Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Les limites de l’exclusivité

COURRIER DU LECTEUR /  Normalement, quand deux personnes se mettent en couple, elles prennent des engagements, quelquefois par un contrat de mariage, parfois sans. Un de ceux-ci, qui n’est écrit nulle part, est celui de l’exclusivité au niveau de l’intimité. Elles se promettent de ne pas aller voir ailleurs. Quand elles ont des relations consensuelles, c’est le cas idéal, même si ce n’est pas toujours parfait pour les deux. [...] La question intéressante est : comment appelle-t-on le cas où un des partenaires du couple condamne l’autre à une absence plus ou moins totale de relations sexuelles ? Pour la personne qui décide de ne pas en avoir volontairement, elle trouve son compte et le vit bien. Mais pour son ou sa partenaire, qui n’a rien décidé de son côté et qui est contraint.e à un régime sec pendant des mois ou des années, tout en ayant promis l’exclusivité, ça peut être très éprouvant et source de conflits. Je ne crois pas être le seul à vivre ce dernier cas. Qu’est-ce qu’on fait quand il y a un dialogue de sourds entre les deux partenaires ? 

CHRONIQUE / L’établissement d’une relation conjugale implique forcément une forme d’engagement minimal, qui vient avec un lot d’attentes, mais aussi de limites. Il est donc essentiel de préciser ces nuances, pour une harmonie immédiate et à long terme.

Je déduis en lisant votre témoignage qu’il semble y avoir, entre vous et votre partenaire, une entente d’exclusivité sexuelle évidente, comme c’est le cas de bien des couples. Mais à quoi rime cette réalité chez vous ?

Votre droit à la masturbation est-il une option ? L’usage de support visuel divertissant comme la pornographie est-il envisageable ? L’emploi de réseaux sociaux aux fins de satisfaction sexuelle s’avère-t-il une éventualité ? La rencontre avec une personne tierce, sans empreinte émotive, est-elle acceptable ? Allons donc savoir !

La définition d’exclusivité sexuelle a un sens large aux yeux de chacun. Il est donc nécessaire de la définir avec le plus haut niveau de spécifications, afin d’annuler toute ambiguïté sur les façons de briser ledit engagement.

Régime sec

Puisque vous ne pouvez pas obliger quiconque à avoir une vie sexuelle active, personne, ni même votre partenaire, n’est en droit de vous imposer un « régime sec » sous prétexte d’une entente d’exclusivité.

Le couple contemporain est en constante évolution. À l’instar de l’acte notarié, les attentes et limites nécessitent parfois d’être revues, modifiées, voire corrigées.

Ce qui semblait une évidence il y a quelques années peut désormais vous apparaître comme une impossibilité aujourd’hui. À vous de revoir.

Responsable de votre satisfaction sexuelle

Vous, moi et l’autre sommes responsables de notre niveau de satisfaction sexuelle. Et celui-ci commence par l’affirmation de soi.

Cette capacité à nommer vos besoins, l’avez-vous ? Ce courage de dire qu’il vous est nécessaire d’être actif sexuellement pour votre bien-être, l’avez-vous ? Cette conviction de devoir trouver une option à cette privation, l’avez-vous ?

En fonction de ces capacités, peut-être sera-t-il possible, ensemble, d’établir un plan d’action visant le confort des deux partenaires ? Les compromis, la réévaluation de l’entente d’exclusivité, l’ouverture d’un répertoire d’activités sexuelles plus large et la liberté de se contenter autrement sont autant de solutions disponibles.

Une communication saine est souvent à la base d’une meilleure compréhension. Ce dialogue de sourds doit laisser place à un futur moins contraignant et, par la force des choses, moins frustrant.