Un scrutin à la carte

Je ne suis pas un gars de parti. Certes, il y a des partis pour lesquels je ne pourrais tout simplement jamais voter, mais sinon, je ne suis pas du genre à adhérer aveuglément à un parti parce que c’est mon parti.

Or, même s’il y a certains partis qui n’arriveront jamais à obtenir mon vote, cela n’empêche pas que parfois, une idée lancée par l’un d’eux m’interpelle.

Bien que l’exercice soit parfois difficile pour l’orgueil, je me surprends donc à dire du bout des lèvres qu’une telle idée provenant d’un horrible parti n’est pas si pire que ça.

Ainsi, lors de chaque campagne électorale, c’est comme si je voulais aller m’acheter une pinte de lait et du pain, mais que je devais choisir entre cinq forfaits qui comprenaient un tas de trucs que je ne bouffe jamais.

Je pensais donc à tout ça il y a quelques jours lorsqu’une idée plutôt farfelue m’est venue à l’esprit : et si nous devions voter pour des idées plutôt que pour des partis ?

Évidemment, cette idée que je vais tenter de vous expliquer est très embryonnaire, mais l’exercice me semble quand même amusant.

Tout d’abord, comme les élections sont maintenant à date fixe, les différents partis auraient donc quelques années entre chaque période électorale afin d’établir des projets qu’ils s’engageraient à défendre lors des campagnes électorales.

Ces projets devraient être inscrits officiellement avant la tenue d’une campagne électorale et ainsi, les partis ne pourraient pas lancer des promesses par magie afin de profiter des opportunités des dernières actualités. Ils devraient s’en tenir à leur programme, mais plus précisément, aux projets sur lesquels ils ont jugé bon de s’investir.

Une fois la campagne électorale terminée, le public devrait alors voter pour des idées et un chef. Ainsi, l’électeur qui verrait bien François Legault en tant que premier ministre du Québec, mais qui serait aussi séduit par la proposition de Québec solidaire en matière d’assurances dentaires, et aussi par la proposition du Parti québécois quant au télétravail, pourrait, en quelque sorte, voter à la carte.

Quant à nos politiciens tant adorés, ceux-ci pourraient jouer sur deux plans.

À titre d’exemple, un parti pourrait préférer se concentrer sur des propositions concrètes davantage susceptibles de créer un certain consensus auprès de la population tandis qu’un autre parti qui préférerait se concentrer sur le pouvoir pourrait donc s’investir à convaincre la population qu’il est le meilleur parti pour diriger la province.

Liste de priorités
Une fois les élections terminées, les propositions des divers partis qui auraient obtenu les appuis les plus significatifs de la population devraient alors être inscrites à une espèce de liste de priorités du gouvernement pour le mandat à venir.

Ainsi, peu importe quel parti aurait remporté les élections, celui-ci serait dans l’obligation de mettre à l’étude les différents projets choisis par la population. Bien entendu, si en cours d’étude, le gouvernement en venait à pouvoir démontrer clairement qu’un de ces projets ne pouvait pas se concrétiser, il pourrait le mettre sur la glace, mais il serait quand même dans l’obligation de le considérer selon les règles de l’art.

Évidemment, comme c’est une idée très embryonnaire, je suis convaincu que plusieurs lecteurs se feront un plaisir de me signifier de nombreuses failles dans ce mode de scrutin, mais le bonhomme candide que je suis se plaît à imaginer un monde où on pourrait au moins dire aux élus : « Ça, c’est une bonne idée ; ça, on s’en sacre ».

De plus, j’ai l’intime conviction que si nous pouvions voter à la carte, bien des électeurs auraient davantage l’impression que leur vote compterait au lieu de se noyer au beau milieu d’un océan de concepts abstraits.

Mais bon, on peut au moins se consoler à propos d’une chose, à défaut de pouvoir voter à la carte lors de ces élections, on aura au moins le choix entre voter « maintenant », « sérieusement » ou «populaires». Bref, tout « pour faciliter la vie des Québécois ».