Quand les mots font mal au lit

COURRIER D'UNE LECTRICE / Bonjour, Je me sens mal. J’ai un blocage et je me demande si je suis normale de penser ainsi. Voilà. Mon conjoint et moi faisions l’amour, nous étions dans l’action du moment et nous avons jouît ensemble. Et c’est une fois terminé, alors qu’il était encore en moi qu’il m’a dit ‘’ne fais pas aussi laite’’ J’ai été vexée. Je me suis enlevée et je lui ai dit qu’il n’avait pas été gentil de me dire ça. À sa défense, il m’a dit qu’il a cru que j’allais mourir ! Je me suis couchée et j’avais beaucoup de peine. Je me suis sentie jugée. Jamais, je n’aurais dit quelque chose du genre. Maintenant, lorsque l’on fait l’amour, je reste souvent sur ma faim. S’il jouit et pas moi, je ne dis jamais rien. J’ai un gros blocage. Je n’arrive plus à avoir du plaisir. Moi qui en avais tant à faire l’amour avec lui. Je suis très froide. On dirait qu’il a éteint la flamme en moi… Que faire ?

CHRONIQUE / Bonjour Madame,

Quelle douche froide que cette remarque bilieuse ! Celle certainement d’être attaquée sur ce que vous avez offert de plus privé en vous : votre intimité sexuelle. Ayoye!

Effectivement, puisque le feu d’artifice qu’est la jouissance nécessite ce lâcher-prise, cette capacité de s’abandonner, cette ouverture à toute vulnérabilité, cette tellement grande confiance en l’autre, pas étonnant que vous ressentiez un blocage à l’idée même de récidiver. Non merci!

De ce fait, louable aujourd’hui de faire possiblement preuve d’hypervigilance à l’égard de vos mimiques, sons, mouvements, imperfections, complexes, alouette. Tant qu’à vivre une seconde fois ce sentiment éprouvant de ne pas convenir à l’autre, d’être jugée, bafouée ou insultée, vous semblez avoir certes adopté ce mécanisme de défense ou stratégie d’adaptation qu’est l’évitement. Aussi bien ne rien faire que d’être dans le champ, ou pire, rabrouée. Je vous comprends.

La phrase assassine

Puisque les mots font mal, souvent autant qu’un coup de pelle en pleine gueule, il ne suffit que de très peu, voire d’une simple phrase aux allures “pas si pire”, pour anéantir l’estime personnelle, mais aussi sexuelle de quelqu’un.

À cet égard, la violence conjugale à caractère sexuel en prend pour son rhume dans bien des cas. L’Institut national de santé publique n’y va pas avec le dos de la cuillère dans les symptômes premiers qu’engendre cette dernière en parlant de dénigrement sexuel. Rien de moins.

Et vous madame, iriez-vous aussi en ce sens?

Auteur

Bien que j’aie pu facilement ressentir l’ampleur de votre blessure face à ce commentaire plus que moyen, monsieur l’auteur de ce malaise est-il, lui aussi, au fait de votre souffrance?

Sait-il l’ampleur qu’ont eu ses mots sur vous? Est-il au courant de l’impact que cette phrase a aujourd’hui sur votre plaisir sexuel? Est-il informé qu’il a brisé quelque chose entre lui et vous? Lui avez-vous dit?

Bien qu’il me semble évident qu’il y ait l’amante d’avant et l’amante d’après les évènements, a-t-il minimalement remarqué le glaçon que vous êtes devenue? A-t-il fait preuve d’autocritique? S’est-il remis en question? Cherche-t-il votre réconfort? S’est-il excusé? A-t-il récidivé au lit ou dans d’autres circonstances? Qu’advient-il de lui?

Parce qu’un visage jouissif devrait toujours être synonyme de beauté et de fierté face à ce plaisir tant recherché, sachez, madame, qu’en aucun temps vous ne serez “laite” en atteignant l’apogée. Jouissez puisque vous le méritez.