Élyse Bergeron continue d’étaler son talent pour le chant avec le groupe Mosaïque avec qui elle fait environ quatre spectacles par année.

Trouver l'amour à Cuba

La première fois qu’Élyse Bergeron s’est confiée au Progrès, c’était en février 2006, alors que l’adolescente de 14 ans se préparait à vivre son premier voyage humanitaire.

Elle avait un an pour ramasser son argent afin de concrétiser ce grand projet qui allait changer sa vie. En utilisant ses talents de chanteuse, elle offrait des spectacles-bénéfices pour obtenir les fonds nécessaires.

En janvier 2007, elle s’envolait enfin avec son père, Julien Bergeron, pour distribuer des fournitures scolaires dans une école de Cuba. « J’avais tellement souvent vu mon père partir en voyage humanitaire avec ses étudiants du Cégep de Jonquière, où il enseigne en Art et technologie des médias (ATM), volet multimédia. Cette fois, c’était mon tour », se remémore Élyse.

Dans leurs bagages, en plus des crayons et des cahiers, le père et la fille amenaient de l’équipement sportif. « Surtout pour le baseball, parce que c’est un sport très populaire là-bas. On avait aussi de l’argent pour acheter des choses une fois sur place, parce qu’on ne pouvait pas tout amener », poursuit-elle. Pendant une semaine, l’élève du secondaire mettait en pratique son espagnol et tombait littéralement en amour avec le rythme de la vie cubaine.

En 2010, Élyse retournait à Cuba avec son père, mais cette fois comme étudiante en technique d’intégration multimédia pour tourner un documentaire avec des étudiants cubains. « J’ai suivi les traces de mon père. Il m’a même déjà enseigné », précise la jeune femme de 28 ans. C’est lors de ce deuxième voyage qu’elle a rencontré Lazaro Enrique Guerra pour la première fois.

En juin 2019, lors du tournage pour le Festival d’humour d’Alma, Lazaro et Élyse, de l’entreprise Kréart, ont fait la rencontre de Michel Barrette.

À partir de 2010, Élyse allait annuellement dans ce pays qui l’attirait plus que tout. Elle passait l’année à ramasser l’argent nécessaire, en utilisant à quelques reprises la formule spectacle-bénéfice afin de mettre à profit sa passion pour le chant.

En 2013, avec son diplôme en poche, la graphiste fondait son entreprise à Saguenay. Kréart offre la création de sites Web, un service de photos et vidéos, en plus du graphisme de toutes sortes. Le démarrage d’entreprise étant parfois complexe, c’est seulement depuis 2017 qu’Élyse travaille à temps plein dans son domaine.

Mariage cubain

En 2013, lors de son cinquième voyage à Cuba, le lien d’amitié qu’Élyse entretenait avec Lazaro se transforme en histoire d’amour. « J’allais passer deux à trois mois à Cuba pendant les étés qui ont suivi. On restait dans un appartement annexé à la maison des parents de Lazaro. » Pendant deux ans, le couple solidifiait cet amour pour finalement se marier en décembre 2015. Le jour de son mariage, à Cuba, Élyse a reçu une trentaine de ses proches, dont ses parents. C’est seulement un an plus tard que Lazaro est arrivé au Saguenay. Les nouveaux mariés se sont installés à Chicoutimi, dans le sous-sol de M. Bergeron.

En juillet 2019, Élyse Bergeron et Lazaro Enrique Guerra ont réalisé un tournage avec Humanis, la formation continue du Cégep de Chicoutimi.

« On vivait chez mon père et son coloc », raconte Élyse. Six mois plus tard, les amoureux emménageaient dans un appartement en haut de chez M. Bergeron. Le modèle ressemble étrangement à celui de Cuba, quand le couple visite les parents de Lazaro. Lazaro est aussi devenu associé dans l’entreprise d’Élyse.

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UN CUBAIN AU SAGUENAY

Bien que plusieurs Cubains en rêvent, Lazaro Enrique Guerra n’avait jamais prévu quitter son pays.

« Ça ne faisait pas partie de mes projets d’apprendre une autre langue, de m’adapter à une autre culture et d’être loin de mes parents. Ce n’est pas facile. Par contre, mon rêve a toujours été de faire du cinéma et raconter des histoires », réfléchit-il. C’est guidé par ce projet qui l’anime plus que tout qu’il a choisi de suivre sa femme jusqu’au Saguenay.

Enfant unique, le Cubain de 34 ans s’ennuie beaucoup de ses parents. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas l’hiver qui est le plus dur pour lui. « Le plus dur, c’est la culture, le mode de vie des gens, leur façon de communiquer. À Cuba, il est normal de prendre la main d’une dame pour l’aider à descendre de l’autobus. Ici, ces politesses d’entraide ne sont pas des gestes communs », remarque-t-il.

Comme lui dit souvent son beau-père, il faut avoir de l’argent pour comprendre que ce n’est pas l’argent qui rend heureux. « Ici, il y a beaucoup plus de possibilités, mais il y a plus de stress pour payer tout ça », renchérit Lazaro.

L’homme étudie présentement en ATM en postproduction, car son baccalauréat en cinéma, obtenu dans une université cubaine, n’est pas reconnu au Canada. Une fois par année, le couple quitte le Québec pour aller à Cuba afin de passer du temps chez les parents de Lazaro. Un jour, ils aimeraient passer la moitié de leur année entre le Québec et Cuba. « Mais pour ça, si on veut continuer d’avoir notre entreprise, il faudrait que le réseau Internet soit plus performant à Cuba », intervient Élyse.

Les Cubains pensent que les touristes sont tous millionnaires. C’est un mythe aussi faux que les Québécois qui pensent que tous les Cubains quêtent. « Quand je me promenais avec Élyse dans mon pays, plusieurs venaient nous demander de l’argent et je trouvais ça difficile. Je trouve que c’est un manque de respect envers soi-même », ajoute Lazaro. À Cuba, on n’a pas de loyer à payer, l’accès à l’école est gratuit, les hôpitaux aussi. Au Québec, quand je vois les gens travailler comme des fous pour avoir leurs deux semaines de vacances par année, ce n’est pas plus facile qu’à Cuba. »

Le couple derrière Kréart se complète bien. Installés dans leur appartement, Lazaro se spécialise dans la vidéo corporative et éducative, les vidéoclips et l’animation, alors que sa complice préfère travailler les logos, les affiches et les graphiques. « Dans mon pays, j’ai travaillé pour la télévision cubaine et j’ai été assistant caméraman pour des vidéoclips. C’est très payant. En une seule journée, je gagnais entre 30 et 60 $, ce qui représente le salaire que ma mère, ingénieure, gagne en un mois de travail. »

Même si leur entreprise va bien, et qu’ils ont de plus en plus de contrats, Lazaro aimerait bien travailler pour d’autres entreprises du Québec pour prendre de l’expérience. Celui qui parlait uniquement l’espagnol a appris le français très rapidement. Il considère qu’il est toujours en train d’apprendre cette langue. 

Pour en savoir plus concernant l’entreprise de Lazaro et Élyse, visitez leur site Internet kreart.ca ou leur page Facebook.