Vincent Thierry a créé Passion Québec en achetant une flotte de motoneiges de location. Il exploite maintenant un dépanneur et plusieurs unités d’hébergement.

Vincent Thierry, un Français passionné de l'hiver

De ses Vosges natales en France, Vincent Thierry a toujours aimé le plein air. Entrepreneur, il exploite maintenant l’hiver avec passion sur les monts Valin depuis plus de 20 ans et vit un réel rêve canadien au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Demandez à n’importe quel motoneigiste qui passe remplir son bidon d’essence à la station du Valinouët, à Saint-David-de-Falardeau, et il reconnaîtra sûrement celui qui accueille joyeusement les clients à son dépanneur 12 heures par jour, sept jours sur sept, durant la saison hivernale.

« Vincent, c’est maintenant la figure des monts Valins », image sa conjointe, Lise Cayouette, la Québécoise qui l’a retenu dans la Belle Province. Ou qui a « mis le grappin dessus », tel que le raconte Vincent Thierry.

Celui qui se décrit comme un montagnard a créé son entreprise, Passion Québec, dans les années 90, en achetant une flotte de motoneiges de location. Il possède maintenant un dépanneur et plusieurs unités d’hébergement. Mais ce qui fait sa renommée, c’est sa grande disponibilité.

« Si un motoneigiste se retrouve en panne, on m’appelle, et je vais le sortir de là. Je possède la machinerie adéquate. Je dois juste demander à Lise de me remplacer au dépanneur », explique Vincent Thierry.

Lors du passage du Progrès, il était justement en train de plaisanter avec ses « petits loups », des adeptes de motoneige de Lévis, qui traversent la Réserve faunique des Laurentides quelques fois par hiver et qui ont développé une complicité visible avec le commerçant. L’un d’eux avait d’ailleurs eu des difficultés avec son bolide la veille.

« Pendant longtemps, quand il y avait des gens perdus sur les monts Valins, la police nous appelait, Vincent sortait avec le traîneau et partait en premier pour aller les récupérer. Et ça, à n’importe quelle heure du jour ! Il est très généreux de sa personne, confie Lise Cayouette.

Même si c’est un commerçant, quand un individu arrive ici, il ne voit pas les profits possibles, il voit la personne. Il faut que tout le monde parte heureux. Il connaît tout le monde sur les monts Valin. Les gens aiment qu’il soit tout le temps derrière le comptoir. »

«Cabane au Canada»

Si Vincent Thierry n’est pas à la station d’essence ou en train de s’occuper des chalets, il se trouve fort probablement à sa « Cabane au Canada ».

Située à 800 mètres d’altitude sur les monts, elle reçoit encore plus de neige, au grand plaisir du Français d’origine. Il s’agit d’un ancien campement de prospecteur. Ceux qui passent dans le coin savent bien quel lac borde cette cabane, mais les curieux qui posent la question au montagnard connaîtront seulement le lac « Ferme ta gueule ».

« C’est mon paradis, assure Vincent Thierry. Quand je vais là-bas, ça me permet de m’évader. La cabane tombait en ruines quand je l’ai achetée, mais c’était un coup de coeur. Il y a plusieurs choses à faire, mais ce n’est pas un problème. J’adore bûcher. Ce n’est même pas du travail pour moi ! D’année en année, je la transforme. C’est ma bulle. » Et quand il parle de sa vie en forêt à ses amis européens, « ça fait rêver ».

Vincent Thierry a beaucoup voyagé avant de venir visiter le Québec une première fois, en 1989.

Il se considère chanceux d’avoir pu quitter la France plus facilement, étant célibataire à l’époque. Même si ses collègues le trouvaient fou de démissionner d’un emploi bien rémunéré dans le contrôle des transports.

« J’ai été émerveillé par l’accueil que j’ai reçu ici. Il faut voyager pour le comprendre », dit-il.

Et force est de constater que Vincent Thierry transmet aussi cette chaleur à ceux qui croisent son chemin sur les monts Valin.

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LA FORCE DES MONTAGNES

Le dépanneur du Valinouët est ouvert sept jours sur sept durant la saison hivernale. Vincent Thierry tient le fort au comptoir 12 heures chaque jour.

C’est un parcours bien étonnant que celui de Vincent Thierry au Québec.

À son premier passage dans la province, à l’été 1989, il avait visité différents endroits « sur le pouce ».

« Je suis revenu l’été d’après avec un ami, et on a pu louer un véhicule pour faire le tour des régions », se remémore-t-il.

Mais le véritable coup de foudre a eu lieu à l’hiver 1991, quand l’or blanc s’est montré à lui dans toute sa splendeur.

« Ici, c’est la féérie. Je viens des Vosges et je suis habitué d’avoir beaucoup de neige, mais la qualité ne se compare pas », décrit l’amoureux des grands espaces, intrigué par le Canada depuis ses premiers cours de géographie.

En 1995, Vincent Thierry s’est établi sur le bord de la rivière Chicoutimi. « Mon départ n’a pas été des plus florissants », évoque-t-il. À l’été 1996, la maison qu’il venait à peine d’acheter a pâti du Déluge.

« Quand je l’ai connu, il n’avait plus rien », se rappelle sa conjointe, Lise Cayouette.

Mais une résilience certaine habite le montagnard. « Après le Déluge, j’ai organisé des circuits touristiques solidaires. Des gens venaient d’ailleurs au Québec pour venir voir les dégâts et visiter des barrages. Une partie des profits allait à la Croix-Rouge », relate Vincent Thierry.

Une autre épreuve attendait cependant le Français d’origine. Alors qu’il allait livrer une motoneige à Saint-Honoré, une conductrice ivre l’a fauché, au niveau des jambes. Il a dû se déplacer longtemps en fauteuil roulant.

« Mes premières années ont été très difficiles, mais Lise ne m’a jamais lâché », dit-il, avec amour.

Et même dans les années 2000, les affaires ont aussi été tumultueuses par moments. Vincent Thierry a fini par fermer son premier dépanneur, en raison de la venue d’un compétiteur, non sans s’être battu en justice. Ironiquement, il a racheté la station d’essence quand son concurrent n’en voulait plus. « J’ai acheté la paix », résume-t-il.

Vincent Thierry est aussi fier d’avoir ramené le tracé de « l’Autoroute internationale » près de son commerce. En effet, avec tous les touristes de différentes nationalités qui l’empruntent, le sentier de motoneige porte bien ce surnom. Et pour ceux qui trouvent l’essence chère, il faut aussi dire qu’il est coûteux pour le commerçant d’en faire livrer sur les monts Valin.

En 2019, les défis sont différents : les plateformes d’hébergement comme Airbnb sont la nouvelle compétition, surtout dans un secteur comme le Valinouët, qui est en plein développement immobilier. Et la pénurie de main-d’oeuvre se fait aussi sentir. Vincent Thierry et Lise Cayouette restent tout de même optimistes.

« Dans les débuts, on avait tellement confiance dans notre produit, qu’on garantissait le remboursement de l’hébergement si le séjour de nos clients n’était pas à leur goût, raconte cette dernière. On n’a jamais eu besoin de le faire ! »

L’entreprise Passion Québec offre des services d’hébergement. Elle peut recevoir 180 personnes par jour à pleine capacité.