L’auteur de cette chronique, Mgr André Rivest, a été évêque du diocèse de Chicoutimi de 2004 à 2018.

Un évêque à la retraite

CHRONIQUE / On m’a demandé d’écrire comment se passait ma retraite après avoir cédé le flambeau à mon successeur, monseigneur René Guay, le 3 février 2018. Selon la règle de l’Église s’appliquant à tous les évêques du monde, j’avais atteint, à la fin d’avril 2017, l’âge de 75 ans. Je devais donc offrir au pape ma renonciation à la charge apostolique du diocèse de Chicoutimi. Ce que j’ai fait. Le pape a cependant la possibilité de prolonger le mandat au-delà de l’âge prévu, ce qui fut mon cas jusqu’à la prise en charge de Mgr René le 2 février 2018, jour de son ordination épiscopale. Pour ne pas laisser le poste vacant, le pape m’avait alors nommé « administrateur apostolique » pour assurer l’intérim. J’ai ainsi été responsable du diocèse de Chicoutimi de mon arrivée officielle, le 17 septembre 2004, jusqu’en février 2018.

Rendre service même à la retraite

Qu’est-ce que ça fait un évêque à la retraite ? Celui qu’on nomme évêque émérite demeure toujours évêque jusqu’à sa mort, en vertu de son ordination épiscopale. Il garde ainsi tous ses pouvoirs d’évêque, mais, comme pour un prêtre à la retraite, il n’a plus de mandat ou de responsabilité pastorale. L’évêque émérite n’est plus en charge du diocèse et quand il agit comme évêque, c’est par délégation de l’évêque diocésain. Je suis donc maintenant disponible pour le ministère et au service de Mgr René Guay. Je suis très heureux de le soutenir et de collaborer à son ministère selon son bon vouloir.

Mes 23 années d’épiscopat m’ont appris qu’un évêque, comme bien des leaders de notre société, n’a pas la capacité de bilocation – être à deux endroits en même temps ! . Comme on dit, on ne fait pas toujours ce qu’on veut ; on fait ce qu’on peut. Alors, c’est un plaisir pour moi d’être l’envoyé de notre évêque pour prendre sa relève quand son agenda déborde.

Présence comme évêque

Après quelques mois de repos dont j’avais besoin, j’ai commencé à accepter certaines délégations auprès de groupes communautaires, dont avec les Chevaliers de Colomb et lors de la Journée mondiale de la vie consacrée. Il y a évidemment la présidence des confirmations qui est souvent déléguée à un prêtre, mais qui fait partie du ministère propre d’un évêque.

J’ai donc accepté quelques présidences de confirmations dans les paroisses. Ce sacrement de l’initiation chrétienne habituellement offert aux enfants et aux adolescents est maintenant offert chaque année à environ 200 jeunes adultes. Cela m’a permis, entre autres choses, de retourner à la communauté Saint-Étienne d’Opitciwan. Cette communauté atikamekw très fervente est sous la responsabilité pastorale du diocèse de Chicoutimi depuis plus de dix ans. J’y ai retrouvé des personnes chères avec qui j’avais tissé de bons et agréables liens au fil des années.

Comme Mgr René Guay est un serviteur généreux et attentif aux besoins de notre région, il n’ambitionne pas sur son confrère émérite. Je n’ai donc pas de surcharge de travail.

Dans les paroisses

En plus du service de soutien à mon évêque que j’accomplis avec joie, il y a un autre volet de ma vie de retraité que j’aime beaucoup. C’est celui du ministère en paroisse. L’ancien curé que je suis se retrouve là comme un poisson dans l’eau ! Je dis parfois qu’il me reste ce qui est le plus agréable et le plus comblant dans la vie du prêtre : être avec les gens, tout simplement. Être avec eux pour les événements entourant la vie, l’amour et la mort, se laisser émerveiller par l’action de l’Esprit saint dans la vie d’un individu ou d’une communauté de foi, célébrer avec les gens. Et tout cela, sans responsabilités administratives, sans avoir à régler de conflits. Quand j’étais en première ligne, j’ai rempli librement et avec sérénité ces fonctions nécessaires au bien de l’ensemble, à la construction d’un milieu où il fait bon vivre et grandir, mais cela n’a jamais été ma tasse de thé !

Enfin, l’évêque émérite que je suis n’a plus vingt ans ; mes articulations me le rappellent régulièrement. Mais je demeure un être humain qui est comblé par mes relations avec ma famille, mes amis et mes confrères du presbyterium. Un être humain qui a plus de temps pour prier et pour s’occuper de son petit paradis sur le bord d’un lac, et qui a la chance, parfois, de pratiquer un de ses passe-temps favoris, la pêche.

André Rivest

Évêque à la retraite