Vins

Trois vins d’Alsace pour ouvrir la terrasse

CHRONIQUE / À mes débuts dans le vin, l’Alsace a rapidement reçu toute mon attention. Pour la fraîcheur et la minéralité de ses vins (bien que je ne savais pas qu’il s’agissait de cela à l’époque), mais aussi pour le poids plume de son matériel pédagogique.

Pour dresser un portrait très (très) sommaire, le vignoble alsacien compte 8 cépages blancs (dont les plus communs sont les riesling, gewurztraminer, pinot gris et pinot blanc), 1 cépage noir, 3 AOC seulement et 51 grands crus. Voilà, ce qu’il en est à quelques mentions près. Clair, simple et précis.

Le vignoble alsacien fut la première région viticole abordée lors de ma formation de sommellerie. À ce moment précis, je me rappelle qu’une pensée chargée à parts égales de naïveté et d’optimisme m’ait traversé l’esprit, à savoir que tout compte fait, le vin, c’était bien plus facile que je ne le croyais. Puis, il y a eu la Bourgogne, ce mastodonte viticole qui sous son apparente et réconfortante binarité variétale dissimule une complexité presque cruelle pour le profane. Ça rentre dedans et ça vous ramène sur terre en moins de deux.

Je crois que l’une des clés du succès de l’Alsace réside justement dans son accessibilité. Elle est facilement approchable. Nul besoin de tourner la flûte d’Alsace de tous les côtés pour savoir ce qu’elle contient. Tout est là, devant, sur l’étiquette : le domaine, le millésime, le cépage. Reste le sucre, qu’on pourra trouver parfois sur la contre-étiquette ou sur l’étiquette de la SAQ, près du code-barres. Ensuite, il y a la diversité des cépages, des sols et des méthodes de viticulture et de vinification (sec, demi-sec, doux, liquoreux) qui en donne pour tous les goûts.

L’Alsace réussit à rejoindre toutes les catégories de consommateurs, de la jeune universitaire qui veut un pinot blanc frais et délicat pour son party de sushis, au connaisseur qui souhaite apprécier un vieux riesling aux tonalités complexes de pétrole et de pierre à fusil. Une fois les prononciations de riesling et de gewurztraminer maîtrisées (ou pas!), on peut apprécier ces vins blancs de monocépage et en saisir les subtilités — du fin riesling au puissant pinot gris. Signe indéniable du succès des vins d’Alsace, les vins de la maison Willm sont dans les verres des québécois depuis belle lurette, depuis la fin des années 1940 plus précisément!

Il y a trois semaines, Jérôme Keller, directeur technique et maître de chai, et Hervé Schwendenmann, président-vigneron, des maisons Willm et Wolfberger étaient de passage à Montréal pour donner un aperçu du millésime 2017. Comme dans plusieurs régions de France, le gel dévastateur d’avril 2017 aura été lourd de pertes pour l’Alsace, avec 35 % du vignoble décimé. Un petit millésime en volume donc, mais ô combien qualitatif! Voici donc quelques-unes de leurs délicieuses cuvées que vous devez absolument mettre dans vos verres en mai!

Vins

Dézippe-toi en avril!

CHRONIQUE / Vous avez le blues du temps gris? Ou pire encore, le blues des vins un peu beiges qui s’accumulent dans vos verres? Qu’à cela ne tienne, il y a une lueur d’espoir à l’horizon, une occasion en or de découvrir des vins qui sortent des sentiers battus et qui vous émanciperont de la binarité blanc/rouge.

Le samedi 28 avril prochain se tiendra à Montréal le salon des vins Le Printemps Dézippé (Des-IP [Importations privées], la pognes-tu?) au Marché Bonsecours de Montréal.

Une trentaine d’agences y débarqueront avec leurs coups de cœur d’inspiration estivale dénichés lors de leurs plus récents voyages. Il s’agit là également d’une superbe opportunité de découvrir des produits exclusifs et les nouvelles tendances de l’industrie du vin avant tout le monde. Autrement dit, de venir sentir ce qui se passera demain en SAQ.

Chacune y proposera une quinzaine de vins en importation privée, pour un potentiel d’environ 450 produits à découvrir. Des vins de petites productions, de vins biologiques et biodynamiques, des vins oranges, des rosés hors normes, beaucoup de bulles comme des pétillants naturels — Pet’Nat’ pour les intimes — ou des crémants à moins de 30 $. C’est donc votre chance de trouver des vins inusités qui vous sortiront de votre zone de confort. Une occasion rare de mettre la main sur des produits disponibles en très petite quantité, à aussi peu que 60 bouteilles parfois! On parle de 5 caisses de 12 ou de 10 caisses de 6 seulement! Il va sans dire que ce n’est pas demain matin à la SAQ qu’on les y trouvera.

Le plus beau, c’est qu’il sera possible de commander vos coups de cœur sur place et de les recevoir dans les 10 jours suivants, dès lors que le produit est disponible dans les entrepôts de la SAQ. Les commandes se font à la caisse, de 6 ou de 12, selon le produit. Habituellement les vins plus abordables sont offerts à la caisse de 12, tandis que les plus dispendieux sont disponibles à la caisse de 6. On passe donc sa commande directement au salon, auprès de l’agent concerné, et on paie les frais d’agence. Ensuite, la caisse sera livrée dans une SAQ près de chez vous, où vous pourrez aller la récupérer et régler la facture de votre achat, comme d’habitude. Simple comme bonjour!

C’est beaucoup une caisse? Pas si on y va avec les copains. Et comme il s’agit de vins sélectionnés par les agences en vue de la période estivale, avec tous les BBQ qui s’en viennent et les apéros chez les amis cet été, je ne serais pas trop inquiète si j’étais vous.

Cette année, pour la première fois, se tiendra un concours amateur de dégustation d’importation privée. Dix équipes d’amateurs non reliés au domaine du vin ou de la restauration s’affronteront lors d’une joute à l’aveugle dans laquelle elles devront déterminer la provenance, le millésime et le nom du producteur de 5 vins différents. Voilà qui devrait être plutôt amusant!

Le Printemps Dézippé se tiendra de 12 h à 19 au Marché Bonsecours de Montréal et s’adresse au grand public. Pour l’achat de billets, vous pouvez le faire en ligne sur le site web du Regroupement des Agences d’Importation Privée, raspipav.com, ou à la porte le jour J.

À LA VÔTRE

Pascal Marchand: un Québécois en Bourgogne

CHRONIQUE / Jeune, il se croyait destiné à l’écriture. Ce qui devait être une simple vendange en Bourgogne est rapidement devenue le projet de toute une vie. Pascal Marchand, vigneron mondialement reconnu, est l’un des précurseurs de la biodynamie en Bourgogne.

Le documentaire Grand Cru, réalisé par David Eng, relate le parcours professionnel de Pascal Marchand, un Québécois amoureux des mots qui s’est finalement entiché de la vigne en France. C’est à l’aube de sa vingtaine, alors âgé de 21 ans, que l’aspirant poète de Montréal part en Bourgogne faire les vendanges en 1983. Un peu plus d’un an plus tard, le comte Armand perçoit son potentiel et le met aux commandes du Clos des Épeneaux à Pommard. Sa carrière est lancée!

Lorsqu’il met les pieds en Bourgogne pour la première fois, il remarque que les vignes sont intoxiquées, aspergées de produits chimiques, tandis que les sols apparaissent compactés et appauvris. Alors que les vignerons bourguignons perpétuent les traditions familiales, Pascal arrive avec un regard nouveau et n’hésite pas à douter de l’ordre établi. Avec trois de ses compatriotes de classe de l’Institut de viticulture et d’œnologie de Beaune, il adhère à une philosophie qui s’inscrit dans une vision plus globale de la nature : la biodynamie.

« Je n’étais pas du tout à l’aise de manipuler les produits chimiques pour traiter la vigne. Je cherchais une autre relation avec la nature », affirme Pascal Marchand. Les résultats sont sans équivoque : plants plus vigoureux, vignes plus résistantes aux maladies et plus de biodiversité dans les vignobles. Il réintroduit au passage le labour avec cheval, une technique qui évite le compactage des sols par les tracteurs. Il est également l’un des premiers à se réintéresser à la plantation en foule, une tradition pratiquée par les moines cisterciens aux origines de la viticulture en Bourgogne. Jamais la biodynamie n’a été illustrée plus simplement que dans ce documentaire. « La biodynamie, c’est comprendre les forces de la nature et travailler avec les rythmes de la nature », explique le vigneron.

Il est aujourd’hui négociant et propriétaire de quelques parcelles avec sa société Marchand-Tawse. Pascal appose son nom sur les étiquettes de dizaines d’appellations dont les réputées vosne-romanée, chassagne-montrachet et corton-charlemagne. S’il devait en choisir qu’une seule, ce serait Musigny, sa plus récente acquisition. Un tout petit morceau de terre, de 1/10e d’acre, acheté à une somme équivalant à la valeur de 65 acres au Canada!

Il va sans dire que le millésime du tournage aura fortement teinté le scénario du documentaire. Qualifier 2016 de difficile en Bourgogne serait un euphémisme. La violence qui s’est abattue sur la région est historique — faisant de ce millésime le pire que la Bourgogne ait connu. Le gel, la grêle et la maladie ont si fortement endommagé les vignes que les pertes au printemps atteignaient déjà les 60 à 70 %. Le stress est à son paroxysme pour les vignerons, tellement que plusieurs petits producteurs ont vu fondre leur mince marge de manœuvre — pour certains, 2016 aura été leur dernière vendange. David Eng a ainsi pu capter la triste réalité des changements climatiques, si bien qu’on se sent sur la corde raide tout au long du documentaire.

Personne n’y a échappé. Les plus gros ont aussi eu leur lot de *%!?#*. Même avec la plus grande volonté du monde, quand la vie semble s’acharner sur son cas, la tentation est grande de prendre un petit raccourci. Mais Pascal n’y déroge pas. Sa résilience est à toute épreuve, aucun produit chimique ne touchera ses vignes, même si c’est bien plus difficile à gérer qu’il y a 20 ans.

Grand cru est une immersion en quatre saisons dans les aléas de la vie d’un vigneron philosophe et encore poète à ses heures. Un documentaire terre à terre, non moralisateur, qui dépeint avec brio la grandeur de l’homme et sa quête d’une culture artisanale et biodynamique. Un film que tout amateur de vin devrait voir.

À la vôtre

5 vins à moins de 20 $

CHRONIQUE / Chères lectrices et chers lecteurs qui n’osent s’aventurer dans l’espace cellier,

Cette chronique est pour vous. J’aimerais démocratiser ces quelques pieds carrés de la SAQ qui peuvent parfois sembler être l’apanage d’une élite au portefeuille bien garni. Et pourtant, si vous saviez combien cette caverne d’Ali Baba regorge de petits joyaux à petits prix n’attendant que d’être découverts. Pour preuve, je vous offre sur un plateau d’argent 5 excellents vins entre 15 et 19 $ — 5 spécialités à moins de 20 $ pour vous faire plaisir à prix doux.

À la vôtre

Jolis chablis

Les blancs de Chablis prennent forme dans un terroir unique, tout au nord de la Bourgogne.

À Chablis, comme à peu près partout en Bourgogne, le cépage blanc utilisé, c’est le chardonnay. C’est simple, il est sur toutes les lèvres, dans toutes les bouteilles et recouvre tout le vignoble. Les vignes de chardo poussent sur un sol formé il y a 150 millions d’années, alors qu’une mer recouvrait l’entièreté du vignoble. Le sous-sol, appelé le Kimméridgien, est alors composé de fossiles de petites huîtres en forme de virgule ayant pour nom Exogyra virgula. C’est dans ce sous-sol singulier que les vins de Chablis tirent leur fraîcheur, leur pureté, leur finesse et leur minéralité.

À vue de nez, ça a tout l’air du scénario idéal pour produire de grands blancs. Et pourtant, il y a bien un pépin à l’horizon. Installée au nord de la Bourgogne, tout près de la Champagne, Chablis est située dans un climat semi-continental. En d’autres mots, elle est aux prises avec des hivers costauds et des étés chauds. Comme les gelées de printemps menacent fréquemment les bourgeons, les chaufferettes et l’aspersion sont souvent appelées en renfort. La menace de la grêle guette aussi. Mis bout à bout, comme en 2016, ces événements peuvent être très éprouvants et lourds de pertes pour les vignerons.

Il y a 4 paliers de chablis — 4 appellations : petit chablis, chablis, chablis premier cru et chablis grand cru. Plus on monte dans la « hiérarchie », plus les vins se révèlent complexes et aptes au vieillissement.
Leur profil organoleptique n’a rien à voir avec certains chardo beurrés et boisés auxquels nous a habitué la Californie. D’abord, la robe de faible intensité des petits chablis et chablis présente des reflets verdâtres, un contraste notable avec les robes intensément dorées des américains. Le nez jongle avec des arômes délicats de fleurs et de fruits (citron, pamplemousse, pomme verte), toujours avec cette minéralité en trame de fond.

Si vous cherchez plus d’intensité, tournez-vous alors vers les chablis premier cru et chablis grand cru. La seconde appellation représente que 2 % de la production totale de Chablis, mais aussi les blancs les plus puissants et les plus complexes de la région. L’équilibre entre gras et fraîcheur est tout simplement remarquable, tout autant que les arômes intenses de pierre à fusil, de miel et d’amande.

Et ça ne s’arrête pas là. Les appellations sont découpées en climats — des parcelles délimitées à l’intérieur des appellations elles-mêmes. Ces lopins de terre se distinguent par leurs conditions géologiques et climatiques spécifiques ainsi que par le savoir-faire des hommes. « Climat » est un terme typiquement bourguignon répandu dans toute la Bourgogne. Chablis en possède une quarantaine, dont la majorité est en chablis premier cru, tandis que la Bourgogne en compte des milliers.

Suggestions de la semaine

Petit chablis 2016, Louis Moreau (SAQ : 11 035 479 - 23,45 $)

À la vôtre

À la découverte du Piémont

CHRONIQUE / Royaume de la truffe, terre sacrée du nebbiolo et berceau du barolo, le Piémont est une région prestigieuse à faire rêver les gourmands de tous acabits!

Situé au nord-ouest de l’Italie, le Piémont viticole est recouvert de cépages tels que le nebbiolo, la barbera, le dolcetto, le cortese et le moscato. À une ère où les cépages locaux effectuent un retour en grande pompe un peu partout, les vignerons piémontais peuvent se targuer de ne les avoir jamais délaissés au profit de variétés plus tendances.

Suivant cette tradition, la maison piémontaise Michele Chiarlo s’évertue à révéler une expression authentique desdits cépages dans leurs appellations respectives, en adoptant, entre autres, un style épuré où aucune barrique neuve n’est impliquée. Vous connaissez d’ailleurs probablement ce vignoble sans le savoir. Le Nivole, c’est eux. Ce moscato d’asti a très certainement été l’un des premiers vins à me charmer à mes débuts dans le vin. J’étais alors loin de me douter que la maison piémontaise était aussi l’auteure de grands barolos et barbarescos.

S’il a la notoriété plus discrète que son confrère le barolo, le barbaresco n’en demeure pas moins un grand vin d’une indiscutable élégance. Alberto Chiarlo, fils de Michele Chiarlo, le décrit même comme « un vin de connaisseur ».

En ce qui a trait au barolo, est-ce que la dualité entre moderne et traditionnel a toujours sa raison d’être? Selon Alberto, dans 90 % des cas, il est aujourd’hui impossible de trancher entre les deux puisque les modernistes tendent vers le traditionalisme et vice versa.

Tous les vins de la maison portent le label V.I.V.A. Il s’agit d’un programme qui évalue la durabilité d’un vignoble et de ses vins selon quatre indicateurs : air, eau, territoire et vignoble. En scannant le code QR accolé au label, vous pourrez consulter les performances du vin quant au volume d’eau utilisé et les gaz à effet de serre générés pendant la production d’une bouteille de vin.

Vous avez des questions ou des commentaires? Écrivez-moi à caroline.chagnon@gcmedias.ca.

Vin

Savoureux amarone

CHRONIQUE / L’appellation valpolicella célèbre son 50e anniversaire! Et si on prenait part à la fête en célébrant la St-Valentin avec un verre d’amarone della valpolicella?

Si le cœur vous en dit, démêlons d’abord les appellations suivantes : valpolicella, amarone della valpolicella, recioto della valpolicella et valpolicella ripasso. Toutes partagent la même zone de production, la valpolicella, dans le nord-est de l’Italie en Vénétie. Pourtant, tout un monde les sépare. Le valpolicella est un vin rouge aux arômes de fruits rouges, souple et frais. Quant au recioto della valpolicella, il s’agit d’un vin de dessert riche et concentré, élaboré avec des raisins surmûris. Le valpolicella ripasso, qui signifie « repassé », est un jeune valpolicella refermenté avec les peaux de raisins d’amarone. Toutefois, la palme de l’excellence revient sans contredit à l’amarone della valpolicella.

Le 29 janvier dernier, le gratin vénitien est débarqué à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, à Montréal, pour souligner le 50e anniversaire de l’appellation valpolicella. La Famiglie Storiche, un regroupement de 13 prestigieuses caves à valpolicella (Torre d’Orti, Tommasi, Masi, Zenato, Musella, Begali, Allegrini, Venturini, Sant’Antonio, Brigaldara, Tedeschi, Guerrieri Rizzardi, Speri), s’est donné pour mission de promouvoir et de préserver l’excellence de son patrimoine. La réalisation de ce dessein commun passe, entre autres, par des normes de production plus strictes que celles imposées dans le cahier des charges de la DOCG (Denominazone Di Origine Controllata). Pour l’occasion, chaque maison faisait déguster l’un des ses amarone pour un total de 13 vins allant de 1988 à 2010.

L’amarone, c’est deux millésimes en un. Il y a d’abord la vendange, dit le cycle végétal. Débute ensuite le cycle appassimento. Au lieu d’être envoyés à la cave pour en faire du vin, les raisins sont entreposés sur des treillis, à l’intérieur, pendant 3 à 4 mois pour être séchés. Au cours du processus, ils perdront 30 à 40 % de leur poids initial. Les raisins seront alors attaqués par le botrytis — champignon responsable de la pourriture noble. La réussite de ce « deuxième millésime » repose sur une température dépourvue d’humidité, offrant ainsi aux raisins les conditions idéales pour un séchage rapide et adéquat. À terme, si tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, les baies seront bien concentrées en sucre, en arômes et en tannins, prêtes à être vinifiées pour offrir un fin nectar.

Survient ensuite la lente transformation des sucres en alcool, après quoi le vin est élevé sous bois au moins 24 mois (30 mois minimum pour la Famiglie Storiche). Il en résulte un rouge élevé en alcool (14 % minimum pour la DOCG; 15 % minimum pour la Famiglie Storiche), soyeux, intense, tannique et légèrement sucré pour la plupart. « Une illusion de sucré dans un vin sec », comme le décrit si bien la maison Speri. Certes, cette impression reste toute relative puisque le taux de sucre résiduel oscille entre 3 g/l et 12 g/l selon les vins. Une tendance vers le sec s’est toutefois ressentie dans les plus récent millésimes dégustés.

Le plus grand constat au terme de cette dégustation, réside certes dans la qualité et la grande diversité de profils au sein même de l’appellation, mais surtout dans l’incroyable potentiel de garde de ces vins.  

Amarone della valpolicella classico, Costasera, Masi Agricola
(SAQ : 317 057 — 40,85 $)
À l’instar de nombreuses autres appellations italiennes, comme le chianti pour ne nommer que celle-là, l’aire de production de la valpolicella a été étendue en 1968. Les vins provenant de la zone originale portent la mention « classico ». Le Costasera sent bon les épices et le vinaigre balsamique. En bouche, c’est velouté et sensuel. Le genre de vin qui vous possède entièrement le temps d’une gorgée.

À la vôtre

Les monopoles français

CHRONIQUE / Ne prenez vos jambes à votre cou — je vous rassure, ceci n’est pas une lettre d’opinion sur la privatisation ou non de la SAQ. La certitude d’être l’unique fabricant et vendeur d’un produit est le scénario rêvé de toute entreprise. L’exclusivité, autrement dit. Un monopole, en d’autres mots. Un privilège très rare accordé pourtant à une poignée de vignerons en France.

Ces producteurs sont propriétaires d’un domaine possédant la totalité de la superficie d’une appellation d’origine contrôlée (AOC) ou d’un grand cru. Alors que certains vignerons disposent du statut de monopole depuis toujours, d’autres l’ont acquis au fil du temps en démontrant la singularité de leur terroir auprès de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité).

Clos de la Coulée de Serrant : AOC Coulée de serrant
Superficie : 7 hectares
Production annuelle : 20 000 à 25 000 bouteilles

Reconnue comme AOC à part entière depuis 2015 (auparavant lieu-dit de l’AOC savennières), la coulée de serrant produit l’un des plus grands vins de la Vallée de la Loire, voire de la France. Le domaine éponyme, biodynamique depuis 1981, est dirigé d’une main de maître par Nicolas Joly, figure emblématique de la biodynamie, et sa fille, Virginie. Fait intéressant, le chenin y est vendangé en 5 fois sur 3 à 4 semaines, laissant ainsi le temps au botrytis de bien marquer les raisins. Il en ressort un vin blanc, le plus souvent sec, à la robe jaune doré, aux parfums intenses de coings, abricots et fruits secs et à la bouche riche, grasse et minérale.

Château Grillet : AOC Château-grillet
Superficie : 3,5 hectares
Production annuelle : 5000 bouteilles

À la vôtre

Peut-on marier végé et vin?

CHRONIQUE / Embêtants les accords mets végé et vins? Pas du tout!

On pense à tort que les légumes sont difficiles à accorder. Pourtant, ils sont nombreux à se prêter naturellement au jeu — qu’ils soient crus, sautés, braisés, frits, etc. Certes, comme dans n’importe quelle bande, il y en a toujours quelques-uns qui en font baver, et c’est ceux-là qui font le plus jaser. 

Heureusement qu’il y a moyen de tous les amadouer quand on connaît leur point faible.  

Or, la cuisine végétarienne ou végétalienne, ce n’est pas que des légumes. C’est aussi des fruits, des céréales, des légumineuses, des noix, des herbes, des épices et des « ingrédients magiques », comme la fumée liquide et la levure alimentaire, qui donnent un goût du tonnerre — respectivement de viande fumée et de fromage.

Peu importe le type de cuisine, les règles de base de l’harmonie entre un mets et un vin restent les mêmes. Elles reposent essentiellement sur la réciprocité entre les deux parties en matière d’intensité, de qualité et de nature des sensations. La cuisson, les parfums, la sauce et la texture influencent tout autant le choix du vin.

Certaines recettes végétaliennes parviennent à répliquer, à quelques différences près, les arômes, les saveurs et les textures de plats incontournables, comme la lasagne, le pâté chinois et le pad thaï — en excluant tous produits d’origine animale. Pour ces cas-là, on ne se casse pas la tête. Le vin qui aurait été bon avec la recette traditionnelle, avec viande, le sera forcément avec la version végé.

Le fait qu’il n’y ait pas de viande ou de poisson n’est surtout pas un frein à la créativité en matière d’accords mets et vins. Les plats végé peuvent être aussi musclés, gourmands, décadents ou gastronomiques que n’importe quel gros plat de viande qui vous vient à l’esprit. Il y en a donc pour tous les goûts et tous les vins!

Fauxmage de noix de macadam

Avec ce « fauxmage », un végé-pâté, du hummus et quelques noix, vous voilà prêt pour participer à n’importe quelle dégustation vins et fromages. Et en la matière, les mousseux autorisent de très belles harmonies.

Le crémant de limoux, c’est fait selon la méthode traditionnelle (comme en Champagne), mais avec les cépages chardonnay, chenin, mauzac et pinot noir. La maison Antech produit cette jolie cuvée à la bulle crémeuse et persistante. Dans le verre, c’est intense et rafraîchissant à la fois. Très bien fait, et en culture raisonnée en plus!

À la vôtre

Les certifications du vin

Certaines contre-étiquettes sont plus bavardes que d’autres. Certaines racontent de jolies histoires et d’autres sont muettes comme une tombe. Chacun sa stratégie. D’autres encore troquent les mots pour l’image, nous permettant en un coup d’œil d’en savoir beaucoup sur la technique d’élaboration du vin et la philosophie du vigneron. Survol des certifications les plus souvent rencontrées sur les bouteilles.

Récemment, l’Agence France-Presse nous apprenait que le label AB gagnait du terrain en Champagne. AB pour Agriculture Biologique. Deux lettres qui demandent beaucoup de travail et une grande prise de risques. Seuls les vignerons qui réussissent à passer l’examen de l’Agence Bio se mériteront au final un collant AB sur leurs bouteilles.

Si une image vaut mille mots, encore faut-il savoir ce qu’elle signifie. Voici donc une liste non exhaustive de certifications que vous êtes susceptibles de rencontrer à la SAQ.

AGRICULTURE RAISONNÉE

Terra Vitis

Cette certification française garantit que le vin est issu d’une agriculture raisonnée. Ce n’est pas bio, mais basé sur les principes du développement durable : environnement, social et économie. Le vigneron attentif à sa vigne effectue un traitement qu’en ultime recours, lorsqu’il n’y a pas d’autres solutions pour garantir la récolte.

BIOLOGIQUE

AB

La certification AB désigne un vin provenant d’agriculture biologique. Le soufre et le cuivre, entre autres, remplacent ici les herbicides et pesticides chimiques dans les vignes.

Vin biologique

Logo biologique de l’Union Européenne certifiant que le vin est issu d’agriculture biologique (AB) et de vinification biologique. Cette certification existe depuis 2012.

Nature & Progrès

Une fédération de consommateurs et de professionnels bio. Pour en faire partie, un vigneron doit au préalable avoir obtenu sa certification d’agriculture biologique, puis suivre le cahier des charges en vinification bio de Nature & Progrès.

Biologique Canada

Logo attestant que le produit d’origine canadienne est issu d’agriculture et de vinification biologique.

BIODYNAMIE

Demeter

Demeter est la marque internationale de certification de l’agriculture biodynamique. Ce mode de culture reprend les pratiques agronomiques utilisées en bio et les complète en vivifiant le sol avec des préparations à base de plantes médicinales. Il utilise aussi les rythmes naturels solaires, lunaires et planétaires. Les cahiers des charges de la vigne et de la vinification sont plus stricts que ceux du bio puisqu’ils autorisent moins d’intrants. Ce logo certifie que les raisins et le vin sont biodynamiques. Le vigneron a aussi la possibilité de certifier uniquement sa vigne. Il pourra alors afficher la mention « vin issu de raisins Demeter ».

Biodyvin

Ce syndicat international des vignerons en culture biodynamique regroupe une centaine de vignerons en France, mais aussi en Allemagne, Italie, Portugal et Suisse.

ORGANISME DE CONTRÔLE ET DE CERTIFICATION

Ecocert

La certification de produits exige indépendance et impartialité. Pour ce faire, un organisme tiers est chargé de contrôler sur le terrain le respect des exigences définies dans les cahiers des charges des certifications (Demeter, Biodyvin, Biologique Canada, etc.). Il existe plusieurs autres organismes de certification, mais Ecocert est une référence mondiale dans la certification bio.

Notez que certains producteurs travaillant en bio et biodynamie n’affichent pas leurs couleurs sur leur étiquette.

Suggestions de la semaine

Salento 2015, Emporium Appassimento, Enoitalia (SAQ : 13 358 221 — 16,80 $)