Malgré l’incendie qui a ravagé le centre communautaire Saint-Marc de La Baie en janvier 2017, l’organisme IntégrAction a vu augmenter son nombre de membres, et sa nouvelle directrice générale, Laurie-Ann Paquin, voit grand.

Un incendie au jour 1

L’important brasier du 14 janvier 2017 au centre communautaire Saint-Marc de La Baie a jeté plusieurs organismes à la rue, et certains attendent avec impatience de nouveaux locaux permanents. C’est le cas d’IntégrAction, qui, plutôt que de se laisser abattre, a décidé de regarder vers l’avant et de transformer ce sinistre en un nouveau départ. Une preuve supplémentaire de la résilience des gens de coeur qui caractérisent le milieu communautaire. Ces personnes dont la passion et le dévouement sont à l’épreuve de tout.

J’ai rencontré la jeune directrice d’IntégrAction, mercredi, au centre communautaire Saint-Alphonse, assis à une table placée, pour l’occasion, tout juste à côté d’un amas de meubles et de matériel, dans un local vide qui ne demande qu’à être occupé. Vous voyez le portrait. C’est dans un tel bazar qu’évolue l’organisme depuis l’incendie.

Notre entretien était prévu pour 13 h. Et nous n’aurions pas pu choisir meilleur moment, puisque quelques minutes avant, Laurie-Ann Paquin recevait une nouvelle ô combien réconfortante de la part de l’administration municipale. L’organisme peut souffler, puisqu’il a le feu vert pour tenir ses activités au centre Saint-Alphonse pour les prochains mois.

Une stabilité certes fragile, mais accueillie avec soulagement, après un an et demi de turbulences. Saguenay s’occupera d’aménager le local et de tout ranger avant les moments d’activités, car d’autres organismes y seront aussi actifs.

IntégrAction organise chaque vendredi un souper, puis les membres, qui vivent avec un handicap intellectuel ou physique, se dirigent vers Chicoutimi, accompagnés des intervenantes, pour une soirée dansante. Le samedi, la journée habituellement réservée aux quilles, deviendra une journée d’activités variées dans les locaux de la rue Albert. Les réserves et les abats devront désormais être réalisés le dimanche, puisque les lieux sont occupés. Un camp d’été annuel est aussi organisé. Au total, une soixantaine de personnes, âgées de 12 à 75 ans, participent aux différentes activités, donnant ainsi un peu de répit à leur famille, qu’elle soit une ressource intermédiaire, une famille d’accueil ou une famille biologique.

« Nous ne faisons pas de différence. Quand les gens sont ici, c’est pour avoir du plaisir, profiter du moment et se vider la tête. Nous créons des liens exceptionnels. En fait, nous formons une seule et même famille », fait valoir Laurie-Ann Paquin.

« Il y a une madame de 80 ans qui s’occupe de son fils dans la cinquantaine, qui est lourdement handicapé. Pour elle, c’est son devoir de mère, me raconte-t-elle, en guise d’exemple. Elle nous appelle ‘‘ses bonnes’’. L’autre jour, elle m’a dit qu’elle s’en allait chez la coiffeuse, et que c’était grâce à nous qu’elle pouvait s’offrir ce petit moment à elle. »

Nous devions d’abord nous rencontrer pour parler de la menace qui pesait sur l’organisme fondé en 2001 par Louise Godbout.

Laurie-Ann Paquin avait lancé un appel à l’aide sur Facebook le 28 août, spécifiant travailler « si fort » pour maintenir les services. « Ce message est un cri du coeur de nos participants sans activités, de nos familles sans répit, de nos intervenants sans travail, de notre famille qui continue à grandir, malgré le fait que nous n’ayons plus de maison où accueillir tout ce bonheur », avait-elle écrit.

Mercredi, la travailleuse sociale de formation m’a donc réécrit, alors que j’étais déjà en route vers La Baie, pour demander si j’avais encore de l’intérêt pour notre rencontre, sachant que la menace venait de s’estomper, du moins pour quelques mois. Évidemment, l’intérêt y était encore, car si nos journalistes et nos chroniqueurs avaient le temps d’aller s’asseoir avec chacune des organisations de notre dynamique région, ils ne manqueraient pas de belles histoires à raconter. Car le milieu communautaire ne pourrait exister sans les personnes passionnées et allumées qui tiennent les organisations à bout de bras, souvent loin des projecteurs.

Un premier quart de travail marquant
Quatre déménagements, une année sans matériel, cohabitation avec de nombreux organismes ; la jeune femme de 23 ans en a vécu des montagnes russes depuis ses débuts à IntégrAction, d’abord comme intervenante... la veille de l’incendie. Eh oui. Un autre de ces hasards de la vie !

Laurie-Ann Paquin est la fille de deux entrepreneurs et « travaille avec l’humain » depuis l’âge de 16 ans. Ces parents étaient propriétaires de la Résidence de la Grande-Baie jusqu’en 2015. Le domicile familial était d’ailleurs situé sous le foyer pour personnes âgées, et Laurie-Ann allait jouer aux cartes avec les résidents et les côtoyait avec bonheur.

Laurie-Anne a d’abord travaillé comme préposée aux bénéficiaires, à temps partiel, pour une autre résidence, Le Crystal, avant d’ajouter à son curriculum vitae ses premières heures de travail comme éducatrice spécialisée à IntégrAction, tout en complétant son cursus.

À cet âge, elle n’imaginait pas qu’elle serait aussi rapidement directrice d’un organisme. Mais à l’écouter, elle ne manque pas d’outils pour relever le défi.

« Ça comble à la fois mon esprit entrepreneurial et mon besoin d’être dans le concret, sur le terrain. Je suis une fille de défis ! J’ai vraiment envie de persévérer pour cet organisme à long terme ! », lance-t-elle, avec conviction.

Des projets, en voilà !
Laurie-Ann et ses collègues ne chômeront pas dans les prochains jours comme dans les prochaines années. L’organisme aimerait diversifier son offre et s’implanter davantage dans sa communauté.

Si le fait de trouver des locaux permanents et adaptés demeure la priorité pour le moment, ce qui pourrait être réglé dès l’automne, des projets d’envergure sont aussi envisagés, lesquels demanderont une multiplication des sources de revenus récurrentes.

Les grandes ambitions de la famille IntégrAction, rajeunie et renouvelée dans la foulée de l’incendie de janvier 2017, sont d’implanter une maison de répit où les bénéficiaires pourraient passer la nuit, l’ajout d’activités des soirs de semaine ou en journée, notamment sur le plan sportif et culturel, l’ouverture d’un café communautaire où travailleraient les membres, le soutien à l’intégration au travail et l’accompagnement personnalisé.

« On veut aller de l’avant. On sème plusieurs graines. Il y a une tonne de choses possibles. On voit plus grand ! », affirme Laurie-Ann, qui est directrice à temps complet, un « grand pas pour l’organisme ».

Les deux pieds sur terre, la directrice d’IntégrAction et son conseil d’administration, présidé par Louise Dufour, coordonnatrice de L’Abord’Âge, ne veulent pas précipiter les choses, mais « ils sont là, les besoins », estime Laurie-Ann.

Les statistiques abondent en ce sens, puisque malgré toutes les embûches de la dernière année et demie, jamais IntégrAction n’a compté autant de membres. Et le nombre ne cesse de croître.

« Tout a changé. Au lendemain de l’incendie, on a réalisé qu’il y avait une restructuration à faire. Si tout ça n’était pas arrivé, on ne serait pas rendus là où on est aujourd’hui, avec une plus grande clientèle et de meilleurs services », soutient celle qui oeuvre avec cinq à six intervenantes.

En terminant, Laurie-Ann Paquin a tenu à saluer la communauté – élus, fonctionnaires, gens d’affaires, autres organismes, entre autres – pour son soutien et sa générosité, alors que l’organisme luttait pour la survie de ses services.