Jessy Lemieux est d’avis que chaque personne transgenre doit être libre de son processus de transition.

Vers la fin d’un long cheminement

« Je me sentais coincé dans une camisole de force ». Voilà comment Jessy Lemieux, qui a amorcé une transition à l’été 2016, résume les 25 premières années de sa vie de femme.

Âgé de 27 ans, Jessy Lemieux (né Jessica) approche de la fin de son cheminement personnel. Celui qui travaille dans le domaine de la restauration est actuellement en convalescence. Le 20 mars dernier, il a subi une mastectomie afin de retirer sa poitrine ainsi que ses glandes mammaires.

En théorie, il ne lui reste que deux étapes, soit le changement de nom officiel auprès du Directeur de l’état civil et l’hystérectomie. L’intervention chirurgicale est recommandée, puisque la testostérone qu’il s’injecte peut, à long terme, causer le cancer de l’utérus.

Un processus douloureux

Jessy Lemieux s’est lancé dans le long chemin de la réassignation sexuelle en 2016. Après en avoir fait l’annonce à ses proches, il a amorcé des démarches auprès de nombreux professionnels, dont des psychologues et des endocrinologues.

Ces professionnels de la région de Québec ont confirmé le diagnostic de dysphorie de genre. Ces confirmations provenant du domaine médical ont eu un effet plus que libérateur sur le Jeannois. Pour lui, c’est comme s’il avait retiré 300 livres de ses épaules.

En février 2017, il a entamé un traitement hormonal qui a permis de rendre sa voix plus grave, de faire pousser des poils et d’élargir ses os. Le processus fut douloureux alors que sa mâchoire l’a fait souffrir pendant des mois. Celui qui doit s’injecter de la testostérone chaque semaine pour le reste de sa vie compare cette étape à une puberté qui serait survenue tardivement.

Jessy Lemieux a ensuite patienté pendant près de 18 mois avant de subir la mastectomie. Pendant cette période, il portait, presque en permanence, un bandeau destiné à cacher les formes de sa poitrine. À la fin de la longue période d’attente, mal dans son corps, il portait deux bandeaux.

C’est finalement en novembre dernier qu’il a reçu l’appel, tant attendu, pour confirmer son opération. « J’étais seul à la maison. Cela ne m’a pas empêché de sauter de joie. C’était le jour le plus heureux de ma vie », exprime-t-il lorsqu’il repense à cette journée de novembre. L’opération a permis le retrait des seins, de la peau et des glandes mammaires situées à proximité.

Jessy Lemieux a débuté un traitement hormonal en février 2017. Pour le reste de sa vie, il s’injectera de la testostérone chaque semaine.

Presque arrivé au fil d’arrivée, Jessy Lemieux ne pense pas, pour l’instant, à aller de l’avant avec la chirurgie complète de réattribution sexuelle. Il explique sa décision par les quatre opérations requises ainsi que les nombreux risques de complication découlant de la vagino-plastie.

Il souligne que chaque personne vivant avec la dysphorie de genre a un parcours unique et que chacune est libre d’arrêter à l’étape qu’elle désire.

Un mal qui remonte à loin

Née Jessica, Jessy Lemieux est d’avis qu’il a toujours été un garçon. Toutefois, il n’arrivait pas à expliquer le mal constant qui l’habitait.

« J’ai toujours pensé que j’étais un garçon. À la puberté, j’ai vu que je n’étais pas comme les garçons auxquels je voulais ressembler. Je ne connaissais pas les termes comme transgenre ou transsexuel. Je me disais que j’étais mal dans ma peau et que ça passerait », explique celui qui a eu un déclic grâce à l’émission télévisée Je suis trans. « C’est là que j’ai allumé sur mon mal de vivre », ajoute-t-il.

Celui qui cachait ses formes féminines sous des chandails en molleton, même en été, ne s’en cache pas : la vie à cette époque était tout sauf rose. Les tentatives de suicide ont cohabité avec la consommation de drogues et les crises généralisées d’angoisse.

« Nous devons en parler plus. Je suis convaincu qu’il y aurait moins de détresse, moins de cas de suicide et beaucoup moins de consommation de drogues », soutient celui qui grinçait des dents à l’idée de se faire appeler « madame ».

Malgré le changement de genre, Jessy Lemieux ne fait pas une croix sur son passé. « On en parle au féminin. À partir de 2016, on parle de moi au masculin », explique celui qui résume les 25 premières années de sa vie au « moi d’avant ».

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DEUX COMING OUT

La vie de Jessy Lemieux n’a rien de banal. À l’instar de plusieurs autres personnes vivant avec la transidentité, l’Almatois d’origine a dû faire deux coming outs en l’espace de quelques années. 

À l’époque, celui qui se présentait encore sous l’identité de Jessica a avoué être lesbienne. L’annonce n’a pas créé d’ondes de choc auprès de ses proches, puisque la famille s’en doutait. 

En juillet 2016, il a dû faire une autre annonce marquante à son entourage : il avait l’intention de subir une chirurgie de réassignation de genre. Encore une fois, la réception a été favorable. Toutefois, les proches de Jessy Lemieux ne se doutaient guère de l’ampleur du processus qui l’attendait. 

Contrairement à un homme qui devient une femme, l’inverse n’est guère aussi frappant au point de vue physique.

Jessy Lemieux n’a pas effectué de grands changements au niveau de sa garde-robe. Celui qui affirme n’avoir jamais été très féminine a simplement raccourci ses cheveux de quelques centimètres.

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DES CHIRURGIES NÉCESSAIRES

Jessy Lemieux est catégorique : personne ne se lance par hasard dans un processus de réassignation de genre sans en être totalement convaincu. 

« C’est parce que tu es vraiment mal dans ton corps que tu fais toutes ces chirurgies. Il n’y a personne de mal intentionné qui pourrait dire : "Je vais faire une transition pour faire une transition." Jamais elle ne se rendrait au bout », affirme celui qui cite en exemple des lettres de référence qui peuvent coûter jusqu’à 300 $.

Les démarches administratives sont nombreuses, les coûts font partie de l’équation, sans compter la douleur physique. 

Ce changement en apparence physique, aux yeux des autres, a changé toute la vie de Jessy Lemieux. Fier de sa démarche, il encourage toute personne vivant la même chose que lui à aller de l’avant. 

« Quand t’es pas à l’aise dans ton corps, tu ne peux pas être à l’aise d’aborder les autres. Je suis devenu moins gêné lors de mon annonce de transition. L’opération des dernières semaines m’a, encore une fois, fait progresser », souligne-t-il. 

C’est en regardant tout le chemin parcouru au courant des dernières années que Jessy Lemieux confirme ne pas l’avoir fait en vain. 

« Il faut en parler davantage dans les écoles. Il faut parler de diversité. Il y a les personnes transgenres, cisgenres et non-genrées. À 13 ans, si on m’avait dit d’aller consulter, que j’étais mal dans mon corps parce que j’étais trans, j’aurais bougé plus rapidement », conclut-il

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UN SOUTIEN INDÉFECTIBLE

Jessy Lemieux, anciennement Jessica, savoure sa chance. Conscient des rejets vécus par des personnes qui ont vécu une transition, il assure vivre tout le contraire. Aucune personne qui lui est chère ne l’a abandonné au cours de son processus. 

« Mes soeurs disent qu’elles ont perdu une petite soeur malheureuse pour gagner un petit frère heureux », témoigne-t-il. 

Jessy Lemieux est d’avis que sa mère, aujourd’hui décédée, l’a toujours su. Celle-ci l’acceptait et ne l’a jamais forcé à agir ou à s’habiller « comme une fille ».

Sa conjointe, qui était dans sa vie avant son processus de transition, est également restée à ses côtés. Pour celle qui se définit comme pansexuelle, c’est l’amour de la personne qu’il est qui prime et non le sexe qui l’identifie. 

« Je me considère chanceux. Dans ma ville, tout le monde m’approuve dans cette démarche. La communauté qui apprend ma transition pose des questions plutôt que d’être mal à l’aise », affirme celui qui réside à L’Ascension-de-Notre-Seigneur. 

Jessy Lemieux peut également partager son quotidien unique avec son meilleur ami qui a emprunté la même voie, six mois après lui. Il est également en contact avec quelques personnes du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui traversent le même processus. 

Les réseaux sociaux facilitent le support entre les personnes vivant avec une dysphorie de genre. Sur le point de terminer un processus qui s’est échelonné sur près de quatre ans, Jessy Lemieux est devenu, en quelque sorte, une référence.

Ses amis virtuels se tournent vers lui pour obtenir des réponses quant au processus de réassignation sexuelle.