Sgt Komosa enfile son harnais de sécurité, qui doit toujours être vérifié au moins deux fois.

Une femme chef d’équipe à l’Escadron 439

«Même si je n’avais pas réussi, j’aurais été fière de ce que j’avais accompli. Être une femme de 40 ans, descendre de l’hélicoptère, traîner mon ‘‘stock’’, jouer avec les câbles, avec la civière et travailler au sol... Je pense qu’on ne peut rien faire de plus extrême que ça à 40 ans. J’étais assise dans mon petit bureau, à Montréal, avec mes talons hauts, puis là je suis au sol avec une corde, de la neige qui me frappe, des engelures au visage. J’adore! J’en parle et j’ai des frissons.»

La sergente Anna Komosa, de l’Escadron 439 de la Base de Bagotville, a écrit l’histoire, le 30 octobre 2019, quand elle est devenue la première femme à occuper le poste de Chef d’équipage - Évacuation aéromédicale avancée pour l’Aviation royale canadienne (ARC). Celle qui est membre des Forces depuis 2008 avait d’abord commencé une carrière en comptabilité. Elle s’est ensuite inscrite en kinésiologie, à l’université, et sa passion pour l’activité physique, le corps humain, la physiologie, l’anatomie et la physiopathologie l’a poussée à aller voir ce que les Forces armées canadiennes (FAC) pouvaient lui offrir. Elle est devenue réserviste à la 51e ambulance de campagne de Montréal et elle a pris la décision de faire un cours d’ambulancière. En 2011, elle a été postée à Saint-Jean, où elle est devenue régulière, et elle est arrivée à Bagotville en 2013. C’est là qu’elle a eu un véritable coup de foudre.

La sergente Anna Komosa a écrit l’histoire, le 30 octobre 2019, quand elle est devenue la première femme à occuper le poste de Chef d’équipage - Évacuation aéromédicale avancée pour l’Aviation royale canadienne (ARC).

«Je suis en amour avec le Saguenay. C’est un gros terrain de jeu, j’adore le plein air», explique celle qui a été élue athlète féminine de l’année, en 2015.

Pas de discrimination

Même si le poste de Chef d’équipage - Évacuation aéromédicale avancée a toujours été occupé par un homme, Sgt Komosa, originaire de la Pologne – elle est arrivée au Canada en 1992 –, n’a pas senti de discrimination à son égard.

«Les gens s’attendent à ce que le travail soit fait. Ce n’est pas difficile d’être acceptée comme femme parce que l’état d’esprit est tellement tourné vers la réussite. Oui, j’y pense quand même, parce que je n’ai pas la même force et je dois lever le même poids. Mais s’il y a quelque chose, c’est à moi de le verbaliser. Le patient a besoin de moi, je dois être en forme», a expliqué la femme visiblement passionnée par son travail.

La durée du mandat de Sgt Komosa est encore indéterminée, mais pour elle, une chose est certaine: l’Escadron 439, qu’elle a joint en 2018, «est une belle équipe, une belle famille et un beau défi».

Depuis peu, les techniciens médicaux – comme Anna Komosa – sont appelés à remplacer les techniciens en recherche et sauvetage – ceux habillés en orange – dans les escadrons 444 de Goose Bay, 417 de Cold Lake et 439 de Bagotville. Les techniciens médicaux peuvent faire moins de choses, dont des sauvetages dans l’eau, mais sont capables de bien répondre aux besoins qui correspondent à leur mandat.

Ces changements ont été rendus nécessaires en raison du manque de personnel à Trenton, dont le mandat premier est de faire de la recherche et du sauvetage pour le civil, alors qu’ici, à Bagotville, l’escadron en est un de support au combat, d’abord pour les pilotes de CF-18, et ensuite pour le civil.

La civière qui est utilisée par l’Escadron 439 pèse une centaine de livres.

«Les techniciens en recherche et sauvetage font un travail hors du commun. Ce sont des paramédics ‘‘plus, plus’’. Ils ont des compétences extraordinaires. Ils sautent en parachute, font de la plongée sous-marine, grimpent sur des parois, sont entraînés pour de la survie en forêt. Ils peuvent rester jusqu’à trois jours au même endroit. Ils vont te chercher n’importe où. C’est un entraînement malade. Ils ont beaucoup de blessures, donc il n’y en a pas beaucoup qui font ce métier-là, et ils sont rapidement usés. Trenton a donc besoin de ces gens-là», explique Nadine Belley-Traoré, coordonnatrice des communications de la Base de Bagotville.

La sergente Anna Komosa a écrit l’histoire, le 30 octobre 2019, quand elle est devenue la première femme à occuper le poste de Chef d’équipage - Évacuation aéromédicale avancée pour l’Escadron 439 de la Base de Bagotville.

La durée du mandat de Sgt Komosa est encore indéterminée, mais pour elle, une chose est certaine: l’Escadron 439, qu’elle a joint en 2018, «est une belle équipe, une belle famille et un beau défi».

Bien sûr, la maman d’un petit garçon de bientôt sept ans a connu des moments plus difficiles, mais elle a eu la chance d’avoir le support de son conjoint, qui est contrôleur aérien à Bagotville. «Sans son support, j’aurais abandonné. Il est toujours là pour m’encourager», dit-elle, visiblement touchée.

Le technicien descend en premier à l’aide d’un câble. Ensuite, l’ingénieur de vol envoie la civière.

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DES OPÉRATIONS RÉGLÉES AU QUART DE TOUR

Lorsque l’hélicoptère CH-146 Griffon s’envole de Bagotville, tout est réglé au quart de tour. Les quatre personnes à bord – deux pilotes, un ingénieur de vol et un technicien médical – savent exactement qui va faire quoi pendant l’opération, et ce, peu importe la situation. «Tout doit être prévu, mais s’il y a un imprévu, on le gère», assure la sergente Anna Komosa.

Quand ils ont réussi à trouver le lieu exact du sauvetage, Sgt Komosa descend sur la terre ferme avec un câble et tout l’équipement nécessaire: le sac de survie d’environ 45 livres, la trousse médicale d’une trentaine de livres et, une fois qu’elle est au sol, l’ingénieur de vol descend la civière de 100 livres si elle est nécessaire. «Tout est lourd!», confirme-t-elle, en faisant une démonstration au Progrès.

Elle enfile son harnais de sécurité, qui doit toujours être vérifié au moins deux fois, et porte les deux sacs sur ses épaules. Quelques minutes plus tard, elle explique comment fonctionne la civière et de quelle façon elle doit être remontée à bord de l’hélicoptère. L’ingénieur de vol utilise un câble pour la hisser et Sgt Komosa, toujours au sol, la guide avec une corde pour éviter qu’elle ne se mette à tourner dans les airs. Si la civière n’est pas nécessaire, la technicienne médicale remonte avec son patient à l’aide d’une ceinture conçue à cet effet.

«Voir les yeux des gens quand ils nous voient, ça n’a pas de prix, ou même quand ils remontent avec la ceinture autour de la taille. ‘‘Oh my god!’’, c’est incroyable! Les gens sont contents, mais en même temps, ils ont peur, on le sent. J’aime beaucoup le contact humain, j’essaie de rassurer la personne.»

Sgt Komosa a fait faire un petit exercice à la journaliste du Progrès en montrant une photo prise du haut des airs, dans la forêt. Il fallait trouver une carcasse d’avion. Résultat : échec. Sous l’effet de l’écrasement, les arbres s’étaient tassés, puis replacés, alors il était quasi impossible de trouver quoi que ce soit.

«Et en plus, c’est rare qu’il fait beau soleil! C’est souvent la nuit, avec de la neige, du vent et du froid», explique-t-elle.

Pour obtenir la certification, la militaire a dû faire de longues périodes d’études et de nombreux entraînements intensifs en vol et au sol, qui ont duré plus de 200 heures.