase d'apprentissage crée parfois du travail supplémentaire pour l'hôte, qui se dit qu'il avancerait plus vite seul. «Mais chaque wwoofeur est bon en quelque chose. Il suffit de trouver quoi» assure une vaillante propriétaire d'un verger d'avocatiers.
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Visiter autrement
Le fjord de Milford Sound est l'une des principales attractions.
Le wwoofing en Nouvelle-­Zélande, c'est aussi la chance de découvrir le pays du point de vue des Kiwis et des petits coins de paradis souvent absents des guides touristiques.
Waiheke Island, dans le golfe Hauraki, à 30 minutes de traversier de la métropole Auckland, héberge dans son coin le moins peuplé un écovillage. Les wwoofeurs ne s'intègrent pas seulement à une famille, mais à toute une communauté qui tente de vivre le plus écologiquement possible. Les toilettes sèches et les panneaux solaires font partie du quotidien. Une petite rivière est le sanctuaire d'une anguille de Nouvelle-­Zélande, ou «tuna» en maori. C'est comme ça qu'elle est appelée par la conteuse du village, qui l'attire en cognant des roches l'une contre l'autre. La première vue de ce poisson géant impressionne : les spécimens de l'espèce qui ne prospère qu'en eau douce néo-zélandaise peuvent vivre jusqu'à 90 ans, peser 20 kg et mesurer près de deux mètres...
On peut en voir beaucoup d'autres, dans les lacs et les rivières du pays. Sur l'île du Sud, le long de la côte ouest, un village nommé Hari Hari pourrait sembler au milieu de nulle part, mais c'est l'endroit parfait pour les mordus de pêche et de chasse. Une famille d'hôtes n'a presque plus besoin d'acheter de viande à l'épicerie. Une sortie à la mer bien planifiée peut être infructueuse, mais une balade improvisée avec une canne à pêche permettra peut-être de capturer un saumon de 14 livres dans la rivière turquoise! Après une telle bonne prise, la journée se termine bien à regarder la lune disparaître derrière les montagnes, dans un spa naturel creusé dans le lit d'un ruisseau thermal. Il faudra demander les indications aux locaux pour s'y rendre.
Repérer les étoiles de l'hémisphère sud avec des jumelles? Découvrir une nouvelle forme d'art dans un musée? Boire un chocolat chaud dans le café le plus sympathique du coin? Plusieurs hôtes souhaitent partager leur lieu de vie aux visiteurs comme à des amis, et leurs propositions sont probablement les meilleures qu'on puisse accepter.
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Trois activités uniques
La «Champagne Pool», avec ses deux couleurs bien distinctes, est l'une des attractions les plus impressionnantes du parc géothermal.
Une visite au parc thermal
Point de départ de la ceinture de feu du Pacifique, la Nouvelle-Zélande a l'habitude des caprices de la croûte terrestre. La manifestation la plus étonnante de la forte activité volcanique réside fort probablement à Wai-o-Tapu, un parc thermal à Rotorua, sur l'île du Nord. Là-bas, les cratères ne se sont pas que remplis d'eau : ils ont pris des couleurs éclatantes, selon les minéraux qui s'y retrouvent. Chaque jour, un geyser entre en éruption, et les visiteurs peuvent aussi observer une piscine de boue naturelle en plein barbottements. À l'extérieur du site payant, une courte promenade mène à la conjonction de deux ruisseaux bien particuliers. L'un est chaud, l'autre est froid, et la température de leur mélange est parfaite!
Une croisière à Akaora
Les dauphins d'Hector sont l'espèce la plus petite.
Dans la région de Christchurch, sur l'île du Sud, une excursion à Akaroa s'impose. Les touristes francophones s'amuseront de découvrir ce village colonisé par les Français, où les devantures des commerces tentent de charmer dans la langue de Molière. Surtout, la baie est grandiose, et la meilleure façon de l'admirer est sur un bateau. En plus des magnifiques falaises, des phoques joueurs et parfois des pingouins, les croisiéristes sont garantis à 95 % d'apercevoir des dauphins d'Hector, considérés comme l'espèce la plus rare. Il s'agit aussi du seul endroit au monde où il est possible de nager avec eux (si vous payez un forfait plus cher).
Une excursion au glacier
Les guides aménagent des passages sur le glacier Franz Josef pour le rendre plus accessible aux touristes.
Les glaciers semblent moins exotiques lorsque l'on vient d'un pays nordique, mais le Franz Josef a une particularité exceptionnelle : il est l'un des deux seuls glaciers au monde dont des bandes de glace avancent dans une forêt tropicale. Il se trouve dans une région faisant partie du patrimoine mondial naturel de l'UNESCO. Il accueille sur ses flancs le très intelligent kea, l'unique espèce connue de perroquet alpin, qui aime bien s'approcher des touristes pour tenter de voler leurs objets brillants. Malheureusement, le Franz Josef réagit très rapidement aux changements climatiques et n'est maintenant accessible que par hélicoptère. Cela rend la randonnée guidée plus excitante, mais aussi beaucoup plus coûteuse! Au moins, voilà un bel avantage du wwoofeur : il économise assez pour se permettre ce genre d'activité!