Des toiles ornent les murs de la prison à sécurité moyenne, qui compte 599 détenus. La prison a été construite en 1966.

Une entrevue au pénitencier

CHRONIQUE / Dans la grande salle réservée aux visiteurs du Centre de détention de Cowansville, j’étais seul à regarder la décoration. Quelque chose de simple. Trois grandes peintures ornent deux des murs de la salle, alors que 25 tables avec quatre bancs (un peu comme dans Unité 9), des machines distributrices et quelques jouets pour les enfants meublent l’espace.

Pour y entrer, on doit franchir une porte de métal, qui se verrouille immédiatement lorsqu’elle se referme. À droite, des fenêtres-miroirs permettent aux gardiens du pénitencier fédéral de sécurité moyenne de scruter ce qui se passe à l’intérieur et s’assurer que tout se déroule correctement.

Mais avant même de me retrouver dans la salle des visites, on s’est assuré que je n’amenais que mon appareil photo, ma petite enregistreuse, un calepin de notes et des crayons, comme cela avait été convenu préalablement.

On passe par le détecteur de métal et on se rend ensuite à la salle réservée aux visiteurs.

Pour mon entrevue avec le meurtrier Michel Fortin, il n’y aura personne d’autre dans la salle, sauf une responsable du centre de détention, qui devra faire un rapport au terme de l’entretien. Le détenu n’a pas de menottes et est habillé normalement.

Pourquoi?

Mais pourquoi diable je me suis retrouvé dans un pénitencier? Tout simplement parce que Michel Fortin, coupable d’un double meurtre à Chicoutimi en 1999, voulait m’expliquer sa version des faits, 19 ans plus tard. Il aura fallu environ un mois pour faire la demande d’entrevue et obtenir la réponse des services correctionnels et l’approbation du Centre de détention de Cowansville.

Au départ, l’entretien devait se faire au téléphone, mais les responsables du pénitencier fédéral ont accepté que je puisse rencontrer le détenu en personne.

À mon arrivée dans la grande salle, durant quelques minutes, je me suis retrouvé seul dans le local. Michel Fortin est ensuite arrivé du bloc cellulaire. À son entrée, il a dû mettre les mains aux murs afin que le gardien puisse effectuer une fouille sommaire.

Par la suite, on s’est installés à la dernière table près de l’un des murs afin d’entreprendre l’entretien.

J’avais prévu 30 à 45 minutes d’entrevue. Finalement, elle aura duré près de 90 minutes. Jamais la responsable de la détention n’a laissé voir que le temps était écoulé.

Une expérience intéressante et intrigante pour un journaliste de passer les portes du pénitencier et de rencontrer un individu coupable d’un double meurtre.

Michel Fortin est apparu assez calme. Il n’a pas hésité à revenir sur cet épisode dramatique du 14 octobre 1999. Son principal regret est d’avoir plaidé coupable à des accusations réduites ; il aurait plutôt souhaité aller à procès devant jury.

C’est dans cette grande salle que j’ai pu rencontrer le meurtrier Michel Fortin au Centre de détention de Cowansville.

Peu importe les raisons qu’il donnera, cela n’effacera jamais ce qu’il a fait ce soir-là. Si deux personnes sont mortes de la folie passagère de Michel Fortin, d’autres victimes collatérales ont dû vivre et vivent encore avec les séquelles.

Est-ce qu’il présente de véritables regrets? Probablement qu’il ne voulait pas tuer qui que ce soit, mais sa croisade semble viser davantage à expliquer ses gestes et à dénoncer le fait qu’il n’a pas eu de procès, qu’il aurait dû en demander un, même si une condamnation pour meurtre au premier degré (ce qu’il aurait eu à l’époque) l’aurait obligé à passer 25 ans en détention au minimum.

La procureure de la Couronne, Me Sonia Rouleau et le criminaliste Me Michel Boudreault, qui sont devenus juges de la Cour du Québec, en étaient venus à déposer une suggestion commune au juge François Tremblay, de la Cour supérieure du Québec, pour un meurtre au second degré, une peine à perpétuité et une obligation à purger un minimum de 10 ans derrière les barreaux.