Collaboration spéciale, Caroline Chagnon

Porto : vins de générations

CHRONIQUE / Dans une autre vie, le Québec a abondamment flirté avec le porto. L’attraction était telle que le Douro considérait alors le Québec comme son eldorado. Les caisses s’écoulaient comme des petits vins nouveaux. Puis un bon matin, ils se sont perdus de vue.

Le porto me rappelle mon enfance. Chaque Noël, mon grand-père avait l’habitude de le servir dans de petites coupes en chocolat. Ô que j’avais hâte de bénéficier de ce privilège de grandes personnes! Puis enfin à l’âge adulte, l’attrait du porto avait perdu de son lustre — il semblait avoir resté dans le siècle dernier, avec la coupe en chocolat d’ailleurs. 

Les vins fortifiés, à l’instar des vins doux, n’ont pas la cote ces temps-ci. Loin de moi l’idée de casser du sucre sur le dos de quelle cause que ce soit, puisqu’elles sont aussi multiples que complexes. Je crois par contre que le « break » a assez duré et qu’il est temps de secouer le brasier de cette idylle en veilleuse afin de raviver la flamme pour ce qui s’avère être l’un des plus grands vin de garde au monde.

Après un été à la filer douce avec des vins secs, légers et délicats, je suis partie au début du mois faire un tour dans la vallée du Douro, patrimoine mondial de l’UNESCO portugais, histoire de me brasser la cage. Brasser la cage, comme dans cavaler en safari dans le Douro avec Jorge Rosas, PDG de Ramos Pinto, pour constater l’hostilité du terroir dans lequel les vignes prennent leur pied.

Ramos Pinto

En sillonnant la vallée, Jorge, fils de José António Ramos Pinto Rosas, me partage que « les gens ne réalisent pas à quel point le porto, c’est du travail et que c’est le vin qui demande le plus de travail au monde. » À l’impression que j’ai de risquer ma vie par cette simple balade du dimanche, je le crois sur parole. Juste au-dessus du précipice, les vignes exposées au soleil ardent s’accrochent aux terrasses et aux talus partiellement ou non mécanisables. Les plants et les travailleurs n’ont qu’à bien se tenir.

À la Quinta de Bom Retiro, il est 20 h et les jeunes vendangeurs entament leur deuxième quart de travail. Ils entrent pieds nus dans la lagare pour fouler la récolte de la journée comme le veut la tradition. Les jambes tachées de rouge jusqu’à mi-cuisse, les fouleurs, bras dessus bras dessous, sont la clé d’une extraction efficace et moins violente. Plus tard, le jeune vin sera transféré à la cave où il sera mélangé à une part de brandy, mettant du coup un terme à la fermentation inachevée et donnant naissance au jeune porto.  

Dans la grande famille des porto, le tawny est certainement celui qui demande le plus de soins. Dans le cas d’un tawny 30 ou 40 ans, c’est le travail de plusieurs générations de vignerons. « C’est un vin profondément humain, qui est l’œuvre du grand-père, du père et du fils. », lance Jorge. Cher le porto? Tout compte fait : pas tellement, comme dirait l’autre.

Grande la famille des porto, donc? Que oui! Le plus grand de tous, le Vintage, est élaboré avec les meilleurs raisins d’un seul millésime. Celui-là sera meilleur après 30 ans ou plus. Vous n’avez pas le temps ni la patience? Tournez-vous plutôt vers un tawny 10, 20 ou 30 ans. Ils sont d’ores et déjà prêts à faire la fête. Petit budget? Optez pour un Ruby ou un LBV. Dans tous les cas, servez-les plus frais que chaud, ils gagneront en buvabilité. 

Et si on se donnait un 2e premier rendez-vous avec le porto?

Tawny 10 ans, (vin vegan)

Quinta de Ervamoira, Ramos Pinto

48,50 $ • 133 751 • 

20 % • 110 g/l

L’innovation a toujours fait partie de l’ADN de Ramos Pinto qui a d’ailleurs été la première à cesser l’usage d’herbicides dans le Douro. Ce tawny 10 ans témoigne de leur grande maîtrise de l’art de l’assemblage. Ici, les raisins de touriga nacional, tinta roriz (tempranillo), tinta barroca et touriga franca proviennent tous exclusivement de la Quinta de Ervamoira dans le Douro Supérieur. Le ton est feutré, velouté. Le nez jongle entre les figues, la cassonade et la cannelle. En bouche, il y a cette impression de rondeur, de richesse et ce fruit qui n’est jamais bien loin. Et enfin, cette finale légèrement amère qui s’éternise de tout son long. Je m’incline devant tant de précision.

Ce n’est bien sûr pas un vin du mercredi soir (pour ça il y a les portos Ruby), mais c’est la meilleure façon de renouer avec ses amours de jeunesse ou de s’initier au monde du porto!

Caroline Chagnon était l’invitée de l’Associação das Empresas de Vinho do Porto.