Dézippe-toi en avril!

CHRONIQUE / Vous avez le blues du temps gris? Ou pire encore, le blues des vins un peu beiges qui s’accumulent dans vos verres? Qu’à cela ne tienne, il y a une lueur d’espoir à l’horizon, une occasion en or de découvrir des vins qui sortent des sentiers battus et qui vous émanciperont de la binarité blanc/rouge.

Le samedi 28 avril prochain se tiendra à Montréal le salon des vins Le Printemps Dézippé (Des-IP [Importations privées], la pognes-tu?) au Marché Bonsecours de Montréal.

Une trentaine d’agences y débarqueront avec leurs coups de cœur d’inspiration estivale dénichés lors de leurs plus récents voyages. Il s’agit là également d’une superbe opportunité de découvrir des produits exclusifs et les nouvelles tendances de l’industrie du vin avant tout le monde. Autrement dit, de venir sentir ce qui se passera demain en SAQ.

Chacune y proposera une quinzaine de vins en importation privée, pour un potentiel d’environ 450 produits à découvrir. Des vins de petites productions, de vins biologiques et biodynamiques, des vins oranges, des rosés hors normes, beaucoup de bulles comme des pétillants naturels — Pet’Nat’ pour les intimes — ou des crémants à moins de 30 $. C’est donc votre chance de trouver des vins inusités qui vous sortiront de votre zone de confort. Une occasion rare de mettre la main sur des produits disponibles en très petite quantité, à aussi peu que 60 bouteilles parfois! On parle de 5 caisses de 12 ou de 10 caisses de 6 seulement! Il va sans dire que ce n’est pas demain matin à la SAQ qu’on les y trouvera.

Le plus beau, c’est qu’il sera possible de commander vos coups de cœur sur place et de les recevoir dans les 10 jours suivants, dès lors que le produit est disponible dans les entrepôts de la SAQ. Les commandes se font à la caisse, de 6 ou de 12, selon le produit. Habituellement les vins plus abordables sont offerts à la caisse de 12, tandis que les plus dispendieux sont disponibles à la caisse de 6. On passe donc sa commande directement au salon, auprès de l’agent concerné, et on paie les frais d’agence. Ensuite, la caisse sera livrée dans une SAQ près de chez vous, où vous pourrez aller la récupérer et régler la facture de votre achat, comme d’habitude. Simple comme bonjour!

C’est beaucoup une caisse? Pas si on y va avec les copains. Et comme il s’agit de vins sélectionnés par les agences en vue de la période estivale, avec tous les BBQ qui s’en viennent et les apéros chez les amis cet été, je ne serais pas trop inquiète si j’étais vous.

Cette année, pour la première fois, se tiendra un concours amateur de dégustation d’importation privée. Dix équipes d’amateurs non reliés au domaine du vin ou de la restauration s’affronteront lors d’une joute à l’aveugle dans laquelle elles devront déterminer la provenance, le millésime et le nom du producteur de 5 vins différents. Voilà qui devrait être plutôt amusant!

Le Printemps Dézippé se tiendra de 12 h à 19 au Marché Bonsecours de Montréal et s’adresse au grand public. Pour l’achat de billets, vous pouvez le faire en ligne sur le site web du Regroupement des Agences d’Importation Privée, raspipav.com, ou à la porte le jour J.

Sancerre 2016, La Chatellenie, Joseph Mellot (SAQ : 12 258 842 — 26,70 $)

Sancerre 2016, La Chatellenie, Joseph Mellot (SAQ : 12 258 842 — 26,70 $)

Le sancerre blanc (parce qu’on y produit aussi du rouge en très petite quantité!) étant exclusivement élaboré avec le sauvignon blanc, on y détecte des arômes variétaux de pamplemousses auxquels se joint une fine note de silex. En bouche, c’est une belle leçon d’élégance et de minéralité. L’acidité joue davantage dans le terrain de la fraîcheur que de la vivacité. Engagé dans le développement durable, le vignoble est mené en agriculture raisonnée.

Salento 2015, Masseria Supreno sangiovese merlot, Alma (SAQ : 13 227 116 — 18,50 $)

Salento 2015, Masseria Supreno sangiovese merlot, Alma (SAQ : 13 227 116 — 18,50 $)

Le sangiovese, cépage toscan par excellence, donne ici une tout autre expression dans Les Pouilles, le talon de la botte italienne. Produit sous l’IGT Salento, il forme un duo plutôt étonnant avec le merlot (20 %). C’est très particulier et pas pour tout le monde, vous aurez été averti! Difficile d’être insensible à ses arômes de balsamique, de chocolat et de raisins de Corinthe qui se diffusent dans un rayon d’un mètre à la ronde. À croire qu’il est un proche parent du vin doux naturel ou du porto. En bouche, par contre, la sucrosité, beaucoup plus basse (8 g/l), côtoie une texture ronde et des tannins caressants. Joli!


Vous avez des questions ou des commentaires? Écrivez-moi à
caroline.chagnon@gcmedias.ca.

À la vôtre

Patagonie : les vins de la fin du monde

CHRONIQUE / Terre continentale la plus au sud du monde, la Patagonie fait non seulement voyager les aventuriers rêvant de glaciers et de sommets enneigés, mais aussi les amateurs de vins à la recherche de vins frais et de caractère.

Pourtant, en mettant les pieds dans le vignoble patagonien, ça tombe plutôt à plat. Devant la vallée de San Patricio del Chañar, à 50 km au nord de Neuquén, la scène est vaste et parcourue par les nombreuses tentacules de la Rio Neuquén. Il faudra survoler quelques centaines de km vers le sud pour apercevoir des paysages dignes des grandes expéditions.

Située au sud du 36e parallèle, la Patagonie est non seulement la région viticole la plus méridionale de l’Argentine, mais aussi celle qui abrite les vignobles les plus au sud du monde. Elle s’étend ainsi jusqu’au 45e parallèle sud, qui équivaut à la latitude de la Bourgogne et de l’Oregon dans l’hémisphère nord. 

Tandis qu’elle tire les ficelles du terroir à Mendoza et à Salta, l’altitude prend un rôle de seconde importance dans les provinces de Neuquén, Rio Negro, La Pampa et Chubut. Mais la vigne n’en est pas moins confrontée à des conditions climatiques extrêmes. Soumises au souffle incessant des vents dominants — pouvant dépasser les 100 km/h! — les baies développent une peau plus épaisse. Les anthocyanes se trouvant dans la pellicule des raisins, les vins sont alors plus pigmentés et possèdent ultimement plus de corps.

Latitude faisant, le soleil brille plus longtemps ici qu’à Mendoza, pendant la saison estivale — jusqu’à 45 minutes de plus par jour. Comme la réflexion du soleil est intense et que les nuages sont rares, les plants sont taillés plus haut pour ne pas subir trop la réflexion du soleil. Ajoutez à cela une faible pluviométrie (moins de 200 mm/an), une température inférieure aux zones du nord et de fortes amplitudes thermiques — 20 °C de différence entre le jour et la nuit! — et vous avez là un cocktail climatique qui contribue à forger des raisins à la couenne dure et des vins structurés et frais.

À LA VÔTRE

« D’un océan à l’autre »

CHRONIQUE / Peut-être avez-vous entendu parler de cette étude révélant des différences significatives dans les sensations perçues en dégustation entre des spécialistes du vin du Québec et de la Colombie-Britannique?

Des chercheurs ont soumis à l’aveugle sept vins identiques à deux groupes de professionnels — l’un du Québec et l’autre de la côte ouest. Ils cherchaient à examiner les différences dans l’évaluation sensorielle des vins entre des experts séparés par le contexte socioculturel et géographique.

Ils ont noté que les experts montréalais relevaient plus facilement les arômes végétaux et épicés, les notes de poivron vert, de bois, ainsi que l’amertume, l’acidité et l’équilibre des vins.

De leur côté, leurs confrères de l’Okanagan accordaient de meilleures notes aux vins épicés.

Or, c’est probablement le « cas Apothic Red » qui a le plus fait jaser. Ce rouge californien bien connu des Québécois, et qui ne fait pas l’unanimité au sein de la presse spécialisée, — caractérisé comme trop sucré (du haut de ses 16 g/l) — aurait reçu de la part du groupe d’experts de l’Okanagan, une note qualitative nettement supérieure que celle attribuée par leurs homologues montréalais.

Le synopsis de l’étude nous apprend que l’expérimentation a été faite sur deux groupes composés d’« experts du vin locaux et d’influenceurs issus de différents milieux socioculturels ». En regardant de plus près le rendu publié dans le Journal of Wine Research, on découvre que l’échantillonnage est fort hétéroclite avec d’une part un groupe composé essentiellement de vignerons, œnologues et employés de vignobles (Colombie-Britannique) et de l’autre, des sommeliers et des chroniqueurs vin (Québec). Comme l’étude a d’ailleurs pris le temps de le soulever, ces deux groupes issus de formations très différentes présentent des différences substantielles dans la nature de leurs pratiques. « Les experts en vin associés aux vignobles avec une expérience en œnologie sont plus orientés vers la détection des défauts et la conception des vins, tandis que les sommeliers, éducateurs et journalistes du vin se concentrent dans une plus grande mesure à fournir des évaluations visant à influencer les consommateurs et leurs choix de vins ».

C’est comme si on avait soumis sept longs métrages à deux groupes — des producteurs de films et des critiques de cinéma — de lieux géographiques différents. Ou sept plats à des chefs, puis à des critiques culinaires — du Québec et de la Colombie-Britannique.

L’étude aurait plutôt dû s’appeler les différences dans l’évaluation sensorielle des vins entre les œnologues/vignerons de la Colombie-Britannique et les sommeliers/chroniqueurs du Québec. Or quel aurait été le but d’une telle étude? Des différences, il y en aura, c’est une certitude. Mais que nous apprennent-elles vraiment?

Swartland 2017, Terre Brûlée « Le Rouge », Tania & Vincent Carême
23,10 $ • 13738055 • 13,5 % • 1,5 g/l • V, BIO      

Ce rouge qui était en importation privée il n’y a pas si longtemps est maintenant offert en spécialité à la SAQ. Connu et réputé pour ses délicieux chenin blanc de la Loire, Vincent Carême a étendu ses activités dans l’autre hémisphère avec l’aide de sa femme Tania. Ce n’est pas un hasard s’ils ont choisi l’Afrique du Sud, puisque Tania est elle-même Sud-Africaine. Ensemble, ils subliment le jus de la vigne à Malmesbury dans Swartland en respectant les principes du bio. Ils proposent ce chouette assemblage de 2 variétés rhodaniennes — syrah et cinsault — aux arômes vibrants de café et de cerises. C’est plutôt généreux, bien structuré, sur le fruit et les épices. Un rouge de réconfort qui accompagnera délicieusement la cuisine d’hiver, comme un chili!

À LA VÔTRE

Clarifications sur le vin vegan

CHRONIQUE / Reprenons l’intrigue où nous l’avions laissée la semaine dernière : l’emploi de produits d’origine animale. Mais que diable viennent faire ces ingrédients inattendus dans la fabrication du vin? Quelques clarifications.

Au terme de la fermentation, de nombreuses particules se retrouvent en suspension dans le vin.

Pour s’en débarrasser rapidement et obtenir un vin limpide, le producteur ajoutera une matière « collante » pour agglutiner les résidus et les précipiter au fond de la cuve ou de la barrique. Au passage, cette opération aura aussi pour effet, entre autres, de stabiliser la couleur et les protéines, ou encore de réduire les tanins amers ou astringents de certains vins rouges.

Ces colles peuvent être d’origines animale, végétale, minérale ou synthétique. La première catégorie implique la caséine (extraits de lait), l’albumine (blanc d’œuf), gélatines (issues de la peau des porc et d’os de bovin), la colle de poisson (issue de la vessie natatoire des poissons) et pour les millésimes d’avant 1997, le sang de bœuf, interdit depuis la crise de la vache folle.

À LIRE AUSSI: Partir l'année du bon vin

Les colles organiques de source animale sont en perte de vitesse depuis 2012 alors que plusieurs pays, dont l’Union européenne et le Canada, ont adopté un nouveau règlement sur l’étiquetage d’allergènes. La SAQ soutient que la déclaration des allergènes est obligatoire si des résidus du lait, de l’œuf ou du poisson sont présents dans le produit fini. Ce qui a conduit plusieurs vignerons à délaisser les protéines animales au profit de colles minérales, telle que la bentonite (une argile), et végétales, provenant de champignons, d’algues, de protéines de pois et de pommes de terre.

Toutefois, le collage n’est pas un passage obligé. Si on les laisse reposer suffisamment longtemps, et dans de bonnes conditions, la plupart des vins se clarifieront d’eux-mêmes. Samuel Chevalier Savaria, responsable du développement et des relations vignerons à l’agence Oenopole, reconnaît que beaucoup des vins qu’il représente sont non collés et non filtrés. « Les producteurs préfèrent effectuer moins de collage et faire plus de filtration mécanique, comme la filtration tangentielle ou l’osmose inverse », raconte Samuel.

Au domaine de Catherine & Pierre Breton, certifié vegan depuis 2018, aucune colle n’est nécessaire puisque le vin est séparé de ses sédiments et dépôts par soutirage — une décantation à grande échelle qui consiste à transvaser lentement le liquide d’un contenant à un autre. Même constat au Château de la Roulerie en bio, qui préfère un bon soutirage et une filtration très serrée à un collage. Sensibles à la cause animale et aux besoins de leurs clients, ils se sont récemment certifiés sous le label vegan EVE. « Leur cahier des charges concerne la vinification, mais aussi les produits utilisés dans les chais, notamment pour le nettoyage, et tout ce qui concerne la bouteille, comme la colle utilisée pour les étiquettes », précise le Château.

Comment repérer un vin vegan?

Cherchez les labels EVE, Label V, Vegan Society et Qualità Vegetariana sur la contre-étiquette. Ils garantissent que le produit répond aux exigences végétaliennes. Toutefois, tous les vins vegans ne sont pas certifiés. Loin de là. En farfouillant sur l’étiquette, vous tombez sur la mention « Non collé, non filtré « ? Bingo! Vous avez là, sans l’ombre d’un doute, un vin issu de vinification vegan. Quant aux vins bio et biodynamiques, bien que les cahiers des charges autorisent des colles telles que le blanc d’œuf et la caséine, il faut savoir que c’est au sein de cette catégorie de vins que l’on retrouve le plus de vins certifiés. Le vin nature, au sens stricte, de par sa philosophie non-interventionniste, s’avère de facto vegan. Dans tous les cas, un tour sur l’annuaire de vins vegans barnivore.com ou un message au vigneron vous en donnera le cœur net!

Suggestion de la semaine

Tout juste certifiées véganes depuis 2018, les cuvées de Catherine et Pierre Breton sont façonnées dans des pratiques respectueuses de la nature depuis longtemps. En biodynamie depuis près de 30 ans, le domaine exclut le collage, tout en priorisant une vinification aux levures indigènes et un sulfitage faible à nul à la mise en bouteille. Ce vouvray sec souffle des notes fraîches de nectarines, de fleurs blanches et d’épices. Sa chair et son éloquence témoignent bien de la maturité du chelin à la vendange — le tout encadré par une acidité et une pureté qui convergent vers une pointe d’amer en finale. Beau, bon, bio!

Vouvray 2017, Épaulé Jeté, Catherine & Pierre Breton
24,05 $ • 12 103 411 • 12 % • 5,4 g/l 

À la vôtre

Partir l’année du bon vin

CHRONIQUE / Si l’envie de saisir 2019 par les cornes vous prend, ce n’est pas les propositions de résolutions qui manquent. Je profite de Veganuary, le défi qui vous suggère de faire l’essai du véganisme en janvier, pour vous proposer de prendre les vins vegans par le goulot ce mois-ci.

Vous avez sans doute remarqué que j’identifie depuis quelques mois déjà les vins vegans de cette chronique avec l’icône V. À la suite de messages de quelques lecteurs, j’ai réalisé que j’ai amendé les suggestions de la semaine sans crier gare — sans souffler mot sur le motif derrière.

Avant d’étaler les tenants et aboutissants d’une telle initiative, d’abord un rappel de la définition d’un aliment vegan. Un aliment vegan contient uniquement des végétaux (pas de viande, ni poisson, ni œuf, ni produits laitiers) et ne n’implique pas pendant sa production l’utilisation de produits d’origine animale ou l’exploitation d’animaux. L’idée c’est de réduire son impact environnemental, de faire du bien à sa santé et de respecter les droits des animaux un haricot à la fois. Mais pourquoi vous parler de ça dans une chronique vin? Après tout, c’est du raisin fermenté, donc c’est 100 % végétal, non? Désolée de jouer les trouble-fêtes, mais nombre d’additifs sont autorisés dans le processus de vinification, y compris des produits d’origine animale, et c’est rarement inscrit sur l’étiquette.

Le vin vegan à table

Peut-être avez-vous aussi constaté que les accords mets et vins proposés ici laissent une plus grande place aux protéines végétales qu’autrefois. Le vin étant culturellement très lié à la viande, pendant longtemps (et encore trop souvent aujourd’hui) les suggestions de plats sur la contre-étiquette des bouteilles — tout comme les bouquins sur les accords mets-vins — tournaient autour du trio viandes, poissons, fromages. Redondant (et rudimentaire), n’est-ce pas? Heureusement, la cuisine végétale prend de l’ampleur ces dernières années grâce à des chefs et des auteurs qui mettent en valeur les légumes, les grains et les légumineuses, ouvrant du même coup la porte à de tous nouveaux accords qui permettent de s’éclater et de surprendre!

Comment dénicher des vins vegans?

Bonne nouvelle : les vins vegans sont nombreux. Mais peu de vignobles sont certifiés ou le revendiquent pour le moment. J’ajouterais que plusieurs sont vegans et ne le savent pas eux-mêmes! J’ai eu de belles discussions avec des vignerons qui ont substitué les produits d’origine animale par des alternatives végétales ou minérales depuis des années, mais qui restent hésitants à s’afficher vegan par crainte de représailles de la presse spécialisée et de consommateurs rébarbatifs. Heureusement, le tabou se dissipe et ils seront de plus en plus à s’afficher en réponse à la demande en 2019.

La SAQ vient d’ailleurs de publier un minirépertoire de vins vegans sur son site web. La catégorie n’est pas encore officialisée et ne contient que 7 produits pour le moment. Mais rassurez-vous, il y a bien plus que 7 vins vegans actuellement sur les tablettes de la SAQ! Peut-être que dans un avenir pas si lointain ces produits seront identifiés à l’aide des étiquettes-prix en magasin?

En attendant de découvrir la semaine prochaine les intrants d’origine animale et comment repérer un vin vegan, voici quelques vins à vous mettre sous la dent.

À la vôtre

Montréal Passion Vin : déguster pour la cause

Le mois dernier avait lieu la 17e édition de Montréal Passion Vin, l’événement-bénéfice mettant en vedette quelques-uns des plus grands vins au monde et certains des dirigeants et propriétaires des châteaux et domaines les plus prestigieux.

Cette année, la perspective était complètement différente, puisque la dernière fois, je tournais le dos aux conférenciers, œnologues et vignerons. Je faisais alors partie de l’imposante délégation de sommeliers bénévoles et responsables de verser les précieux liquides dans les coupes des participants. 

Les 8 et 9 novembre derniers, nous étions nombreux à être venus boire les paroles des grands du milieu et buvoter leurs cuvées plus grandes que nature. Sur deux jours, 8 grandes maisons pas piquées de vers ont défilé au Grand Quai du Port de Montréal, Jetée Alexandra — Château Margaux, Louis Jadot, Krug, Niepoort, E. Guigal, Tenuta Luce, Château de Figeac et Roberto Voerzio. Dirk Niepoort, Roberto Voerzio, Philippe Guigal et autres vignerons se sont généreusement déplacés depuis la France, le Portugal et l’Italie pour faire découvrir 55 cuvées mythiques aux amateurs de vin et philanthropes présents.

Tout ce branle-bas vinicole est mis en œuvre au profit de la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR). Cette année, pas moins de 1 475 184 $ ont été amassés pour l’amélioration des soins aux patients, l’enseignement et le développement de la recherche. En 17 ans d’activités, les partenaires et participants de cette grande messe du vin ont directement financé le centre d’excellence en thérapie cellulaire et le centre intégré de cancérologie. Deux projets porteurs grâce auxquels l’HMR peut aujourd’hui s’affirmer comme leader en thérapie cellulaire, plus particulièrement en immunothérapie du cancer. Ils mettent au point et reproduisent des médicaments-cellules programmés pour réparer des tissus, supprimer les cellules malignes du cancer et guérir les plus graves maladies de notre temps. Ces médicaments-cellules peuvent notamment guérir des patients qui ne répondent pas aux traitements traditionnels. 

À la vôtre

Spiritueux, portos et sangiovese

CHRONIQUE / La semaine dernière, je vous proposais des vins pour accompagner le repas traditionnel de Noël. Même si vous aurez bientôt l’impression de passer la majorité de votre temps à table, il vous faudra bien quelques petits remontants histoire de festoyer en ces temps de réjouissances bien mérités!

Vodkalight, Artist in Residence
39,25 $ • 13 827 269 • 30 % • 750 ml

Une toute nouvelle distillerie de Gatineau s’est donné comme défi de produire une vodka légère, locale, artisanale et sans gluten. En plus du Waxwing Gin Bohémien et de la liqueur de gingembre Mayhaven, Artist in Residence lance Vodkalight, produite à partir d’eau de source boréale et de maïs canadien. Elle titre 30 % d’alcool, soit 25 % moins d’alcool par portion de 45 ml qu’une vodka régulière, et contient 50 calories par once. Les vapeurs d’alcool sont discrètes et laissent plutôt place à des notes de fleurs et de poivre blanc. Un profil digeste qui donnera un soupçon de légèreté à vos cocktails et qui vous tiendra loin du mal de bloc l’aurore venue.

À LA VÔTRE

Vins pour les repas des fêtes

CHRONIQUE / Plus que quelques dodos avant de se farcir à répétition le copieux repas du temps des Fêtes. Je vous propose d’arroser ce plaisir coupable de bulles, de blancs et de rouges festifs à prix doux, au gré de vos goûts et envies.

Je retiens quatre choses du traditionnel dîner de Noël de mon enfance : les bottes dans le bain, les manteaux sur le lit, — et déformation professionnelle faisant, — les bouteilles en forme de quille par milliers (dont je tairai le nom) et la cruche de St-Georges.

Ah! Comme la neige a neigé! Le festin de Noël est peut-être resté quelque peu figé dans le temps, mais l’offre de boissons s’est bien diversifiée.

Trevenezie 2017, Chardonnay, Soprasasso
14,55 $ • 13 189 009 • 12,5 % • 5,6 g/l

Voilà un chardonnay italien qui pourrait aisément se faire passer pour un Californien à l’aveugle. Un blanc riche, beurré et gras du nord de l’Italie qui appelle fièrement la dinde et sa sauce brune. Une légère suavité et un soupçon de vanille poignent en bouche, le plaçant aux premières loges au service du fromage. Excellent rapport qualité-prix sous les 15 $.

À LA VÔTRE

10 bulles festives

CHRONIQUE / Le meilleur est à venir. La saison des bulles bat son plein, et on ne demande pas mieux que de célébrer au rythme de l’effervescence dorée. Avec des mousseux festifs dignes de vos apéros et cocktails dinatoires, certes, mais aussi de grands vins de repas. Des champagnes aux mousseux de Californie, d’Espagne, du Luxembourg et de Bourgogne, il y a de tout pour faire plaisir à toutes occasions. Parce que tant qu’il y a des bulles, tout va!

Amateur d’effervescence québécoise? Restez à l’affût puisque je vous prépare un article complètement dédié plus tard en décembre. Votre soif de bulles nordiques sera alors on ne peut plus étanchée.

À LA VÔTRE

Vins et plaisir à offrir en décembre

CHRONIQUE / Les douze coups de décembre ont sonné le début du jeu de la bouteille — une partie dans laquelle vous tournez en rond dans les allées de la SAQ dans le but ultime d’embrasser le plus beau vin pour la parfaite occasion. Voici quatre choix sûrs, histoire de ne pas être pris au dépourvu pour les cadeaux de Noël.

Pour célébrer la nouvelle IGP Vin du Québec

L’été dernier, je vous avais mis au parfum d’une nouvelle indication géographique protégée « Vin du Québec » à venir. Chose promise, chose due, l’affaire est maintenant dans le sac puisque le 16 novembre dernier, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a finalement reconnu l’IGP. Elle prend ainsi le relais de la certification « Vin du Québec certifié » qui existait depuis 2009. Pour revendiquer l’appellation et apposer le nouveau logo sur leurs bouteilles, les vignerons devront respecter le cahier des charges et se trouver dans la nouvelle zone délimitée qui s’étend entre la chaîne des Laurentides au nord, la frontière des États-Unis au sud, l’Ontario à l’ouest et les Appalaches à l’est. L’IGP sera effective pour le millésime en cours, 2018, et garantira l’origine, l’authenticité et la traçabilité de ces vins 100 % Québec. Cette reconnaissance marque le début d’une structuration en profondeur du vignoble québécois, impliquant un découpage de la zone en sous-régions viticoles dans les années à venir.

L’occasion de trinquer québécois en guise d’applaudissements et d’ovation profonde ne pourrait être mieux choisie. La Cantina Vallée d’Oka, petit frère du Vignoble Rivière du Chêne, est un jeune domaine qui déplace de l’air. Fermenté et élevé partiellement en fût, le Chardonnay 2017, La Cantina Vallée d’Oka garde de ce passage matière grasse et dimension, mais point d’arômes boisés. Ça « noisette » au nez, avec une présence et une persistance aromatique qui font à la fois dans le caractère et l’élégance. Une belle expression du chardonnay en sol québécois! Mention spéciale à l’étiquette : sobre et léchée.    

23,95 $ • 13 835 841 • 13 % • 1,4 g/l

À la vôtre

Baby-boom au royaume du bio

CHRONIQUE / Portée par une vague de jeunes vignerons et œnologues dynamiques et motivés par la locomotive du bio, châteauneuf-du-pape est en train de faire peau neuve. Sa réputation serait-elle à refaire?

La forte majorité des vignerons et œnologues que j’ai rencontrés lors de mon récent séjour à Châteauneuf-du-Pape avaient environ mon âge. Est-ce moi qui aie vieilli tout d’un coup? On dirait plutôt que l’appellation a pris un coup de jeune : les vingtenaires et les trentenaires sont aux commandes!

Comme la vigne sage et fatiguée qui a donné de sa sueur et de son sang sur des dizaines de millésimes, le vigneron se déracine de son vignoble pour faire place à la fougueuse jeunesse. Si la succession confronte parfois deux générations, deux visions, deux natures, la passation semble se faire dans une relative harmonie. Le futur de l’appellation est entre bonnes mains.

Un changement de garde qui laisse déjà présager une transformation dans le ton. « Châteauneuf, c’est poussiéreux. Les jeunes veulent faire des vins différents de leurs parents. On n’a plus envie du gros machin qui te fait poser la bouteille après deux verres », raconte Stan Wallut, du Domaine de Villeneuve, vignoble en biodynamie.

30 % de bio

Des 3200 hectares de l’appellation, le tiers est en bio. Je ne suis pas une fille de chiffres, mais cette statistique retentit fort jusque dans ma vertu écologique. « Le bio, c’est facile pour nous. Le bio, c’est l’avenir », m’explique Marie Giraud, jeune relève du Domaine Giraud, bio depuis une dizaine d’années. Non seulement la région bénéficie d’un climat favorable et du fameux mistral qui sèche tout, mais sa réalité économique lui permet aussi de perdre entre 20 et 30 % de raisins par année.

La diversité, c’est l’avenir  

Ici, comme ailleurs, le changement climatique préoccupe. D’autant plus que dans cette région du sud du Rhône, le cépage le plus planté, la grenache, emmagasine les grammes de sucre comme un enfant au lendemain de l’Halloween. Heureusement que 12 autres cépages sont autorisés. Et c’est probablement ce qui fera la grande différence dans les années à venir entre une appellation comme celle-ci et une en monocépage. Au Domaine Giraud comme au Château Sixtine, la counoise, un cépage noir pour l’instant peu exploité, est mise au banc d’essai. Sa fraîcheur et sa capacité à calmer les ardeurs alcooliques de sa consœur la grenache pourraient se révéler des atouts indispensables dans 10 à 15 ans.

Le secret le mieux caché de l’appellation semble aussi lentement sortir de l’ombre. Marie Giraud, qui a repris il y a 10 ans le Domaine Giraud avec son frère François, raconte que la demande pour le châteauneuf blanc se fait de plus en plus sentir. Si bien que la surface de blanc plantée au domaine a doublé en 20 ans, passant de 4 % à 8 %.

Quel est le style de châteauneuf-du-pape aujourd’hui?

Petit problème mathématique d’abord. Si 250 vignerons disposés le long de l’échelle opposant traditionalisme et modernité partagent la toute première appellation de France, laquelle s’étend sur une surface de 3200 hectares, comptant 4 types de sols et 13 cépages, combien de châteauneuf différents est-il possible de produire?

Ça ne prend pas la tête à Pythagore pour réaliser qu’il n’y a pas de châteauneuf type. Toutefois, et de manière générale, un changement de cap est enclenché vers des vins moins musclés, aux tanins plus souples, avec plus de fraîcheur et d’équilibre.

Percer le mystère des galets roulés

Avant de partir, Edouard Guérin, directeur Vins & Vignobles chez Ogier me demande :

– Quel est le rôle des galets roulés sur Châteauneuf?

– Le même rôle que j’ai toujours appris : celui d’emmagasiner la chaleur le jour pour la restituer aux vignes la nuit…

– Pas du tout! Penses-y. Les galets de Châteauneuf seraient les seules roches à avoir cette propriété dans tout le monde viticole? Et les vignes de Châteauneuf seraient les seules à ne pas avoir besoin d’un peu de fraîcheur la nuit? En fait, la vraie propriété des galets roulés est celle d’empêcher l’évaporation de l’eau contenue dans les argiles. De cette manière, l’eau reste disponible pour la vigne. La plante ne manquant pas d’eau, elle fait davantage de photosynthèse, donc plus de sucre et plus d’alcool!

– … (bruit d’un criquet qui a envie de se cacher entre deux galets)

CHÂTEAUNEUF-DU-PAPE

Domaine de Beaurenard 2015
51,75 $ • 13 646 994 • 15 % • 2,4 g/l • BIO, V

Grenache, syrah, mourvèdre, cinsault et autres ont été ici élevés et cofermentés sous l’incubateur de la biodynamie. Victor Coulon, jeune relève de la 8e génération, raconte que l’idée, « c’est que les différents cépages grandissent ensemble, pour que tous s’apprécient dès le départ — comme des enfants! » La complicité est palpable. Le nez déroule un éclatant tapis rouge de baies et d’épices douces. La bouche semble faire le grand-écart, déployant à la fois souplesse de tanins, matière fruité et droiture impeccable. De la pure gymnastique pour les papilles!  

Domaine La Mourre 2015, Cellier des Princes
48,25 $ • 13 710 925 • 14,5 % • 2,5 g/l • V      

L’unique coop de châteauneuf vinifie quelques cuvées à partir des raisins d’un seul domaine, dont celle-ci. À qui compte se faire plaisir dans l’immédiat, voilà un 100 % grenache prêt et dispo à vous mettre sous la dent sur-le-champ. L’ensemble est mûr et plein, appuyé par une texture soyeuse et des tanins fondus. Sa puissance contenue, en plus d’ajouter à l’équilibre, autorise une élégance certaine.  

Château la Nerthe blanc 2015
56,75 $ • 10 224 471 • 13,2 % • 1,7 g/l • BIO, V

Confortablement installés sur une source d’eau, les sols sablo-limoneux du Château La Nerthe se prêtent naturellement à la production du blanc. Suffit d’ouvrir ce châteauneuf pour s’imprégner de la magie des blancs de l’appellation. La trame vibre et frétille au rythme de notes de miel, de mangue et de verveine. Un blanc au volume fourni avec en fin de bouche la signature bien sentie du directeur et œnologue, Ralph Garcin, qui joue habilement sur les amers. Fin et profond.

Surveillez également le rouge, disponible sous peu.

Rasteau 2017, Benjamin Brunel, Château de la Gardine
19,80 $ • 123 778 • 13 % • 2,5 g/l • V

Classique de chez classique, ce rasteau de Benjamin Brunel, marque exclusive au Québec, est une valeur sûre à tout coup. Si le nez se montre sous une certaine délicatesse au nez avec de jolis arômes de cerises et de fleurs, une joyeuse gourmandise prend le relais en bouche, suivie d’une matière tannique charnue et d’une finale persistante. 750 ml de régal!  

V = vinification vegan
BIO = vin bio

Caroline était l’invitée de la Fédération des syndicats de producteurs de Châteauneuf-du-Pape.

À la vôtre

Neuf Chablis à tout prix!

CHRONIQUE / Après l’excursion de la semaine dernière dans le vignoble chablisien, la fièvre kimméridgienne se poursuit avec une sélection de chablis à vous mettre sous la dent!

PETIT CHABLIS

Domaine Besson 2016
23,75 $ • 13 771 891 • 12 % • 1,5 g/l • V

La relève est jeune et prometteuse chez ce domaine familial dirigé par Adrien, côté vignes, et par Camille, qui gère habilement la cave dans le respect des exigences du bio. Il se dégage du verre des notes de pierre à fusil et de cire ainsi qu’une droiture et une élégance distinctes de cette appellation. Un petit chablis digne du rang d’un chablis.

À LA vÔTRE

Chablis : l'exception bourguignonne

CHRONIQUE / C’est comme si la froideur montréalaise s’était sournoisement faufilée dans nos valises pour nous talonner jusqu’à Chablis. Malgré la température peu clémente qui coïncida avec notre arrivée, la bonne humeur régnait. Après deux millésimes éprouvants, les vignerons de Chablis célèbrent enfin une vendange prospère tant pour sa qualité que son volume.

Pour tout dire, Chablis l’avait eue dure depuis 2011. Didier Seguier, maître de chai chez William Fèvre, parle de 2018 comme d’une grosse année. Selon lui, bien que ce ne soit pas un millésime de collectionneur, il y a de la richesse et, surtout, de la fraîcheur.

Historiquement, les gelées printanières de Chablis ont toujours donné du fil à retordre aux vignerons. Tellement qu’ils sont passés maîtres dans l’art des procédés antigel. Pour protéger les précieux bourgeons d’un gel, ils ont mis au point : dispositifs d’aspersion (utiliser la glace comme isolant pour le bourgeon), bougies et chaufferettes. D’ailleurs, avec les récentes gelées dévastatrices de 2016 et 2017, l’INAO vient d’autoriser l’expérimentation de bâches.

Bien que Chablis fasse partie de la Bourgogne, elle partage avec elle très peu de points communs. « En fait, ses sols ressemblent davantage à ceux de la Champagne », raconte Isabelle Raveneau, du Domaine Raveneau. Effectivement, cette région de l’extrême nord de la Bourgogne est géographiquement et géologiquement parlant plus près de Troyes en Champagne que de la capitale viticole de la Côte de Beaune, Beaune ou même de Dijon.

Second facteur différenciateur non négligeable : le terroir de Chablis est beaucoup plus facile à déchiffrer que le reste de la Bourgogne. Primo, c’est du chardonnay à la grandeur. Mais attention, ce n’est pas parce que la région ne produit que du blanc en monocépage qu’elle est monochrome. La diversité est pour ainsi dire infinie au sein des 4 appellations et des 47 climats. Pour comprendre de quoi il en relève, mieux vaut mettre de côté le chardo tel que vous le connaissez. Il incarne ici un style inimitable, élégant, éclatant et dont le mot d’ordre est la minéralité. Oubliez les jus de planche à la vanille, puisque l’usage parcimonieux du bois (ou carrément absent, c’est selon) laisse place à des arômes de fleurs, d’agrumes, de miel, de pierre à fusil et à des notes salines.

Deuzio, c’est l’orientation, la pente et le type de sol qui décident du classement d’un lopin de terre dans l’une ou l’autre des 4 appellations. Le chablisien se dessine comme une succession de vallées aux multiples expositions — sur tous les points cardinaux, plutôt qu’un seul — le long de l’étroite rivière Serein. Sur les plateaux des collines, caractérisés par les calcaires blancs du portlandien, prend place l’appellation petit chablis. Le vent sifflant soufflant, combiné au soleil moins plombant que sur les coteaux, contribue à forger des vins blancs moins alcooleux, délicats et destinés à une consommation immédiate et conviviale. Mais attention à l’interprétation de « petit » qui ne veut surtout pas sous-entendre « simplet », mais plutôt « celui qu’on boit jeune ». Comme m’a lancé jovialement Eric Szablowski, formateur accrédité de l’École des Vins de Bourgogne : « On boit un verre de chablis, mais on boit une bouteille de petit chablis! »

Sur les pentes, on trouve le kimméridgien, un sous-sol composé de marnes et de calcaires riches en fossiles d’Exogyra virgula (de petites huîtres en forme de virgule). Puisqu’il renforce la fraîcheur et la minéralité des vins, c’est le sol de prédilection des appellations chablis, chablis premier cru et chablis grand cru. Sur le coteau le mieux exposé et le plus près du Serein s’élève fièrement le grand cru. D’ailleurs, il n’y a pas des grands crus, mais bien un seul qui se décline en 7 climats : Bougros, Preuses, Vaudésir, Grenouilles, Valmur, Les Clos et Blanchot. Sur l’ensemble des vallées, les vignes des versants les mieux exposés sont classées en chablis premier cru, tandis que les envers et les bas coteaux sont catalogués en chablis. Parmi les 40 climats classés premier cru, Montée de tonnerre est considéré comme la star de l’arène puisqu’il est géographiquement très près du grand cru et géologiquement installé sur du kimméridgien pur (mais offert à une fraction du prix!).

L’affluent divise le vignoble chablisien en deux, créant la dualité rive gauche-rive droite, comme à Bordeaux. Au contraire du Bordelais toutefois, la différence de caractère entre les deux rives ne relève pas de l’encépagement, ni du sol, mais de l’exposition. Chaque vigne à Chablis reçoit sa dose de soleil, mais à différents moments de la journée, ce qui marquera différemment les vins. Au matin, le soleil inonde d’abord la rive gauche. Cette exposition sud-est induit au chablis premier cru davantage de fraîcheur, de tension et d’élégance. Face à la commune de Chablis, sur la rive droite, le chablis grand cru et le chablis premier cru profitent pour leur part d’une exposition sud-ouest, de fin de journée, synonyme d’un profil plus enveloppé, puissant et exotique.

Tercio, Chablis, c’est réellement l’exception bourguignonne. C’est l’une des seules places en Bourgogne où il est encore possible de boire raisonnablement. On boit salin, mais la facture est beaucoup moins salée! Généralement, les bouteilles de chablis premier cru de la rive droite sont plus dispendieuses que celles de la rive gauche. Pour ma part, j’ai préféré dans l’ensemble le chablis premier cru au grand cru, avec une petit parti pris pour la rive gauche avec les climats Vau de Vey et Montmains. Il me semble avoir aussi perçu davantage de bois dans les grands crus dégustés. Mais évidemment ça reste une question de goût. Isabelle Raveneau nous a d’ailleurs confié, entre deux dégustations de 2017 sur fût, préférer acheter du premier cru puisqu’il est habituellement 30 à 40 % moins cher que le grand cru, qui lui n’est pas nécessairement 30 à 40 % meilleur.

Surveillez ma chronique de la semaine prochaine pour connaître mes vins coups de cœur sur les quatre appellations de Chablis!  

Caroline était l’invitée du Bureau interprofessionnel des Vins de Bourgogne.

À la vôtre

Quatre vins à ne pas manquer cet automne

CHRONIQUE / Les courges meublent le comptoir, un plat mijote tranquillement sur la cuisinière et des odeurs réconfortantes envahissent la maison, signe que le froid est confortablement installé dehors. L’heure est aux vins automnaux qui réchauffent les corps et les esprits. Il va sans dire que la palette proposée ci-dessous s’accompagne préférablement d’un bon plat chaud, mais le blanc grec et le rouge français peuvent aussi facilement se déguiser en apéro.

Karditsa 2017, Moi, je m’en fous!, Domaine Messenicolas
19 $ • 13 693 791 • 12,5 % • ‹ 1,2 g/l

Normalement, je préfère éviter d’accompagner mes soupes de vin. Du liquide sur du liquide, je trouve que ça en fait beaucoup. Toutefois, un potage à la citrouille, c’est habituellement suffisamment riche et consistant pour supporter un verre de vin. Dans ce cas, je suggère d’opter pour un blanc parfumé et frais.

Difficile de croire que le cépage malagousia a frôlé l’extinction au siècle dernier. Alors qu’il n’en restait que quelques plants en Grèce dans les années 1970, il s’est aujourd’hui hissé au rang des cépages emblématiques du pays. Cette variété donne des blancs flatteurs, moyennement acides, ronds et expressifs. Sous son étiquette libertine, la bouteille propose un vin espiègle, un vin de copains. C’est l’amie qu’on apporte à une soirée en sachant qu’elle s’intégrera en deux temps trois mouvements à toute la bande. La première impression est réussie, alors que le nez porte des arômes bien définis de poivre blanc et de miel. Sa fougue se manifeste tant dans sa persistance aromatique que dans sa rondeur, tout en évitant de tomber dans l’excès en étant bien sec et en poussant cette délicate touche saline en fin de bouche qui en fait redemander encore et encore.

À la vôtre!

Où déguster cet automne?

CHRONIQUE / Dans les semaines à venir, le vin, le gin et même le saké déferleront à grands flots sur Montréal et Québec. N’en manquez pas une goutte grâce à cette chronique qui revêt une allure d’agenda communautaire pour les besoins de la cause. De Montréal à Québec, l’offre est dangereusement excitante cette année.

Le Salon des vins d’importation privée (vin vegan)
27 et 28 octobre - Montréal et 30 octobre - Québec

Déguster des importations privées, c’est bien, mais pouvoir le faire en compagnie du vigneron, c’est mieux! Plus de 120 artisans des quatre coins du monde viennent présenter plus de 1000 produits non offerts à la SAQ. Attendez-vous à y découvrir des vins issus de vignobles de petites et moyennes tailles, en agriculture conventionnelle, bio et biodynamique. Ce sera aussi l’occasion de déguster les lauréats du Jugement de Montréal 2018 mettant en vedette des vins rouges natures. Notez que si vos papilles s’emballent, il sera possible de commander vos vins préférés sur place, à la caisse ou à la bouteille!

Prix : 25 $ en prévente (30 $ à la porte), incluant 15 $ en coupons de dégustation

La Grande Dégustation de Montréal
1, 2 et 3 novembre - Montréal

Vous rêvez de brunello di montalcino, de barolo, de supertoscans et de franciacorta? Arrêtez de faire votre valise parce que le plus grand rassemblement vinicole de l’est du pays célèbre l’Italie pour sa cuvée 2018. Les amateurs de gin seront heureux d’apprendre que le spiritueux tiendra une place centrale à la LGDM, au même titre que le pinot gris. Plus de 220 producteurs, 18 pays et 1300 produits, dont 800 en importation privée (disponibles en commande à l’unité!) et 500 en SAQ... une journée, c’est pas assez!

Prix : 15 $ en prévente (ou 18 $ à la porte) + 1 $ par coupon de dégustation

Raw Wine
1er novembre - Montréal

Grande nouveauté cette année, Montréal accueille pour la première fois le salon Raw Wine qui mettra de l’avant des vignerons produisant des vins biologiques, biodynamiques et natures. Ils seront une centaine, dont quelques-uns de chez nous (Négondos, Les Pervenches et Nival), à y présenter des jus peu manipulés en provenance de l’Autriche, de la Hongrie, de la Slovénie, de Grèce et d’ailleurs.

Prix : 45 $ tout inclus

Kampaï
25 octobre - Montréal

Vous ne comprenez rien au saké et vous n’avez toujours pas éclairci l’épineuse question à savoir s’il faut le servir chaud ou froid? Ne vous en faites pas, l’alcool de riz japonais dégage une aura de mystère pour nombre d’entre nous. Bonne nouvelle, un 1er festival de saké débarque au Québec cet automne avec une centaine de variétés de saké, dont une cinquantaine qui ne s’est jamais retrouvée en SAQ. Plus 4 restaurants sur place pour vous faire découvrir les délices de la gastronomie japonaise.

Prix : 50 $ en prévente (ou 70 $ à la porte)

Récits millésimés
22 au 25 octobre - Montréal

Échelonné sur 4 jours, Récits millésimés est une série d’événements mettant en vedette le grand collectionneur de vins Michel-Jack Chasseuil. Il y sera question, entre autres, d’anecdotes et de péripéties entourant sa caverne d’Ali Baba réunissant quelque 40 000 bouteilles de vins mythiques (avec Véronique Rivest), de vins du Québec (avec Nadia Fournier) et d’accords vins et desserts.

Prix : Entre 55 $ et 104 $

À LA VÔTRE

Des bulles de qualité supérieure

CHRONIQUE / Me voilà sur la route ondoyante qui relie la ville de Conegliano et le village de Valdobbiadene, dans la province de Trévise en Vénétie. La topographie évolue rapidement au fur et à mesure qu’on dévale la trentaine de kilomètres qui sépare les deux communes. De légèrement vallonné à Conegliano, le terrain devient fortement accidenté à Valdobbiadene. C’est ici, dans la contrée luxuriante des préalpes, où s’élèvent à perte de vue les vignes de glera, que l’élite du prosecco prend vie.

Pas étonnant que ce jardin d’Éden du nord-est de l’Italie soit candidat pour devenir un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Si le jugement s’avère positif, il s’agira d’une seconde distinction déterminante en peu de temps pour cette région scénographique qui a été élevée au rang de DOCG (Dénomination d’origine contrôlée et garantie) en 2009, le plus haut niveau de qualité italien. Conegliano valdobbiadene prosecco superiore DOCG représente le cœur et l’origine du vin effervescent éponyme — une forteresse de quelque 7500 hectares au milieu de la vaste prosecco DOC (20 000 hectares) qui s’étend de la Vénétie au Frioul-Vénétie Julienne.  

150 ans de prosecco

L’effervescente histoire du prosecco commence il y a tout juste 150 ans, à la fondation de Carpenè Malvolti, premier et plus ancien établissement viticole dans les régions de Conegliano et Valdobbiadene. Après une escale en Champagne, Antonio Carpenè revient à Treviso avec l’intention de faire un mousseux italien. Mais pas question de planter du chardonnay ou du pinot noir, il tient mordicus à travailler avec le cépage indigène de la région, le glera, alors connu sous le nom de « prosecco ». Après des essais en méthode traditionnelle (comme en Champagne), force est d’admettre que ça ne fonctionne pas. La forte acidité et le caractère aromatique du glera s’avèrent incompatibles avec cette technique de vinification. Puis, au fil des recherches et perfectionnements de la méthode charmat (ou martinotti en Italie), Carpenè Malvolti est devenue la première maison italienne à produire un prosecco mousseux — avec deuxième fermentation en cuve close.

De 1968 à 2018, les cinq générations de Carpenè se sont révélées très impliquées dans le développement et le rayonnement de leur région viticole, en laissant d’ailleurs en héritage la toute première école œnologique du pays. Leur succès s’appuie aussi sur une étroite collaboration avec une centaine de familles, certaines avec lesquelles ils travaillent depuis cinq générations. Depuis ses débuts, la maison s’est engagée à respecter et à reconnaître l’expertise des vignerons locaux en achetant leurs raisins plutôt qu’en tentant d’acheter leurs vignes. « Ils produisent les meilleurs raisins, nous on se concentre à produire le meilleur vin! » lance Domenico Scimone, directeur des ventes et marketing.

Une DOCG de plus en plus verte

Sur la route vers Conegliano, l’œnologue en chef de Carpenè Malvolti me fait remarquer que « plus souvent qu’autrement, les vignerons ont planté à même leur propriété. Dans la cour arrière et devant la maison! » Il va sans dire qu’ils n’iront pas y mettre n’importe quoi. D’ailleurs, il y a un détail qui attire rapidement l’attention. Tout est si… vert. Depuis 10 ans, le consortium de la DOCG a mis sur pied une série de projets pour le développement d’une viticulture plus respectueuse de l’environnement et de ceux qui l’habitent. Au programme : valorisation de la biodiversité, transformation des déchets de taille et de marcs de raisins en énergies renouvelables et réduction des produits phytosanitaires. Justement, il y a cette odeur familière qui chatouille l’odorat en foulant des pieds une quelconque parcelle. Tiens, tiens, on vient d’épandre des résidus de raisins pressés dans les rangs enherbés, en guise d’engrais. C’est bon. Les bottines suivent les babines.

Conegliano Valdobbiadene Prosecco Superiore DOCG

Il n’y a que les Italiens pour faire des dénominations aussi longues. N’empêche qu’on leur pardonne puisqu’ils font là un sapristi de bon jus. Les raisins de la DOCG, vautrés entre la mer Adriatique et les Dolomites, qui apportent respectivement un souffle chaud de jour et un vent frais de nuit, développent une forte acidité grâce à l’écart thermique. Les rendements sont plus restreints que pour la DOC Prosecco, et les vins plus complexes. Ce qui va probablement à l’encontre de discours qualifiant le prosecco de « simple ».

Domenico parle du prosecco comme d’un « bon ami ». Il n’aurait pu mieux dire. C’est l’ami vers lequel on se tourne quand on veut passer un bon moment, peu importe l’occasion ou l’heure de la journée. Le copain énergique, un peu caméléon, qui sait se doser selon la compagnie, sur la table et autour. Ce sont les bulles avec lesquelles on s’autorise à faire pop! sans raison apparente. Qu’il fait bon festoyer sans avoir à y laisser sa chemise.

À la vôtre

Trinquer local pour la durabilité

CHRONIQUE / Dans les dernières semaines, les vins québécois ont fait verser beaucoup d’encre et déferler beaucoup de mots-clics. Vous êtes aussi nombreux à avoir fait aller votre limonadier sur votre bouteille du Québec le 12 septembre dernier. C’était beau à voir.

Il y a quelque chose dans l’air. Une frénésie de boire local, et de vivre local plus largement. Il suffit de feuilleter le tout nouveau hors-série du magazine Caribou sur les vins du Québec pour en saisir l’ampleur. Ou encore d’aller faire un tour sur le compte Instagram de @vinsduquebec (qui est en feu, c’est pas peu dire). Plusieurs d’entre vous ont même profité des vendanges pour partir à la rencontre de nos vignerons québécois. Est-ce les retombées de la loi 88? Est-ce l’impératif de prendre en main notre planète d’ici deux ans? Une chose est certaine, il y a un momentum, un éveil collectif. 

Non, cet article ne traitera pas de l’incroyable qualité de nos vins. Les éloges et les démonstrations ont été largement faites récemment. 

Pendant longtemps, avec l’abondance de vins provenant des quatre coins du monde, le peu de place donné aux vins d’ici en SAQ et la jeunesse de notre industrie viticole, l’ailleurs était souvent meilleur et plus accessible. Or, maintenant que nos vignerons ont gagné en expérience et en maturité et que la distribution y est, il est beaucoup plus facile et heureux de « boire local ». 

L’achat local s’inscrit dans la mouvance du développement durable, de la consommation responsable et de la protection de l’environnement. Selon Bernard Lavallée, nutritionniste et auteur, en moyenne, les aliments voyagent entre 3500 km et 5000 km avant d’arriver sur nos tables au Québec. En buvant un vin d’ici, on réduit donc inévitablement la distance parcourue par la bouteille jusqu’à notre verre. Moins de carburant dépensé, donc moins de GES attribuables au transport.

Selon notre ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, l’achat local favorise la réinjection des investissements dans la communauté et contribue au développement économique des municipalités, des régions, de la province. La MAPAQ ajoute même que si chaque consommateur achetait pour 30 $ de plus en produits québécois par année, on injecterait un milliard de dollars de plus dans l’économie québécoise en 5 ans. Plus de dollars dépensés ici, plus d’emplois, plus de richesse, plus d’impôts. Qui plus est, chaque bouteille du Québec achetée agit comme un levier pour notre industrie viticole. En supportant nos vignobles locaux, on leur donne le pouvoir économique de se développer, de perfectionner leurs installations, d’engager une main-d’œuvre compétente et d’affiner leurs produits. Au bout du compte, tout le monde est gagnant. 

Je ne dis pas qu’il faut arrêter de boire l’ailleurs. Simplement de boire plus souvent l’ici. Et j’encourage tous les pays et les provinces à le faire. Plusieurs le font d’ailleurs déjà très bien. On a tendance à l’oublier, mais acheter est un choix environnemental, économique, social et politique. En achetant notre vin localement nous avons le pouvoir de minimiser notre empreinte écologique, d’améliorer les conditions sociales et économiques de nos régions et de contribuer à la valorisation de notre vignoble québécois. Moi, je dis que ça vaut le coup.

Québec, Lot 100dix blanc, Domaine Cartier-Potelle

À la vôtre

Porto : vins de générations

CHRONIQUE / Dans une autre vie, le Québec a abondamment flirté avec le porto. L’attraction était telle que le Douro considérait alors le Québec comme son eldorado. Les caisses s’écoulaient comme des petits vins nouveaux. Puis un bon matin, ils se sont perdus de vue.

Le porto me rappelle mon enfance. Chaque Noël, mon grand-père avait l’habitude de le servir dans de petites coupes en chocolat. Ô que j’avais hâte de bénéficier de ce privilège de grandes personnes! Puis enfin à l’âge adulte, l’attrait du porto avait perdu de son lustre — il semblait avoir resté dans le siècle dernier, avec la coupe en chocolat d’ailleurs. 

Les vins fortifiés, à l’instar des vins doux, n’ont pas la cote ces temps-ci. Loin de moi l’idée de casser du sucre sur le dos de quelle cause que ce soit, puisqu’elles sont aussi multiples que complexes. Je crois par contre que le « break » a assez duré et qu’il est temps de secouer le brasier de cette idylle en veilleuse afin de raviver la flamme pour ce qui s’avère être l’un des plus grands vin de garde au monde.

Après un été à la filer douce avec des vins secs, légers et délicats, je suis partie au début du mois faire un tour dans la vallée du Douro, patrimoine mondial de l’UNESCO portugais, histoire de me brasser la cage. Brasser la cage, comme dans cavaler en safari dans le Douro avec Jorge Rosas, PDG de Ramos Pinto, pour constater l’hostilité du terroir dans lequel les vignes prennent leur pied.

À la vôtre

Renouer avec les cépages oubliés (2e partie)

CHRONIQUE / La semaine dernière, je vous parlais de la criolla chica, un cépage argentin longtemps laissé pour compte, que les producteurs se réapproprient peu à peu. Il s’agissait alors surtout de réhabiliter des parcelles existantes. Cette semaine, l’exploration des cépages oubliés se poursuit en Espagne où on assiste à la renaissance de cépages que l’on croyait perdus depuis la crise phylloxérique.

Au lendemain du passage remarqué du phylloxéra (puceron très gourmand responsable de la dévastation d’une grande partie du vignoble mondial dans la seconde moitié du XIXe siècle), l’Espagne, comme beaucoup d’autres pays touchés, tente de remettre son vignoble d’aplomb. Or, cette reconstruction favorisera des cépages plus productifs, laissant derrière un patrimoine entier de cépages autochtones.

Au début des années 80, Miguel A. Torres (4e génération), fortement inspiré par son professeur de viticulture de l’époque, le Professeur Boubals, entreprend de ressusciter ces fantômes du passé en restaurant les cépages ancestraux de la Catalogne. La Bodegas Torres lance alors une chasse aux trésors générale en faisant appel aux agriculteurs catalans afin de recenser de vieilles vignes non identifiées sur les terres de la région.

Le cépage garro fut le premier à être découvert et à devenir un sujet d’étude. En 1998, s’est ajouté le querol, cépage qui intégra pour la première fois en 2009 le Grans Muralles, cuvée emblématique de la maison. De fil en aiguille et trois décennies plus tard, ce sont plus de 50 variétés espagnoles qui sont identifiées et sauvées de l’oubli. Parmi celles-là, six sont déjà enregistrées au ministère de l’Agriculture en raison de leur fort potentiel œnologique. Qui plus est, certaines d’entre elles se révèlent bien de leur temps puisqu’elles s’avèrent naturellement plus résistantes aux températures élevées et à la sécheresse. Voilà qui tombe on ne peut plus à point.

Aujourd’hui, Miguel Torres Maczassek (5e génération), qui a également récupéré le cépage chilien païs (alias la criolla chica de l’Argentine!), et Mireia Torres, directrice du R&D, poursuivent le projet familial. Miguel raconte d’ailleurs qu’ils partagent le fruit de leurs découvertes avec les autres vignerons intéressés auxdits cépages : « Les vignes n’appartiennent pas à notre famille, mais bien au Penedès. »

DÉGUSTER LE PASSÉ

Miguel met la table d’abord avec le forcada, un cépage blanc à la maturité plutôt tardive — les vendanges ont lieu vers la mi-octobre. Une prolongation qui lui permettra d’atteindre des maturités aromatique et phénolique élevées. Le 2016 fait une entrée remarquée, avec des notes intenses d’épices et de citrons confits. Pendant que sa texture grasse tapisse, une légère masse tannique se faufile et fige le temps un instant. Toute mon attention est mobilisée à saisir cette matière asséchante, ce corps étranger. Mes neurones roulent à 100 milles à l’heure à essayer de catégoriser cette intrigue qui est à la fois le yin et le yan dans sa finesse et son caractère. Toutefois, il n’entre dans aucune boîte. Et ne me demandez surtout pas sa pastille de goût. Un grand cépage en devenir. À surveiller de très près.

La danse de la séduction se poursuit avec le pirene, un cépage noir résineux, minéral et au fruit aussi mûr que le précédent en raison de sa maturité tout aussi tardive. Comme les vignes prennent racines dans le plus haut vignoble de la Catalogne, dans costers del segre, la palette présente fraîcheur et structure. 

Ce qui nous amène enfin au gonfaus, un cépage noir qui donne l’impression de plonger le nez dans un verre de root beer. Il coule avec souplesse et termine sur une légère amertume qui ajoute une dimension intéressante à l’ensemble.

À LA VÔTRE

Renouer avec les cépages oubliés

CHRONIQUE / Des vignerons et œnologues du monde entier démontrent un grand enthousiasme pour les cépages indigènes, délaissés ou oubliés. Qu’il s’agisse de récupérer de vieux vignobles ou de sauver des spécimens ancestraux au bord de l’extinction, renouer avec l’histoire et le patrimoine viticole nécessite passion et patience.

En août dernier, Ernesto Bajda­ (Nesti), œnologue chez Catena Zapata, sort une bouteille de criolla à la demande générale des journalistes — un vin nature réunissant deux criolla (chica et grande). Une curiosité explosive qui sent le Kool-Aid et qu’on boit jusqu’à plus soif, mais dont le renouveau sur la scène locale argentine est si embryonnaire qu’il n’a pas encore fait écho jusqu’ici.

Or, la criolla chica n’a pas toujours eu bonne presse. « Autant dire qu’elle avait très mauvaise réputation tant auprès des vignerons en raison de sa faible productivité, que des consommateurs de par sa faible coloration », relate Francisco Bugallo, vigneron argentin. Quant à Alejandro Iglesias, sommelier, il rappelle son passé peu glorieux de vin de table et de vrac.

La criolla chica est à l’origine même de la viticulture sud-américaine. La protagoniste a été introduite il y a 500 ans en Argentine par les conquistadors (espagnols). Pourtant il ne subsisterait que 500 hectares au pays. « Aujourd’hui, encore, ils sont nombreux à l’arracher au profit de variétés plus productives ou plus prometteuses sur le plan commercial », explique Francisco. Mais cela ne l’a pas empêché de restaurer un très ancien vignoble de vieilles criolla situées à 1600 mètres d’altitude dans la vallée de Calingasta, à San Juan, avec son acolyte, Sebastián Zuccardi. Il y a 6 ans, Cara Sur est devenu le tout premier projet du pays à parier sur ledit cépage. « Actuellement, il n’y a pas de trace de nouvelles plantations de criolla en Argentine. À Cara Sur, nous commençons une sélection de plantes mères et une pépinière est en attente de les recevoir à partir de 2019. »

« La criolla, c’est un peu David contre Goliath, puisqu’il s’agit de concurrencer le cabernet, le malbec et autres raisins de prestige », illustre Alejandro Iglesias, sommelier. En effet, le contraste est on ne peut plus éloquent. Seule dans son coin du ring, la criolla donne des rouges déroutants, pâles, légers, juteux et débordants de fruits.

« En Argentine, la criolla se taille une place principalement dans le circuit gastronomique, grâce aux sommeliers qui soutiennent les producteurs dans leur démarche depuis les tous débuts. Le travail des vignerons ne s’inscrit pas dans une tendance, puisqu’il s’agit plutôt d’un désir de revaloriser l’histoire de leurs raisins et de leur patrimoine. Ils ne veulent pas produire de vins de criolla comme un pinot noir ou un Beaujolais, au contraire. Ils respectent son style et son caractère. Ils respectent la culture qu’elle représente », raconte Alejandro.

Si sa réputation de vilain petit canard reste difficile à défaire du côté des générations plus âgées, les jeunes consommateurs et les trippeux de vin à la recherche de raretés, de curiosités et d’histoires l’accueillent avec beaucoup d’enthousiasme. Plusieurs autres vignobles reconnaissant son fort potentiel, tels que El Esteco, Vallisto et Durigutti, veillent aussi à lui redonner ses lettres de noblesse.

À la vôtre

Vins d’Argentine : la folie des hauteurs

CHRONIQUE / Tout juste rentrée d’Argentine, je n’ai qu’un sujet sur les lèvres : les vins d’extrêmes altitudes. Un concept poussé à des limites vertigineuses par les Argentins. Préparez-vous à voir vos notions du terroir passer au niveau supérieur. Acrophobes, s’abstenir!

On entend souvent parler de la latitude comme indicateur du climat (certains vignerons se plaisent d’ailleurs à rappeler qu’ils sont sur le même parallèle que Bordeaux), mais plus rarement de l’altitude. Or, l’élévation peut sévèrement modifier le climat. Si une variation d’un kilomètre au nord ou au sud a un impact plus ou moins grand sur la vigne, 1000 mètres en altitude changera dramatiquement son comportement — et conséquemment, le vin.

De tous les pays qui produisent du vin d’altitude, l’Argentine est celui qui cultive le plus d’hectares de vignes en élévation et qui s’investit le plus dans la recherche. Certains gravissent les Andes pour y planter leurs pics et leur tente, d’autres leurs vignes et leur vignoble. 

Pour donner un peu de perspective, en Bourgogne (France) comme au Piémont (Italie), les vignes sont plantées à tout au plus 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 500 mètres dans le Bierzo (Espagne) et à 800 mètres dans le Priorat (Espagne). « En Argentine, on commence à parler de haute altitude à partir de 1500 mètres «, explique Joaquin Hidalgo, journaliste vin argentin. Le plus haut vignoble au monde se trouverait d’ailleurs là, dans Salta, à 3100 mètres d’altitude —

Altura Maxima (littéralement hauteur maximale), un projet du domaine Colomé impliquant du sauvignon blanc et du malbec.

La vigne subit un stress constant pour de multiples raisons liées au climat. D’abord, la température qui chute de 1 degré chaque 155 mètres de montée linéaire, déformant de ce fait la notion de latitude en tant que variable-clé. Ensuite, second facteur très important : l’héliophanie. Plus hautes sont les vignes, plus la lumière du soleil sera pure. Chaque 1000 mètres, les radiations solaires s’intensifient de 15 %. Stressés par l’augmentation des UV, les raisins épaississent leur peau pour se protéger, augmentant du même coup leur concentration en polyphénols, responsables de la couleur et des tanins. Enfin, la pression atmosphérique diminuant avec l’altitude, la plante en état de stress intense ralentit son métabolisme. Non seulement le plant est-il plus petit, mais il produit aussi moins. 

Et dans le verre? Comment dire. C’est incomparable. Les rouges sont tout à la fois : mûrs, intenses, dotés d’une acidité vive avec des tanins puissants, parfois rudes, et des robes très soutenues. Les blancs sont structurés, intenses et, bien sûr, tout aussi frais. Bref, ce sont des vins de climats froids avec la maturité des climats chauds à cause des radiations solaires. Uniques.

L’altitude génère une succession de microclimats et de terroirs à Salta (au nord) et à Mendoza (vers le centre) permettant de cultiver une large palette de cépages, du pinot noir au malbec sur de petites zones géographiques. À voir l’engouement des Argentins, leur ambition des grandeurs n’est pas près de s’essouffler!

Vins

Le Tour de France dans son verre

CHRONIQUE / Dans la frénésie de la Coupe du monde de soccer, disons que le Tour de France est un peu passé sous le radar. Si vous avez perdu le fil vous aussi, pas de souci, il n’est pas trop tard pour un dernier sprint. Voici un résumé en quatre vins de cette 105e édition (ou la belle excuse pour s’envoyer quelques bonnes bouteilles sans raison apparente!).

VALLÉE DE LA LOIRE
Menetou-salon 2015, Clos du Pressoir, Joseph Mellot
(SAQ : 12 571 599 — 26,10 $)
Début juillet, le peloton quitte le Val de Loire — cette région qui fait rêver pour ses châteaux et ses charmants blancs de chenin et de sauvignon blanc. Cependant, on pense trop peu souvent à la Loire pour ses rouges, et encore moins pour ses pinot noir. Et pourtant! À quelques coups de pédales, au sud de sancerre, Catherine Mellot révèle le pinot de très belle façon sur les sols calcaires de l’appellation menetou-salon. Dans le verre, de fines notes minérales, de kirsch et de fleurs se présentent joliment au nez. De la souplesse, des tanins fondus et une finale qui s’accroche longuement aux papilles.

À la vôtre

Des vignes résistantes au changement climatique ?

Depuis 2000, la France enregistre un cycle d’évolution très net vers un climat plus chaud et plus sec. Ce changement climatique doublé de l’impératif de diminuer l’emploi de pesticides remet en question la légitimité des cépages actuels et ouvre la voie à une toute nouvelle génération de vignes naturellement résistantes.

Sans vouloir renchérir sur le changement climatique — souhaitable pour les uns, nettement moins drôle pour les autres, selon d’où on use du sécateur —, force est de constater que les stades de développement de la vigne s’enchaînent à un rythme accéléré (développement des feuilles, floraison, maturation des baies, etc.). Un des changements les plus flagrants concerne la date des vendanges qui bat des records de précocité. Ceci impactant cela, on constate chez les vins une hausse de la teneur en alcool et une diminution de l’acidité. Dans le Languedoc-Roussillon seulement, le taux d’alcool moyen a augmenté de 3 % depuis 1984. Une hausse qui s’explique en partie par un perfectionnement des pratiques culturales et de l’encépagement, mais pas que...

Second pépin dans l’engrenage : la grande sensibilité des vitis vinifera (chardonnay, pinot noir, cabernet sauvignon, etc.) aux maladies et aux champignons de la vigne (oïdium, mildiou). Autour de 20 % des pesticides appliqués en France sert l’industrie viticole (avec seulement 3 % de la surface agricole utilisée!)
Face à ces deux enjeux majeurs, il apparaît indispensable de penser à un plan B. Des chercheurs de l’INRA de Pech Rouge (Institut national de la recherche agronomique dans le Languedoc) et le CIVL (Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc) se sont engagés dans une démarche vitidurable visant à produire des vins exempts de produits sanitaires, moins alcoolisés et répondant aux goûts des consommateurs.

Il ne s’agit pas de créer des clones ou des OGM, mais plutôt de produire de tous nouveaux cépages par hybridation et « rétrocroisements » (croisements d’un hybride avec l’un de ses parents ou d’un proche parent afin de favoriser les caractéristiques d’une des variétés) avec à la base la muscadinia rotundifolia, une espèce américaine très résistante au mildiou et complètement béton face à l’oïdium.

À ce jour, une vingtaine de cépages ont été mis au banc d’essai. Les résultats sont prometteurs. Les sujets présentent une composition génétique voisine du vitis vinifera variant entre 95 et 99,7 %, en plus d’être naturellement résistants à l’oïdium et au mildiou, responsables de 80 % de l’emploi de pesticides. Les cépages en cours de développement sont aussi naturellement antioxydants. Comme le jus ne brunit peu ou pas, très peu de sulfites, voire aucuns, sont nécessaires pendant la vinification.

Les variétés les plus concluantes sont présentement mises à l’essai à grande échelle. Si les résultats s’avèrent concluants, les candidats retenus pourraient être subséquemment ajoutés au catalogue viticole. Une rencontre est aussi prévue (si ce n’est pas déjà fait) avec les élus et le gouvernement pour faire évoluer la législation en réponse au changement climatique.

Merci à Herman Odeja et Jean-Louis Esculier, respectivement directeur et ingénieur de recherche au site INRA de Pech Rouge ainsi qu’à Bernard Auger, délégué général du CIVL pour leurs explications.

Source : Escudier, Bigard, Ojeda, Samson, Caillé, Romieu, Torregrosa, De la vigne au vin : des créations variétales adaptées au changement climatique et résistantes aux maladies cryptogamiques, 2017.

À la vôtre

Bio depuis 400 ans

CHRONIQUE / La famille Amoreau tient les rênes du Château

Le Puy depuis 1610, sans jamais avoir succombé aux diktats de performance de l’industrie (lire l’usage de produits chimiques). À l’avant-garde depuis 408 ans, la famille s’inscrit comme une précurseure du mouvement sans soufre et de la culture dite bio et biodynamie à Bordeaux.

Récemment de passage à Montréal, Jean Pierre Amoreau, vigneron de 13e génération, et sa famille présentaient 20 ans de leur cuvée Barthélemy (1994-2014), vin issu de la parcelle « les Rocs » — terroir faisant l’objet d’une demande d’appellation monopole auprès de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité). Avant même de déguster les vins, ça détonne. Le discours du vigneron est méditatif, empreint d’émotion, déstabilisant. Déstabilisant parce qu’il n’est pas commercial, mais humain, tendre et poétique. L’amour pour la nature et la vigne est palpable. Il ne s’agit pas de faire du vin pour du vin, mais de faire symbiose avec la nature afin de lui emprunter son énergie dans son expression la plus pure. Le respect pour le consommateur est tout aussi tangible. « Il s’agit de créer du bonheur, tout simplement », lance Jean Pierre, sincère.

Depuis les années 50, le domaine entretient un écosystème où il fait bon vivre pour la vigne. Situé sur le même plateau calcaire que Saint-Émilion, le terroir « Le Puy », historiquement appelé « le coteau des merveilles », est riche d’une diversité biologique composée de forêts, d’étangs, de champs et de vergers. Sur tout le domaine, aucun produit chimique n’a touché les vignes en 400 ans. Pas d’engrais chimique, d’herbicide ou d’insecticide de synthèse, nenni. Des pulvérisations de presle, d’ortie et d’osier, plutôt. Ah, et le hangar à tracteurs a été troqué pour une écurie.

Le vigneron-poète parle du raisin et de la vigne comme de la matérialisation de l’énergie (soleil, terre, eau, etc.) « Le vin ensuite transformé par les levures deviendra à son tour énergie. Si on utilise des levures de synthèse, il y a une déviation de l’expression », explique Jean Pierre.

Au chai, la fermentation par infusion (comme du thé) est donc menée par les levures indigènes. L’absence de remontages diminue l’apport d’oxygène et confère aux tannins un caractère très particulier. Au terme de l’élevage, les vins ne sont ni filtrés, ni collés, ni sulfités. Des vins véganes de facto, donc.

Le nom du cru Barthélemy n’est pas anodin. Il rend hommage à l’arrière-arrière-grand-père de Jean Pierre, celui-là même qui a découvert comment faire un vin sans ajout de soufre en 1868. La cuvée prend forme sur la parcelle « les Rocs », terroir dont la famille Amoreau souhaite faire reconnaître l’unicité. Une telle reconnaissance pourrait leur valoir leur propre appellation, « Le Puy », comme l’ont déjà obtenu d’autres propriétaires de terroirs exceptionnels déjà compris dans une appellation d’origine existante, comme château grillet (auparavant condrieu).

À la dégustation, Barthélemy (SAQ : 13 670 097 — 170,25 $)* tranche avec le style auquel nous a habitué Bordeaux. D’abord, cette absence de produits de synthèse qui se traduit par une minéralité accrue dans le vin, puis cet équilibre impeccable, ce bois subtil parfaitement intégré et le dépaysement total qui s’ensuit. De 2014 à 1994, les arômes de cuir, balsamique et fines herbes se suivent et se succèdent tandis que la fraîcheur persiste et signe.

À la vôtre

Trois expressions du sauvignon blanc

CHRONIQUE / Lorsqu’une personne affirme ne pas aimer un type de vin, un cépage ou une région viticole, je m’emballe. En fait, je pars carrément en croisade. Loin de moi l’idée de dicter ses goûts à qui que ce soit. Chacun a ses préférences et les goûts sont indiscutables… mais les idées reçues et les généralisations, elles, oui!

Quand j’étais jeune et sobre, nous jouions à un jeu lors des longs trajets en voiture. Il s’agissait d’un jeu de mots où chacun devait rebondir, à tour de rôle, sur le mot de l’autre en disant le plus rapidement possible le premier mot qui venait à l’esprit, par association d’idées. Bref, ça passait le temps et ça révélait efficacement les esprits tordus. Si je dis « sauvignon blanc », il y a fort à parier que vous pensiez à « Nouvelle-Zélande ». Une association tout à fait plausible puisque le pays en a fait son fer de lance.

Le sauvignon blanc néo-zélandais de Marlborough possède une typicité très particulière qui peut parfois diviser — des blancs exubérants aux notes d’agrumes, de buis, d’herbe coupée et d’asperges. Or, ce n’est là qu’une expression du cépage parmi tant d’autres, car l’origine du sauvignon blanc est incontestablement française. Faute de précisions géographiques supplémentaires, les deux principales régions productrices, Le Val de Loire et Bordeaux, en revendiquent la parentalité.

Dans la Loire, il permet de produire certains des plus grands vins blancs au monde sous l’appellation sancerre. En Touraine, il s’éloigne de son expression classique dans les AOC touraine oisly et touraine chenonceaux, deux nouvelles appellations depuis 2011. Une reconnaissance plus que légitime pour ces vignerons rigoureux et visionnaires qui donnent une voix unique au sauvignon blanc. Des cuvées tantôt distinguées et minérales aux notes d’abricots du côté de touraine oisly, tantôt soulignées par d’intenses parfums de fleurs, une grâce inusitée et une rondeur caressante sur chenonceaux.

Comment le sauvignon peut-il adopter des personnalités si diamétralement opposées? À cause du terroir, certes, mais aussi à cause d’une certaine molécule très odorante, la méthoxypyrazine. Également présente dans le cabernet sauvignon et le carménère, elle est la principale responsable des arômes herbacés parfois présents dans le sauvignon blanc. Lorsqu’elle se trouve en forte concentration, elle donne une impression de vin pas mûr. Or, sa teneur dans les raisins tend à diminuer au fur et à mesure que les baies mûrissent. C’est donc dire que la date de la vendange s’avère un facteur déterminant selon le style souhaité par le vigneron, tout autant que les conditions de maturation.

Côté vinif, les thiols, ces composés variétaux présents dans le raisin et précurseurs des arômes de cassis, fruits tropicaux, buis et pamplemousse, ont aussi leur mot à dire.

Tout ça pour dire qu’un sauvignon blanc n’égale pas l’autre. Voici 3 cuvées pour découvrir ou redécouvrir les différentes déclinaisons de ce grand cépage blanc.

Vins

Peut-on se parler de la couleur du rosé?

CHRONIQUE / S’il y a un vin capable de les diviser tous, c’est bien le rosé. Personne ne s’entend sur ce qu’il devrait être. Comme s’il n’existait qu’un seul type de rosé dans un océan de blancs et de rouges.

Envie de semer la bisbille dans un groupe de professionnels du vin? Parlez de rosé — ou, mieux encore, servez-en! Le débat sera furieusement engagé avant même qu’un seul d’entre eux n’ait eu le temps de tremper les lèvres dans sa coupe.

La couleur du rosé a pris une importance disproportionnée. « Pas assez rose », « trop foncé »… Eh oui! De tels propos discriminatoires persistent encore en 2018. Pourtant, on se fiche bien de la robe du blanc et du rouge. Vous avez déjà entendu quelqu’un dire : « Ce blanc est trop foncé » ou « Ce rouge est définitivement trop pâle »?

Le rosé est le seul vin qui est jugé d’après sa teinte. Les vignerons eux-mêmes semblent insister sur la couleur comme facteur déterminant du processus d’achat en embouteillant systématiquement leurs vins dans des contenants transparents. Et pourtant, certains rosés, amplement capables de se bonifier avec le temps, gagneraient à être protégés par du verre coloré.

Or, la teinte ne veut absolument rien dire — surtout avec les techniques de vinification modernes. Si la couleur n’est pas forcément un indicateur de style, elle est encore moins un indice de qualité. Jamais elle ne témoignera du rendement (rapport entre le volume de vin produit sur une surface donnée) ou de la qualité des soins apportés à la vigne.

À l’heure actuelle, la diversité du rosé s’éteint au fur et à mesure que l’hégémonie du style provençal s’impose. Depuis les années 1990, on assiste à une domination mondiale des vins rosés techniques. Obtenus par pressurage direct (raisins pressés rapidement après la récolte pour limiter le contact des peaux avec le jus), ces vins exhibent une robe pâle mousse de saumon et diffusent de délicats arômes de pamplemousses et de fraises. Un style convoité par les vignerons et réclamé par les consommateurs, qui est souvent exécuté sans trop de considération pour l’expression du terroir. Selon Elizabeth Gabay, Master of Wine et autrice du livre Rosé, ils représentent 80 % de l’offre de rosés produits dans le monde.

Dans la Loire, par exemple, ce n’est que depuis tout récemment que les vignerons font référence au terroir en parlant de rosé. C’est carrément un changement de paradigme puisque auparavant, l’idée élémentaire consistait simplement à « faire du rosé ».

Mais, revenons à nos 50 nuances de rose. Une robe pâle n’est pas automatiquement synonyme de légèreté et de délicatesse. L’habit ne fait pas le moine, comme dirait l’autre. Le meilleur exemple serait le terrasses du larzac 2016 du Château La Sauvageonne appartenant à Gérard Bertrand. Parfaitement doré, il ne donne pas du tout l’impression d’être un rosé. En fait, il pourrait aisément se faire passer pour un blanc. Plus pâle que pâle, il se révèle pourtant puissant, structuré et d’une étonnante complexité. Qui plus est, il est le fruit d’un assemblage de cépages blancs et noirs vinifiés en barrique — vermentino, mourvèdre, viognier et grenache.

Je vous imagine froncer des sourcils. Des raisins blancs dans le rosé? En France, il est interdit de mélanger vin blanc et vin rouge pour faire du rosé, exception faite de la Champagne, mais il est tout à fait possible de mélanger raisins blancs et noirs.

À la vôtre

Quoi de neuf avec les vins du Québec?

CHRONIQUE / Ce n’est plus vrai qu’il faut être fou pour planter de la vigne au Québec. La qualité des vins a considérablement augmenté depuis les dernières années. Ce progrès provient, entre autres, d’une épuration du domaine viticole. « Pour les vignerons qui excellent, faire du vin ce n’est pas juste un passe-temps ou une deuxième carrière. Ce sont des gens sérieux qui veulent en faire un métier », lance Louis Denault, vice-président du Conseil des vins du Québec. Ces vignerons possèdent une connaissance pointue de la vigne grâce à un parcours riche en voyages et en formations à l’étranger.

DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES PROFITABLES POUR LA VIGNE

Chaque région viticole est confrontée à ses propres contraintes météorologiques. Aucune culture n’est parfaite, quelle qu’elle soit. Suffit de regarder du côté de Bordeaux et Cognac, où de violents orages de grêle ont durement frappé les vignes dernièrement, pour réaliser que nos difficultés ne sont pas si pires que ça. S’il avait le choix de planter n’importe où dans le monde, Louis Denault, aussi propriétaire du Vignoble St-Pétronille sur l’île d’Orléans, choisirait le Québec, sans hésitation. « Il y a eu cinq jours de gel ce printemps et personne n’a perdu de vignes. Il suffit d’être bien préparé et bien équipé. »

Le Québec connaît actuellement un réchauffement climatique sévère — un levier qualitatif colossal pour la production de vin. En 10 ans à peine, les degrés-jours (somme des températures moyennes journalières à partir de la base de 10 °C entre le 1er avril et le 31 octobre) ont fait un bond immense. « Sur l’île d’Orléans, nous sommes passés de 940 à 1140 degrés-jours. Une augmentation de 200 degrés-jours! À ce rythme, il est à prévoir qu’en 2030 la température de l’île sera comparable à celle que connaît actuellement la Montérégie », raconte Louis.

VERS UNE NOUVELLE IGP

Le Québec possédera son appellation Indication géographique protégée (IGP) Vin du Québec dès la prochaine vendange. Il s’agit d’une première reconnaissance qui devrait être suivie d’un découpage en sous-régions viticoles. Des géologues se pencheront alors sur le Québec pour définir des régions viticoles liées à la géologie des sols et à de vrais terroirs. « L’un des problèmes au Québec, c’est que les vignes sont souvent plantées au mauvais endroit. Avec une IGP, les sites seront d’abord examinés, puis approuvés par un agronome. On ne pourra plus planter partout », explique le vigneron de Ste-Pétronille.

Somme toute, bien qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, le meilleur est à venir pour nos vignerons, d’autant plus qu’il reste encore des terres vierges, archisaines et pleines de minéraux. Selon Louis, il ne serait pas surprenant que de gros joueurs y décèlent un potentiel et viennent s’installer, comme on a pu le constater en Argentine, en Californie, ou plus près de chez nous, en Colombie-Britannique.

Vins

D’un océan à l’autre : 2 vignobles canadiens à découvrir absolument

CHRONIQUE / Il se fait des cuvées extraordinaires au Canada, et ce, d’une rive à l’autre. Nos quatre régions viticoles sont certes jeunes, mais on trouve des vignobles d’une étonnante maturité dans chacune d’elles. En voici deux qui s’illustrent particulièrement bien, de part et d’autre du pays, en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique.

BENJAMIN BRIDGE, NOUVELLE-ÉCOSSE

L’offre de vins en provenance des Maritimes est très restreinte à la SAQ. En fait, elle se limite à quelques cuvées du domaine Benjamin Bridge, un prodigieux vignoble qui prend place dans la vallée de Gaspereau, dans la baie de Fundy.

La vigne y jouit d’un environnement de croissance aussi unique que puisse l’être la baie de Fundy dans le monde. Comme les plus grandes marées du monde ont lieu ici (jusqu’à 16 mètres — l’équivalent d’un édifice de 4 étages!) il y a plus d’eau qui passe dans la baie que dans tous les cours d’eau douce du monde réunis. Cette affluence d’eau produit l’effet d’une pompe, en soufflant de l’air modéré sur la vallée, tempérant continuellement la région, hiver comme été.  

Ce scénario climatique aussi atypique qu’exceptionnel se prête idéalement à l’élaboration de mousseux méthode traditionnelle — comme en Champagne. Les chefs d’orchestre, le viticulteur en chef, Scott Savoy, et l’œnologue, le Québécois Jean-Benoît Deslauriers, révèlent brillamment l’immense potentiel du terroir grâce à des pratiques biologiques et peu interventionnistes donnant lieu à des mousseux distinctifs, tendus et élégants —
incontestablement parmi les meilleurs du pays.

Vins

10 rosés à boire cet été

CHRONIQUE / La saison du rosé est officiellement lancée (et plus que méritée)! Force est de constater que l’offre de rosés s’homogénéise. Si elle se « provençalise » depuis quelques millésimes, elle me semble avoir atteint son apogée cette année. Parce que la diversité est belle et stimulante, cette sélection 2018 se veut le reflet de la pluralité des genres du rosé, dans toutes ses couleurs, ses saveurs, ses arômes et ses textures!

L’AUBAINE

Campo de Borja 2017, Rosado, Borsao (SAQ : 10 754 201 — 11,75 $)

Un rosé à moins de 12 $, sec et pas guidoune, ça ne court pas les allées de la SAQ. S’il se présente plutôt discret au nez, le Borsao se montre fort agréable et désaltérant en bouche. Comme il est disponible dans les succursales Dépôt, c’est la bouteille par excellence pour vos réceptions estivales.

Vins

Trois vins d’Alsace pour ouvrir la terrasse

CHRONIQUE / À mes débuts dans le vin, l’Alsace a rapidement reçu toute mon attention. Pour la fraîcheur et la minéralité de ses vins (bien que je ne savais pas qu’il s’agissait de cela à l’époque), mais aussi pour le poids plume de son matériel pédagogique.

Pour dresser un portrait très (très) sommaire, le vignoble alsacien compte 8 cépages blancs (dont les plus communs sont les riesling, gewurztraminer, pinot gris et pinot blanc), 1 cépage noir, 3 AOC seulement et 51 grands crus. Voilà, ce qu’il en est à quelques mentions près. Clair, simple et précis.

Le vignoble alsacien fut la première région viticole abordée lors de ma formation de sommellerie. À ce moment précis, je me rappelle qu’une pensée chargée à parts égales de naïveté et d’optimisme m’ait traversé l’esprit, à savoir que tout compte fait, le vin, c’était bien plus facile que je ne le croyais. Puis, il y a eu la Bourgogne, ce mastodonte viticole qui sous son apparente et réconfortante binarité variétale dissimule une complexité presque cruelle pour le profane. Ça rentre dedans et ça vous ramène sur terre en moins de deux.

Je crois que l’une des clés du succès de l’Alsace réside justement dans son accessibilité. Elle est facilement approchable. Nul besoin de tourner la flûte d’Alsace de tous les côtés pour savoir ce qu’elle contient. Tout est là, devant, sur l’étiquette : le domaine, le millésime, le cépage. Reste le sucre, qu’on pourra trouver parfois sur la contre-étiquette ou sur l’étiquette de la SAQ, près du code-barres. Ensuite, il y a la diversité des cépages, des sols et des méthodes de viticulture et de vinification (sec, demi-sec, doux, liquoreux) qui en donne pour tous les goûts.

L’Alsace réussit à rejoindre toutes les catégories de consommateurs, de la jeune universitaire qui veut un pinot blanc frais et délicat pour son party de sushis, au connaisseur qui souhaite apprécier un vieux riesling aux tonalités complexes de pétrole et de pierre à fusil. Une fois les prononciations de riesling et de gewurztraminer maîtrisées (ou pas!), on peut apprécier ces vins blancs de monocépage et en saisir les subtilités — du fin riesling au puissant pinot gris. Signe indéniable du succès des vins d’Alsace, les vins de la maison Willm sont dans les verres des québécois depuis belle lurette, depuis la fin des années 1940 plus précisément!

Il y a trois semaines, Jérôme Keller, directeur technique et maître de chai, et Hervé Schwendenmann, président-vigneron, des maisons Willm et Wolfberger étaient de passage à Montréal pour donner un aperçu du millésime 2017. Comme dans plusieurs régions de France, le gel dévastateur d’avril 2017 aura été lourd de pertes pour l’Alsace, avec 35 % du vignoble décimé. Un petit millésime en volume donc, mais ô combien qualitatif! Voici donc quelques-unes de leurs délicieuses cuvées que vous devez absolument mettre dans vos verres en mai!