Une visite en montagne

CHRONIQUE / La statue de Notre-Dame-du-Saguenay est à la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean ce que la statue du Christ rédempteur est au Brésil. Érigée à une hauteur de 180 mètres, sur la première terrasse du cap Trinité depuis 1881, la statue haute de 7,5 mètres est dans ce que l’on peut appeler la plus belle cathédrale naturelle du monde. De jour comme de nuit, la voûte céleste l’éclaire soit de la lumière du soleil, soit de celle provenant des étoiles et de la lune. Parfois accompagnés du très célèbre Ave Maria, les croisiéristes, les kayakistes et toutes autres personnes à bord d’une embarcation peuvent admirer cette grande Dame âgée maintenant de 138 ans et surplombant la rivière Saguenay. Les personnes qui choisissent de l’admirer de près sont certes ébahies par l’œuvre elle-même et la vue que leur offre le paysage est tout simplement splendide. Il est à couper le souffle.

Humilité et émerveillement

Que l’on soit au pied du cap Trinité ou à son sommet, la majesté de ces rochers nous impose l’humilité. Ce que les glaces ont forgé et ce qu’elles ont laissé derrière elles après s’être retirées provoquent notre admiration devant la force de la nature.

Pour ce qui est de la statue, mon émerveillement est tourné vers son concepteur, Louis Jobin (1845-1928), sculpteur de son métier. Faite de pin blanc et recouverte de feuilles de plomb afin de la protéger des intempéries, cette sculpture impressionnante de par sa stature nous permet d’apprécier le talent et le génie de l’être humain. En plus de la sculpture elle-même, on ne peut qu’être admiratifs devant ces personnes qui, avec les moyens de l’époque, ont monté la statue pièce par pièce sur le premier palier du cap Trinité et qui, après avoir procédé à son montage, lui ont donné fière allure.

N’eût été Charles-Napoléon Robitaille (1897), ce projet n’aurait pas eu lieu. Rappelons que suite à un naufrage sur la rivière Saguenay, il aurait été sauvé presque miraculeusement par la Vierge Marie. Plus tard, alors que la mort rôdait autour de lui, il a promis à la Vierge que s’il vivait une dizaine d’années de plus afin de prendre soin de ses enfants, il ferait quelque chose en son honneur. Ayant été guéri, et attribuant sa guérison à la Vierge, sous les conseils de Mgr Dominique Racine, il décida d’ériger une statue afin de la remercier. C’est ainsi que depuis 1881, des femmes et des hommes peuvent se rendre au pied de celle qui, pour les croyants, veille et protège ses enfants.

Se décider à gravir la montagne

Le fait de se rendre de près pour voir de ses yeux la statue de la Vierge nous amène à prendre la décision de gravir la montagne. Pour ceux et celles qui s’y aventurent, la marche en montagne peut s’avérer être plus qu’une marche. Symboliquement, dans notre vie de tous les jours, la montagne qui se présente à nous est souvent perçue comme étant un obstacle à franchir. S’y hasarder peut être parfois pénible, voire impossible pour certains.

ARchives LE Progrès

D’expérience, nous savons que pour gravir une montagne, il faut le faire « légèrement ». Nous apportons avec nous ce qui n’est qu’essentiel. Les personnes qui entreprennent la montée du Kilimandjaro ou encore des Alpes en savent quelque chose. Pour ces dernières, il y a dans cette aventure une réponse à un appel intérieur à vouloir parfois repousser ses limites, à répondre à un objectif ou encore à un but qu’elles se sont donné en épousant une cause particulière. Cela peut s’avérer pour ceux et celles qui se rendent près de la statue de la Vierge.

Pour qui s’aventure en montagne, l’occasion de faire des découvertes sur soi-même, d’échanger avec des compagnons ou des compagnes de randonnées peut-être très riche. Ce que j’apprécie dans le fait de gravir une montagne, c’est ce désir de m’éloigner du bruit ambiant, de prendre une distance avec mes préoccupations quotidiennes, de me laisser imprégner par le silence de la nature et par tout ce qui m’entoure. Et ce qu’il y a de beau dans le silence, c’est qu’il y a une ouverture à soi-même, voire à un tout Autre, me rendant ainsi disponible à tout ce mouvement intérieur qui ne demande qu’à faire surface.

Certaines montagnes, comme c’est le cas au cap Trinité, offrent des haltes de repos, voire des refuges, question de reprendre son souffle, se s’abreuver, de reprendre des forces et d’échanger avec ses compagnons et ses compagnes, voire avec des étrangers rencontrés au hasard de la montée ou de la descente.

Une perspective renouvelée

Lorsque nous sommes rendus tout en haut, la perspective qui nous est offerte nous permet de voir la nature et les choses sur le plan personnel dans un ensemble que nous n’aurions pas vu si nous étions demeurés en bas. Quelle victoire alors, que celle de s’être rendus au sommet !

Comme nous ne pouvons demeurer en haut, la redescente dans la réalité se fera avec une perspective toute nouvelle, avec un regard renouvelé. L’aventure auprès de Notre-Dame-du-Saguenay n’en vaut-elle pas la peine ?

Jean Gagné

Prêtre