Pornographie nécessaire

CHRONIQUE / «Bonjour, je suis anxieuse à mes heures et j’ai aussi un trouble obsessif. Depuis mon diagnostic, en 2010, je suis médicamentée. D’abord, c’était un peu, puis afin de stabiliser le tout, la recette a doublé. Ces précieux médicaments, je ne voudrais plus m’en passer. Ma vie est si simple depuis.

«Mais, puisqu’il y a toujours deux côtés à une médaille, ma tête va bien, mais mon vagin un peu moins! Un des effets secondaires de mon médicament est de diminuer ma lubrification, tout en m’empêchant de vivre l’orgasme. Rien de très agréable. [...]  

Avec le temps, mon conjoint et moi avons trouvé une solution: la pornographie. [...] 

Le sacrilège!

Chaque fois qu’on fait l’amour, je questionne mon homme à savoir si ça le dérange d’écouter un «petit film », comme on les appelle. Je me sens coupable! Mon amoureux est tellement beau, patient, affectueux. Je n’ai aucune raison de ne pas avoir envie, ou de ne pas être capable d’avoir d’orgasme sincèrement, si ce n’est que d’une pilule rose et grise! 

Je me demande alors pourquoi mon rapport à la pornographie est si négatif?

Je m’appelle Johanne, j’ai 41 ans et j’aime la pornographie. Dans les faits, si j’avais le choix, est-ce que j’en consommerais? Peut-être bien que oui. […] Est-ce si grave? »

Madame Johanne, merci de  briser ce tabou, de montrer que des femmes, oui des femmes, à l’instar des hommes, apprécient le monde de la pornographie. Je considère votre confidence telle la déclaration tant attendue!

Primo, histoire de ne pas me répéter de chronique en chronique, je salue brièvement votre courage pour votre prise en charge vis-à-vis votre diagnostic de santé mentale. Je perçois que les effets secondaires de votre médication sont un moindre mal par rapport au gain acquis sur votre qualité de vie. En aucun temps, je ne vous indiquerai de cesser ou de modifier ce traitement sans approbation médicale. L’orgasme n’en vaudra pas le coût, croyez-moi!

Votre orgasme

En parlant de ce dernier, ma grande question cherche à savoir si ces «petits films», pour reprendre votre adorable expression, vous amènent, de par leur visionnement, à obtenir l’orgasme tant souhaité.

Supposons que non. Il serait alors possible d’envisager que vos pilules grises et roses soient effectivement la cause d’une éventuelle dysfonction sexuelle, causant l’orgasme à retardement ou son absence. Si tel est le cas, direction la clinique médicale.

Si oui, en voilà une autre théorie. Atteindre l’orgasme seulement dans une situation X et/ou dans un contexte précis et/ou selon certaines conditions et/ou avec tel monsieur, c’est un tout autre dossier, que je qualifierai de spécifique. Est-ce votre cas, Johanne? Avez-vous nécessairement besoin de cet accès à la pornographie pour atteindre le septième ciel? Dans un pareil cas, la consultation sexologique pourrait être une avenue.

Exit la culpabilité

Au-delà de ces hypothèses, une utilisation adéquate de la pornographie n’est jamais un mal en soi, et ce, autant pour les hommes que pour les femmes. Jetée souvent comme le bébé dans l’eau du bain, cette dernière peut se voir perpétuellement associée au machisme, à la répression féminine, aux pratiques irréalistes et saugrenues, à l’hypersexualisation, et j’en passe.

Ceci dit, de la pornographie propre, juste et appropriée, conçue selon les règles de l’art et destinée à un public adulte en quête d’amusement, ça existe aussi. C’est en fait ce qu’on appelle le monde du divertissement.

À partir de là, si le concept vous convient, vous amène ailleurs, vous permet de vivre d’autres plaisirs, l’envie de vous dire «Pourquoi pas?» me prend. Après tout, quand une solution se voit gagnante, pourquoi vouloir la changer? La pornographie, c’est fait pour le monde après tout!