Un éléphant dans son salon

CHRONIQUE / Pas un ni deux, mais bien trois ! Au-delà du couple, chez vous, il serait plus indiqué de parler de triade. Il y a l’autre, vous et, bien entendu, la bouteille. En amour avec cette personne qui boit, la voilà votre réalité. Un peu, beaucoup, passionnément, cette affection pour la boisson s’est-elle immiscée sans invitation ou, au contraire, faisait initialement partie de l’équation ? Quand chéri (e) lève le coude par-delà votre raison, reste-t-il une place pour l’amour-passion ? Une question légitime…

L’alcoolisme de l’autre

Inutile de vous expliquer ce qu’est l’alcoolisme. Si vous vivez avec l’une de ces personnes souffrant de ce mal, pas besoin de docteur, la définition vous ne la connaissez que trop, à moins que...

À moins que vous en fassiez fi. Face aux problèmes d’alcool de l’autre, chacun réagit à sa façon, c’est selon. Cette psychologue nommée Susan Forward, dont je me délecte des écrits, m’a bien expliqué à travers ses lignes les positions que peut adopter chaque témoin du phénomène. 

Prenons son exemple analogique en supposant que l’éléphant prenne les traits de la problématique que l’on nommera ici dépendance aux substances chez le partenaire. De ce fait, vous comprendrez que de se voir imposer par son ou sa chérie cette pareille bête de compagnie dans le salon de son 41/2 peut être perçue différemment d’un individu à l’autre. 

Merci, bonsoir !

Il y a d’abord ceux et celles qui le refuseront carrément. Comment vivre avec cet animal incongru prenant toute la place ? Qui dégage des odeurs nauséabondes. Qui fiente à longueur de journée. Qui coûte une fortune à nourrir. Qui se voit non domesticable à moins de se réorienter en dompteur, et encore. Qui rend chaque visiteur mal à l’aise. Que l’on ne peut laisser seul, mais qui n’est pourtant pas déplaçable et encore moins le bienvenu chez autrui. Qui nécessite toute votre attention, votre énergie, votre liberté, votre argent. Non merci, jamais de votre vivant vous ne tolérerez. L’éléphant de l’autre prendra le bord et que ça saute, avec ou sans lui. Dossier réglé !

Bonjour tolérance !

Viennent ensuite les mitigés. Ceux qui ne sont pas friands de la famille des éléphantidés, mais qui l’accepteront, pour mille et une raisons. Par choix ? Certains y croiront, d’autres non. Une chose qui est certaine, par contre, c’est que ceux-ci doivent apprendre à vivre avec ce géant du salon et subir les dommages collatéraux reliés à sa présence. Perturbation des activités quotidiennes, isolement, solitude, conflits fréquents en lien avec sa présence, prise en charge, compromis en sa défaveur, de sacrés accommodements pouvant parfois être tolérés un temps, d’autres fois tout le temps.

Où ça un éléphant ? 

Finalement, il y a de ces malvoyants pour qui l’éléphant est invisible, absent, inexistant. Bien que, tous autour, autant de près que de loin, clament sa présence, il n’y a pas lieu, pour eux, de s’arrêter à cette simple invention d’autrui. 

Contournement, évitement, mensonges, déni, manipulation, alouette, tous les mécanismes possibles et imaginables seront déployés pour s’éloigner de « Dumbo » et surtout des conséquences reliées à sa reconnaissance. Des « maris-pas-alcooliques », j’ai déjà vu ça ! De dénoncer des éléphants inventés dans le salon des autres également !

Peu importe à quoi ressemble votre éléphant, sachez que la place que vous lui accordez sera conséquente de la vie que vous aurez choisie. 

Votre vie de couple, familiale, mais encore plus, personnelle, vous appartient, contrairement à l’éléphant.

Ne l’oubliez pas!