Le pape Jean-Paul II a effectué une visite à Montréal en 1984.
Le pape Jean-Paul II a effectué une visite à Montréal en 1984.

Sto lat Jean Paul II: 100 ans déjà!

Si vous avez la chance de connaître une Polonaise ou un Polonais, vous connaissez sûrement l’expression « Sto lat ! » souhaitée comme voeu d’anniversaire, souvent en chantant. Elle signifie « 100 ans », pour une longévité heureuse. Il y a justement 100 ans, le 18 mai 1920, naissait Karol Wojtyła, celui que le monde allait mieux connaître sous le nom de Jean-Paul II.

Sportif et comédien, il décide de donner sa vie à Dieu. Cet ouvrier et séminariste clandestin pendant la Seconde Guerre mondiale devient prêtre dès que celle-ci se termine. Proche de nombreux couples et jeunes adultes, qu’il accompagne – aussi en ski et kayak –, grand penseur, il devient évêque et cardinal, puis, en octobre 1978, le premier pape non italien depuis quatre siècles.

Jean-Paul II est connu pour ses voyages à travers le monde, son engagement envers les plus pauvres, la tentative d’assassinat à son égard en 1981 et son pardon, ce que j’ai d’abord su grâce à une bande-dessinée Marvel illustrant sa vie !

À l’occasion de son voyage au Québec en 1984, Les éditions Héritage avait adaptée en français cette biographie. Le petit garçon que j’étais n’avait aucune idée que ce Polonais aurait un tel impact dans sa vie.

À Toronto, en 2002, lors des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), je l’ai rencontré avec une bénévole polonaise qui allait devenir mon épouse deux ans plus tard. En français, je l’ai remercié pour ce qu’il représentait.

Un témoignage de foi

Un superhéros de la foi ? Depuis sa canonisation avec Jean XXIII, en 2014, plusieurs se questionnent encore sur la rapidité du geste, et je peux comprendre ce réflexe de prudence. Ceci dit, il n’y a aucun doute dans mon esprit que sa vie offre au monde un formidable témoignage chrétien. Cela veut-il dire qu’elle aurait été sans reproche ? Bien sûr que non, car sainteté ne rime pas avec perfection – reniements de saint Pierre à l’appui.

Il est essentiel pour les catholiques de ne jamais défendre de façon absolue l’héritage de leurs figures de sainteté. Nous sommes humains, imparfaits, et si nous nous réclamons de Jésus Christ, nous devrons d’abord être des chercheurs de vérité.

Aurait-il pu faire davantage dans la lutte contre les abus sexuels ? Je crois que oui. Il s’est fait berner par plusieurs personnes en qui il avait confiance. Les machinations communistes qui fabriquaient de toutes pièces des accusations contre des prêtres l’avaient sûrement marqué. Rappelons-nous toutefois que ce n’était pas un aveuglement pour protéger l’Église, de nombreux gestes le prouvant, dont l’enquête lancée de son vivant contre le père Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ.

Nous ne devrions jamais craindre de peindre un tableau nuancé des personnes que nous admirons. Je peux rappeler mon affection envers Jean-Paul II, tout en exprimant que j’aurais aimé qu’il aborde davantage de front la gestion interne de la curie romaine.

Son héritage

Débarrassés de l’idée d’angéliser Jean-Paul II, nous pouvons maintenant aborder son magnifique héritage.

Déménagés en Pologne avec ma famille en août dernier, nous sommes aux premières loges pour apprécier la reconnaissance de sa patrie pour sa grande contribution à la libération du joug communiste de 1989. « Le Christ est un défi permanent. Il incite à la liberté et à la libération », lançait-il à ses compatriotes, en 1987. Cet appel peut résonner en géopolitique, mais aussi dans chacune de nos vies.

Dans une nouvelle biographie qui sera publiée à la fin du mois, l’auteur Yves Semen aborde plusieurs éléments de son héritage, que je fais aussi mien. L’un d’eux était de manifester au monde que l’amour de Dieu était avant tout un amour de miséricorde. Pour lui, la famille devait être le premier lieu où nous sommes invités à faire l’expérience de cette miséricorde.

Je ne peux omettre sa théologie du corps, cette série d’enseignements sur l’amour humain dans le plan de Dieu que j’affectionne particulièrement.

En terminant, on ne peut parler de Jean-Paul II sans rappeler son apport à Vatican II et à son déploiement, ce que le pape François poursuit aujourd’hui. Il aura collaboré à l’élaboration de l’un de ses documents les plus importants, Gaudium et Spes « sur l’Église dans le monde de ce temps ». Ce passage (n° 24, § 3) qu’il aimait souvent reprendre résume bien sa mission auprès de nous : « L’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »

Merci à ce bon pasteur !

Jasmin Lemieux-Lefebvre

Varsovie, Pologne