Bio depuis 400 ans

CHRONIQUE / La famille Amoreau tient les rênes du Château

Le Puy depuis 1610, sans jamais avoir succombé aux diktats de performance de l’industrie (lire l’usage de produits chimiques). À l’avant-garde depuis 408 ans, la famille s’inscrit comme une précurseure du mouvement sans soufre et de la culture dite bio et biodynamie à Bordeaux.

Récemment de passage à Montréal, Jean Pierre Amoreau, vigneron de 13e génération, et sa famille présentaient 20 ans de leur cuvée Barthélemy (1994-2014), vin issu de la parcelle « les Rocs » — terroir faisant l’objet d’une demande d’appellation monopole auprès de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité). Avant même de déguster les vins, ça détonne. Le discours du vigneron est méditatif, empreint d’émotion, déstabilisant. Déstabilisant parce qu’il n’est pas commercial, mais humain, tendre et poétique. L’amour pour la nature et la vigne est palpable. Il ne s’agit pas de faire du vin pour du vin, mais de faire symbiose avec la nature afin de lui emprunter son énergie dans son expression la plus pure. Le respect pour le consommateur est tout aussi tangible. « Il s’agit de créer du bonheur, tout simplement », lance Jean Pierre, sincère.

Depuis les années 50, le domaine entretient un écosystème où il fait bon vivre pour la vigne. Situé sur le même plateau calcaire que Saint-Émilion, le terroir « Le Puy », historiquement appelé « le coteau des merveilles », est riche d’une diversité biologique composée de forêts, d’étangs, de champs et de vergers. Sur tout le domaine, aucun produit chimique n’a touché les vignes en 400 ans. Pas d’engrais chimique, d’herbicide ou d’insecticide de synthèse, nenni. Des pulvérisations de presle, d’ortie et d’osier, plutôt. Ah, et le hangar à tracteurs a été troqué pour une écurie.

Le vigneron-poète parle du raisin et de la vigne comme de la matérialisation de l’énergie (soleil, terre, eau, etc.) « Le vin ensuite transformé par les levures deviendra à son tour énergie. Si on utilise des levures de synthèse, il y a une déviation de l’expression », explique Jean Pierre.

Au chai, la fermentation par infusion (comme du thé) est donc menée par les levures indigènes. L’absence de remontages diminue l’apport d’oxygène et confère aux tannins un caractère très particulier. Au terme de l’élevage, les vins ne sont ni filtrés, ni collés, ni sulfités. Des vins véganes de facto, donc.

Le nom du cru Barthélemy n’est pas anodin. Il rend hommage à l’arrière-arrière-grand-père de Jean Pierre, celui-là même qui a découvert comment faire un vin sans ajout de soufre en 1868. La cuvée prend forme sur la parcelle « les Rocs », terroir dont la famille Amoreau souhaite faire reconnaître l’unicité. Une telle reconnaissance pourrait leur valoir leur propre appellation, « Le Puy », comme l’ont déjà obtenu d’autres propriétaires de terroirs exceptionnels déjà compris dans une appellation d’origine existante, comme château grillet (auparavant condrieu).

À la dégustation, Barthélemy (SAQ : 13 670 097 — 170,25 $)* tranche avec le style auquel nous a habitué Bordeaux. D’abord, cette absence de produits de synthèse qui se traduit par une minéralité accrue dans le vin, puis cet équilibre impeccable, ce bois subtil parfaitement intégré et le dépaysement total qui s’ensuit. De 2014 à 1994, les arômes de cuir, balsamique et fines herbes se suivent et se succèdent tandis que la fraîcheur persiste et signe.

Barthélemy (SAQ : 13 670 097 — 170,25 $)

En 2013, Jean Pierre et son fils, Pascal, réinventent même l’élevage des vins à bord de bateaux à voiles. Chaque année, quelques barriques sont chargées sur une brigantine dédiée au transport de marchandises, essentiellement des produits issus de l’agriculture biologique et du commerce équitable. Avant de larguer les amarres, la famille Amoreau prend soin d’offrir quelques caisses de vin à l’équipage (histoire d’avoir l’esprit tranquille). Pendant un an, le voilier bourlinguera dans l’Atlantique contre vents et marées sans que les vins ne soient touchés une seule fois. Au retour, les barriques recouvertes de sel produiront tout au plus quelque 2000 bouteilles d’un vin très unique : le Retour des îles.

*Le 2010 est présentement disponible dans une vingtaine de succursales SAQ même si SAQ.com indique qu’il sera disponible bientôt.

Côtes d’auvergne 2015, 7e ciel, Saint-Verny (SAQ : 13 343 248 — 17,40 $)

Côtes d’auvergne 2015, 7e ciel, Saint-Verny (SAQ : 13 343 248 — 17,40 $)

Issu du cépage gamay et élevé sur des terroirs volcaniques, ce côtes d’auvergne est pour tout dire dépaysant. Si vous avez l’impression de tourner en rond dans les rosés, celui-là vous amènera définitivement ailleurs. Sa bouche légèrement vineuse et acidulée rehausse les arômes de fruits rouges surets. Un rosé pour la table et les charcuteries.

Toscana 2016, Fumaio, Banfi (SAQ : 854 562 — 15,45 $)

Toscana 2016, Fumaio, Banfi (SAQ : 854 562 — 15,45 $)

Voilà un joli assemblage de chardonnay et sauvignon blanc aux notes de pêches et de fleurs d’oranger. La bouche sec et délicatement acidulée démontre une agréable rondeur. Un vin de soleil pour se rafraîchir au coin de la piscine entre deux saucettes.

Portes ouvertes sur la route des vins Brome-Missisquoi

Découvrez vos vins locaux cette fin de semaine grâce aux portes ouvertes sur La Route des vins de Brome-Missisquoi! Allez à la rencontre des vignerons, déguster leurs produits et participer à des nombreuses visites guidées organisées pour l’occasion. C’est plus d’une quinzaine de vignobles qui vous proposent un rendez-vous privilégié, profitez-en!