Pour Tarcisio Jean-Mairet, l’arbitrage est un bon moyen de se tenir en forme l’hiver.

Tarcisio Jean-Mairet: l’infirmier à l’uniforme rayé

Tarcisio Jean-Mairet oeuvrait comme infirmier et arbitrait au hockey en Suisse lorsqu’il a fait la connaissance de celle qui deviendra plus tard son épouse, la Jonquiéroise Lina Coulombe. Les deux amoureux ont entrepris leur relation via un site de rencontre... en 1996 ! Père de trois enfants et installé au Saguenay depuis 2005, Tarcisio Jean-Mairet a su reprendre son travail d’infirmier en sol québécois, non sans difficulté, en plus de poursuivre sa passion pour l’arbitrage. Une passion qu’il a d’ailleurs transmise à ses enfants, dont sa fille Bianca, qui enfile à son tour l’uniforme rayé. Rencontre avec un Italo-Suisse qui n’a pas choisi d’emprunter le chemin le plus facile.

Tarcisio Jean-Mairet est né d’une mère italienne et d’un père suisse. Il a commencé à arbitrer à l’âge de 20 ans, après avoir joué quelques années au hockey. « Petit, je m’étais tordu la cheville en patin, alors j’ai été plusieurs années à ne plus vouloir patiner ! C’est à l’âge de 14 ans que j’ai renoué avec le hockey, mais il était un peu tard pour que je devienne bon. J’ai donc décidé de devenir arbitre et je n’ai pas arrêté depuis ce temps. C’est mon passe-temps, ma passion et mon moyen de me tenir en forme l’hiver », raconte l’homme de 50 ans.

En 1996, alors qu’il surfait sur les premiers sites de rencontres accessibles via Internet, il a fait la connaissance de Lina Coulombe, une Jonquiéroise. Ils ont rapidement tissé des liens et quelques mois plus tard, les deux tourtereaux devaient se rencontrer. « C’est moi qui devais venir au Québec, mais je me suis fracturé le pied et j’ai fini aux urgences. Je l’ai appelé pour lui dire et elle a décidé de venir à la place. Ç’a cliqué tout de suite. Elle a finalement décidé de s’installer en Suisse et nous y avons vécu sept ans », raconte Tarcisio Jean-Mairet, lorsque rencontré, la semaine dernière, avant un match qu’il arbitrait à la Base militaire de Bagotville.

Immigrer au Saguenay

Lina Coulombe et Tarcisio Jean-Mairet ont eu trois enfants en Suisse. C’est avant que l’aîné ne commence l’école qu’ils ont décidé de revenir s’installer au Saguenay. « Nous venions chaque année pour visiter ma belle-famille. J’avais toujours eu le désir d’immigrer au Québec, et c’était le moment, pour ne pas trop chambouler les enfants dans leur cheminement scolaire », raconte celui qui avait à ce moment dix ans de métier comme infirmier.

« Ça n’a pas été facile au début, car je devais refaire mes examens pour pouvoir pratiquer ici. Disons que j’ai dû étudier beaucoup ,et ça allait bien du côté pratique, mais j’ai raté deux fois l’examen théorique. Je n’ai pas lâché. Une infirmière de Jonquière m’a aidé à étudier et à me pratiquer. J’ai dû laisser tomber l’arbitrage à ce moment-là pour me concentrer sur mes études. La troisième fois a été la bonne », se souvient M. Jean-Mairet, dont les enfants ont trois nationalités, soit italienne, suisse et canadienne.

Une fois son droit de pratique en poche, l’infirmier a commencé à travailler à l’hôpital de Jonquière. Mais il a vite été attiré par les vastes territoires du Nord québécois. Il est donc parti pour Schefferville, puis il a travaillé à Opitciwan, avant de revenir au Saguenay, où il a oeuvré trois ans comme infirmier auprès des détenus, à la prison de Chicoutimi. Il considère d’ailleurs ce passage comme une expérience très enrichissante.

« Je devais beaucoup intervenir auprès des détenus avec des problèmes de dépendance. Il n’y avait pas beaucoup de violence, mais c’était un domaine tout de même pas facile. J’ai beaucoup appris », explique celui qui avait aussi entamé un certificat en toxicomanie à cette époque.

En 2014, il a toutefois pris la décision de repartir vers les vastes contrées de la Côte-Nord, plus précisément à Matimekush, une communauté autochtone située à proximité de Schefferville. Il y travaille deux mois, puis revient à la maison pour un mois.

« Je travaille dans un genre de CLSC. Ce que j’aime du Nord, c’est qu’on peut voir large et faire beaucoup de choses. Il y a bien sûr un médecin, mais les infirmiers et les infirmières ont beaucoup d’opportunités, et la pratique est plus large. C’est parfois difficile, mais j’aime beaucoup ça », explique celui qui sait facilement s’adapter aux nouveaux environnements de travail.

Alors que depuis des décennies, des centaines d’infirmiers et d’infirmières du Québec ont choisi la Suisse comme lieu de travail, en raison des conditions de travail alléchantes, Tarcisio Jean-Mairet, lui, a fait le chemin inverse. Par amour pour une Jonquiéroise, mais aussi pour le Québec, qu’il apprend encore à découvrir.

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SA PASSION FAIT DES PETITS

Tarcisio Jean-Mairet se dit aujourd’hui « vacciné » contre les cris et les insultes des coachs. Arbitre au hockey mineur depuis 30 ans, l’homme vient à peine de terminer l’arbitrage de 35 matchs en deux fins de semaine, lors d’un tournoi tenu à Saint-Ambroise. Et il a même pu partager la glace avec sa fille Bianca, qui suit les traces de son père.

« J’ai commencé à arbitrer il y a deux ans, après avoir joué au hockey longtemps dans des ligues de gars. J’adore ça et j’étais vraiment contente de pouvoir le faire avec mon père, parce que c’est lui qui m’a tout montré », a raconté la jeune femme de 18 ans.

« C’est mon travail de fin de semaine et c’est aussi mon passe-temps. J’espère continuer encore longtemps », a ajouté Bianca Jean-Mairet. 

Pour le papa, voir sa fille suivre ses traces le rend évidemment très fier, d’autant plus que ses deux garçons sont eux aussi tombés en amour avec l’arbitrage. 

« La fonction d’un arbitre n’est pas facile. Il faut tout de même se faire une carapace. Moi, je suis vacciné contre les cris. Je n’endure pas les insultes gratuites. On peut ne pas être d’accord et contester une décision, mais il faut le faire dans le respect. Avec tout ce qu’on a entendu dernièrement sur les insultes raciales dans les arénas, il faut que ça évolue. Je suis vigilant par rapport à ça », explique celui qui arbitre à Saguenay, mais aussi à Schefferville, lorsqu’il a des temps libres.

Si le hockey en Suisse et au Canada demeure sensiblement le même, l’homme a tout de même dû s’adapter à de nouvelles réalités, comme la superficie des glaces et les temps de jeu, qui ne sont pas pareils ici. « J’ai eu un peu de misère au début, mais maintenant, ça va ! C’est un très beau passe-temps, et ça fait voir l’autre côté de la médaille au hockey. La fonction d’arbitre est importante et parfois un peu sous-estimée. Et il y a un manque cruel d’arbitre au Saguenay. Les gens ne tiennent pas toujours le coup face à l’ambiance souvent difficile », a ajouté celui qui a pu rencontrer l’arbitre Justin Saint-Pierre, lors du récent tournoi de Saint-Ambroise. 

Bianca aussi a rencontré l’arbitre de la Ligue nationale de hockey (LNH). « J’étais vraiment contente, mais j’aurais aimé arbitrer avec lui. Une prochaine fois peut-être ! », a affirmé la jeune femme.