Photo courtoisie, David Villeneuve

Un voyage chez les chrétiens d’Irak

CHRONIQUE / Pour les trois prochaines semaines, David Villeneuve, vous propose une incursion dans la réalité des chrétiens d’Irak, auprès desquels il s’est rendu à six reprises au cours des cinq dernières années dans le cadre de la thèse de doctorat qu’il leur consacre. Originaire de la région, David Villeneuve est doctorant à l’Université Laval. Il enseigne au Cégep de Saint-Félicien, de même à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Dans le cadre de ses recherches, il se rend régulièrement au Moyen-Orient, en particulier en Irak et au Liban. Il laissera la parole à des personnes, très inspirantes, qu’il a rencontrées sur place. Son voeu n’est pas d’inscrire la découverte de cette passionnante communauté dans le pessimisme. Car malgré le sort tragique qui leur a été réservé, de nombreux chrétiens d’Irak demeurent convaincus qu’ils ont un rôle à jouer à l’intérieur du processus de réconciliation nationale dans lequel leur pays s’est engagé.

L’Irak, pays du Moyen-Orient, est tristement associé à la violence. En effet, les conflits s’y succèdent depuis plusieurs décennies : la guerre Iran-Irak (1980-1988), la guerre du Golfe (1990-1991), l’embargo international contre le régime de Saddam Hussein (1990-2003), l’invasion américaine (2003-2011), ou, plus récemment, l’avènement de l’organisation de l’État islamique (2014-2017).

L’Irak est aussi connu pour ses abondantes réserves de pétrole, les quatrièmes en importance à l’échelle de la planète. En revanche, on ignore souvent que le pays a largement contribué à l’avancement de l’humanité.

Par exemple, c’est en Irak qu’ont été développés l’écriture (alphabet cunéiforme) et le tout premier cadre législatif (code d’Hammourabi).

Car l’Irak, dont le nom en arabe signifie « le pays des deux fleuves » (le Tigre et l’Euphrate), est le berceau de prestigieuses civilisations anciennes, dont les Sumériens, les Babyloniens et les Assyriens, qui n’ont rien à envier à l’Égypte pharaonique ou à la Grèce antique.

Qui plus est, l’Irak est une terre biblique. En effet, le sol irakien a vu naître Abraham, le père des trois religions monothéistes – judaïsme, christianisme et islam. Encore, selon l’Ancien Testament, les marécages verdoyants du sud du pays auraient abrité le jardin d’Éden.

Enfin, l’Irak est un lieu de prédication apostolique, puisque Saint-Thomas y a annoncé la Bonne Nouvelle vers la fin du premier siècle de notre ère.

Situation critique

L’Irak abrite l’une des plus vieilles communautés chrétiennes au monde. De nos jours, la chrétienté irakienne se compose d’une véritable mosaïque d’églises, dont la liturgie et les traditions remontent à des temps immémoriaux.

De surcroît, dans la région de la plaine de Ninive, près de la ville de Mossoul, les chrétiens parlent toujours un dérivé de l’araméen, la langue de Jésus-Christ.

Or, le christianisme irakien est dans une bien mauvaise posture. En témoigne le fait que depuis 2003, le nombre de chrétiens en Irak a été divisé par quatre, pour ne regrouper aujourd’hui qu’entre 300 000 et 400 000 personnes, soit moins de 2 % de la population irakienne.

L’exode des chrétiens irakiens est attribuable à l’extrême barbarie perpétrée à leur encontre par les groupes djihadistes qui ont infiltré l’Irak à la suite de la chute du régime de Saddam Hussein. Selon l’Index mondial des persécutions religieuses, les chrétiens d’Irak ont figuré dans le top-10 des populations les plus brimées à travers le monde entre 2003 et 2015.

Heureusement, leur situation s’est améliorée depuis quatre ans, bien qu’elle demeure toujours très précaire.

De nos jours, la disparition des chrétiens d’Irak est très régulièrement évoquée. En me référant à ce que j’ai appris sur le terrain, je m’inscris en désaccord avec cette idée.

Néanmoins, il faut reconnaître que la situation qu’ils ont traversée est pour le moins tragique. Et, malheureusement, il n’en a pratiquement pas été question dans les médias occidentaux.

L’occasion se présente donc de découvrir, à la fois de l’extérieur comme de l’intérieur, un pays et une communauté plutôt méconnus. Pourtant, les liens entre les chrétiens d’Occident que nous sommes et les chrétiens d’Orient ne datent pas d’hier. Depuis des siècles, la plupart des ordres religieux occidentaux ont des branches un peu partout dans les pays du Moyen-Orient. Or, le christianisme oriental, héritier des premiers chrétiens, ceux à qui s’adressent directement les apôtres dans leurs lettres, aurait beaucoup à nous apprendre. J’aurai l’occasion de revenir sur la question à l’intérieur du dernier article de cette série.

Alors, faisons nos valises et partons à la découverte des chrétiens d’Irak, et laissons-nous inspirer par leur courage et leur détermination à garder vivantes les valeurs de l’Évangile dans une région du monde si souvent malmenée.