Une foi parmi d'autres

Il est toujours quelque peu embarrassant, pour les croyantes et les croyants, d’exposer publiquement certaines dimensions de leur foi personnelle. Il faut le plus souvent faire des déductions à partir du mode de vie des gens ou encore des attitudes et des gestes posés. Depuis quelques années, j’ai tenté d’explorer ces aspects, tant sur mon blogue que dans certains médias, autour des divers lieux de la culture québécoise où se manifeste « quelque chose » de la foi.

J’ai moins coutume de parler plus spécifiquement de ma foi. Parfois, il faut accepter de se mouiller. En voici donc un petit aperçu.

Animé d’une passion

Très jeune, j’ai été touché par le désir de « servir le Seigneur ». Ayant toujours résisté intérieurement à la vocation sacerdotale, c’est le mariage qui m’est apparu le chemin le plus favorable pour répondre à l’appel de Dieu.

Je crois sincèrement que l’appel de l’amour humain a été l’un des vecteurs les plus forts de ma vie, en tant que disciple du Christ. Aujourd’hui, le 5 mai, mon épouse et moi célébrons nos 34 ans de vie conjugale. 

Il est vrai que cela nous a semblé plus facile de pouvoir nous épauler mutuellement, tout en nous retrouvant ensemble confiants devant notre Créateur. Cela n’a pas empêché de s’installer des crises profondes dans notre couple, jusqu’à parfois nous faire « entrer en tentation » de nous imaginer qu’il serait mieux de poursuivre notre chemin séparément. Chaque fois, c’est la prière chacun dans son intimité et la mise en commun de ses fruits qui nous ont rapprochés et permis de repartir du bon pied... jusqu’à l’épreuve suivante. 

Des épreuves, nous en avons eu notre lot. L’infertilité a sans doute été notre premier drame. Mais c’est dans cette brèche de douleur que le Seigneur est venu féconder notre désir d’adopter des enfants. C’est dans la foi presque aveugle que nos cinq garçons ont été accueillis dans notre foyer. 

Il faut une sacrée confiance en l’autre pour durer dans l’amour conjugal. C’est un pari de chaque jour, nourri à même l’engagement pris « jusqu’à ce que la mort nous sépare ». 

Mais l’engagement ne vaut plus lorsque la mort s’est déjà infiltrée dans un couple, en y accomplissant son oeuvre de destruction. Heureusement, nous n’avons jamais atteint ce point de non-retour. Mais la foi et la prière m’apparaissent comme les deux seules fondations ayant supporté toutes les tentatives du malin à vouloir nous éloigner l’un de l’autre. 

« En marche »

Il faudrait lire les Béatitudes dans un esprit où elles nous mettent en marche, et non pas comme des fatalités. C’est dans cet esprit que ma foi a sans cesse été interpellée par les situations rencontrées au cours de ma vie. La confiance en l’autre peut varier dans le temps, et ma foi, en tant que baptisé catholique, a souvent été à risque. 

Il suffit de parler avec nos contemporains, de constater le mal dans le monde, de voir qu’il est présent dans l’Église et en ses membres, pour se laisser aller à croire que la foi serait de la foutaise ! 

Mais si le doute est insistant au point de me faire entrer en turbulences, jamais il n’a atteint la conviction intime que mon être repose tout entier, avec son histoire du péché et de la grâce, dans la tendresse infinie du Père. 

Jocelyn Girard

Agent de pastorale