Le Progrès a rencontré Isabelle Rousseau, victime d’un accident vasculaire cérébral en 2018, et le neurologue Michel Beaudry, dans le cadre de la Campagne provinciale de sensibilisation pour l’acronyme VITE.

Un AVC qui laisse une marque indélébile 

Isabelle Rousseau a fait inscrire à l’encre sur sa peau la date du 9 novembre 2018, une journée qui a laissé une marque indélébile dans sa vie. À l’âge de seulement 40 ans, la femme de Saint-Honoré a subi cette journée-là un grave accident vasculaire cérébral (AVC) qui lui laissait 25 % de chances de survie et aurait pu la laisser complètement paralysée, si ce n’avait été d’une intervention rapide.

Ce soir-là, Isabelle Rousseau ne se sentait pas bien et avait des douleurs au cou et à la tête. La mère de famille n’y a pas accordé trop d’attention, elle qui accueillait alors à la maison ses deux filles en garde partagée et les deux garçons de son conjoint en ce vendredi soir.

Isabelle Rousseau s’est fait tatouer à l’intérieur de l’avant-bras droit un cœur et la date de son accident vasculaire cérébral, un tatouage qui lui rappelle chaque jour l’importance de profiter de la vie.

Ce n’est que vers 23 h, alors qu’elle était au lit, qu’elle a compris que quelque chose n’allait pas. Elle a alors l’impression que tout tangue autour d’elle. Prise de nausées, elle réveille son conjoint, qui allume immédiatement la lumière.

« Il m’adresse la parole, juste : « Ça va ? », et j’ai été juste capable de faire des petits sons. Dans mon visage, ça se voyait aussi, j’avais les traits un peu plus affaissés qu’à l’ordinaire », raconte avec émotion celle qui est aujourd’hui âgée de 42 ans.

C’est à ce moment qu’ils ont compris l’urgence de la situation et composé le 911. « Le temps que l’ambulance arrive et reparte avec moi, je n’avais plus du tout de contrôle sur mon corps. Je ne pouvais pas parler, j’étais prise dans mon corps », se souvient celle qui a rencontré Le Progrès à l’hôpital de Chicoutimi, dans le cadre de la Campagne provinciale de sensibilisation pour l’acronyme VITE.

Arrivée à l’hôpital de Chicoutimi, elle a passé un TACO, un examen d’imagerie médicale qui a permis d’identifier un caillot de sang bloqué dans son cou. S’en est suivi une thrombolyse, un traitement visant à désagréger le caillot grâce à un médicament. C’est finalement grâce à une seconde intervention, la thrombectomie, que le caillot a pu être délogé.

Cette technique qui permet de déboucher les artères à l’aide d’une sonde n’était alors offerte à l’hôpital de Chicoutimi que depuis quelques mois, soit depuis juillet 2018. Auparavant, les patients devaient être transférés à Québec, où le traitement était offert depuis 2015, pour subir cette intervention qui a fait la différence entre la vie et la mort pour Isabelle Rousseau, estime le neurologue Michel Beaudry.

« Il faut agir en dedans de six heures, à partir du début des symptômes », précise celui qui était jusqu’à tout récemment chef du Service de neurologie de l’hôpital, poste qu’il a occupé pendant 18 ans. L’intervention d’Isabelle Rousseau a eu lieu vers 2 h du matin, soit environ trois heures après l’appel logé au 911.

« Ce n’aurait même pas été certain que le traitement aurait été efficace, même si elle avait été là-bas [à Québec] », ajoute le Dr Beaudry, en précisant que quatre millions de neurones meurent chaque minute lors d’un AVC, tant que la circulation sanguine n’est pas rétablie.

Paralysie complète

Un appel rapide, dès les premiers symptômes, peut ainsi faire toute la différence. Cette intervention rapide a sauvé la vie d’Isabelle Rousseau, dont l’AVC a été causé par une blessure sur l’artère basilaire, dans le cou, à un endroit « qui est vital, où tous les fils pour bouger les deux bras et les deux jambes passent ». « Elle a eu un des tableaux les plus difficiles à diagnostiquer, un des plus graves », explique le médecin spécialisé en neurologie neurovasculaire.

Sans intervention, ce type d’AVC laisse aux survivants une paralysie des bras et des jambes, dans un état de conscience complet, puisque le cerveau n’est pas atteint. La seule façon de communiquer passe alors par les yeux. Un état connu sous le nom du syndrome de Monte-Cristo, qui a notamment fait l’objet d’un film, Le scaphandre et le papillon, en 2007, une adaptation des mémoires du journaliste français Jean-Dominique Bauby, éditeur du magazine Elle, qui en a été frappé.

« Je l’ai vécu une nuit. Je ne peux pas imaginer toute une vie, c’est atroce », laisse tomber Isabelle Rousseau.

Quatre jours après son AVC, elle ressortait de l’hôpital sur ses deux pieds. Après une convalescence de deux mois à la maison, elle a pu reprendre le travail et aujourd’hui, à 42 ans, elle garde très peu de séquelles de l’événement, outre un déficit de l’attention et des difficultés à se concentrer.

Tatoués à l’intérieur de son avant-bras droit, les traits d’un cœur accompagnés de l’inscription « 09-11-18 » lui rappellent chaque jour cette seconde chance offerte par la vie.

« On oublie vite aussi, après, partage-t-elle. C’est en partie pourquoi j’ai fait faire mon tatouage et qu’il est visible. Pour que moi je le voie, que je m’en souvienne et que je me rappelle de profiter de la vie. »

+

UNE TECHNIQUE QUI DOUBLE LES CHANCES DE S'EN SORTIR SANS SÉQUELLES MAJEURES

La thrombectomie, offerte à l’hôpital de Chicoutimi depuis un peu plus d’un an et demi, double les chances pour les patients de se sortir sans séquelles majeures d’un accident vasculaire cérébral (AVC).

Cette technique, que le neurologue Michel Beaudry compare à l’utilisation d’un «tire-bouchon» pour retirer un caillot important d’une artère, est pratiquée environ deux à trois fois par mois par les radiologues de l’hôpital.

«On double les chances de s’en tirer indemne», souligne le Dr Beaudry, en précisant que l’intervention doit être réalisée rapidement pour espérer un tel résultat.

«Il y en a qu’on ne peut pas sauver, parce que c’est trop long, quand on agit six heures après», ajoute celui qui a supervisé l’implantation de cette technique dans le centre hospitalier en juillet 2018.

Chaque intervention coûte quelque 7000 $ par patient. «Ce qui coûte cher, c’est les fichoirs, les appareils techniques pour aller tirer sur le caillot. Il y a plusieurs choses qui sont microscopiques», explique-t-il.

Les économies sont toutefois bien plus importantes pour le système de santé, alors que les patients qui subissent avec succès l’intervention peuvent éviter un séjour d’environ deux mois en centre de réadaptation, dont les coûts sont évalués à 2000 $ par jour.

Lac-Saint-Jean

Depuis décembre dernier, les patients du Lac-Saint-Jean peuvent bénéficier d’un système de thrombolyse à distance, par visioconférence, un service qui était auparavant offert par Québec.

 Lorsque nécessaire, les patients sont ensuite transférés à Chicoutimi par ambulance pour subir une thrombectomie.

+

UNE SENSIBILISATION QUI A FAIT LA DIFFÉRENCE POUR ISABELLE ROUSSEAU

La sensibilisation a fait la différence pour Isabelle Rousseau, qui a reconnu les symptômes de son accident vasculaire cérébral (AVC) grâce aux publicités de l’animatrice et humoriste Josée Boudreault, qu’elle avait vues à la télévision.

« C’est vraiment grâce à la télé. Pour moi, ça a fait la différence, confie celle qui n’aurait pu penser être victime d’un AVC à l’âge de 40 ans. D’avoir vu les annonces à la télé avec Josée Boudreault, tout de suite, avec la parole qui lâchait, on a compris. »

L’animatrice, originaire d’Arvida, et son conjoint Louis-Philippe Rivard ont agi comme porte-parole de la campagne VITE de l’organisme Coeur + AVC, après qu’elle ait subi un premier AVC, en juillet 2016, qui a été suivi d’un second, en septembre 2017.

Acronyme VITE

Trop peu de personnes connaissent encore aujourd’hui la signification de l’acronyme VITE, selon le neurologue Michel Beaudry, qui est directeur du programme Continuum AVC pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Les lettres « V », pour visage (est-il affaissé ?) ; « I », pour incapacité (pouvez-vous lever les deux bras normalement ?), « T », pour trouble de la parole (avez-vous des troubles de prononciation ?) ; et « E » pour extrême urgence, composent cet acronyme, rappelle le spécialiste qui invite les patients à composer le 911 ou à se rendre à l’urgence dès les premiers symptômes. Il rappelle qu’une première attaque, malgré des symptômes légers, annonce souvent une seconde attaque qui laissera des séquelles sévères.

« Je me suis souvenue d’un symptôme, le trouble de la parole, souligne Mme Rousseau. Ça m’a fait allumer tout de suite et ça m’a sauvée. Il faut prendre deux minutes pour se renseigner sur ce que c’est un AVC, quels sont les symptômes et les écouter quand ça arrive, ne pas les minimiser et agir immédiatement. »

L’AVC EN CHIFFRES 

• Les personnes qui subissent un accident vasculaire cérébral (AVC) ont en moyenne 75 ans.

• Il y a environ 500 AVC tous les ans au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

• Les séquelles d’un AVC sont nombreuses : environ 40 % des patients éprouvent ensuite des troubles de mémoire et un tiers des troubles de langage légers. Les patients éprouvent aussi des problèmes de concentration et la dépression peut s’installer, alors que la vie de certains change de façon drastique.

• Une personne sur sept admise à l’hôpital pour un AVC décède et une personne sur sept qui survit à un AVC après avoir transité par l’hôpital ne pourra retourner à la maison en raison de séquelles trop sévères. Elle devra être admise dans un centre de réadaptation ou un centre d’hébergement de soins de longue durée.