«Bien qu'elles se martèlent de gratitude à l'idée d'être encore de ce monde, nombreuses sont ces survivantes ayant à réapprendre à se regarder dans le miroir.»

Le sexe après un cancer du sein

CHRONIQUE / Au-delà d'une simple tablette, d'une source de lactation ou même d'une zone érogène, les seins, qu'on se le dise, représentent certes l'emblème de la féminité pour plus d'une. Qu'en est-il alors quand il en manque un bout, une bonne partie ou pire, l'un ou les deux tout entiers ? La mastectomie, partielle ou totale, d'un bord, de l'autre ou double : beaucoup plus qu'une simple chirurgie en lien avec une problématique de santé physique. C'est aussi pour trop souvent l'ablation d'une partie de la femme en soi. Et la couchette après tout ça ?
Impact
Le sexe, cadet des soucis quand la santé se voit compromise. Voilà le premier réflexe du mode survie qu'impose le cancer. Idem quand s'en suit le processus d'examens diagnostics, chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, cocktail Molotov de médicaments aux effets plus qu'indésirables.
Mais après le tsunami, cette tangente qu'est la sexualité change trop souvent du tout au tout à cause d'une image corporelle modifiée autrement que par choix. Malgré toute la volonté, pas si simple de s'approprier cette poitrine stigmatisée par ce mauvais souvenir et de redevenir fonctionnelle sexuellement parlant.
Nouvelle image
Bien qu'elles se martèlent de gratitude à l'idée d'être encore de ce monde, nombreuses sont ces survivantes ayant à réapprendre à se regarder dans le miroir, à apprivoiser leur « nouvelle » poitrine, à poser leurs mains sur cette partie d'anatomie modifiée ou encore reconstruite, à meubler autrement leurs chemisiers, à se dévoiler à ce ou cette partenaire et surtout, à se trouver de nouveau belle et femme ainsi. Un programme salutaire qu'est de réapprendre à s'aimer autrement.
Vulnérabilité
Pas nécessairement plus facile d'offrir ce nouveau corps à son bon vieux partenaire qu'à l'étranger post-chirurgie et traitement. D'abord, parce que ce premier possède et partage à sa façon les séquelles psychologiques du traumatisme provoqué par la maladie. Encore plus parce que son regard a vu le « avant » et le « après ». Un sujet d'anxiété pour quelques-unes de partager les antécédents et le poids d'une comparaison possiblement infondée. Ne plus être celle d'avant, malgré les encouragements de son chéri, représente aussi un deuil pouvant altérer la réponse sexuelle.
Et le nouveau compagnon, amant, chum après la maladie ? « Allo, avant tout, sache que j'ai eu un cancer et qu'il me reste un sein et demi ! » Une vérité qui se doit d'être dite nécessitant le dévoilement de son passé qu'un autre cancer n'imposerait pas. Gérer un regard autre, sa réaction, ses questionnements, ses peurs, assez lassant merci !
Temps
« Parce que ce n'est pas la poitrine qui fait la femme, mais bien la femme qui fait la poitrine », seul le temps permettra la croyance envers cette maxime. Se permettre de vivre les étapes du deuil envers ce corps qui peut apparaitre mutilé, en voilà une nécessité. Accueillir la féminité ailleurs que dans seulement et uniquement deux seins, un autre beau gage de réussite permettant l'augmentation de l'estime, mais aussi de la confiance en soi et par conséquent, du désir sexuel.
Une femme affranchie dans la vie, c'est aussi une femme affranchie au lit. Après tous ces aléas qu'impose cette maladie maudite qu'est le cancer du sein, guérir implique aussi de relayer la sexualité aux oubliettes le temps d'un moment, histoire de se reconstruire mentalement. Mesdames, prenez le temps de retomber sur vos pattes pour mieux revenir sexuellement parlant avec cette nouvelle version de vous, qui sait, possiblement améliorée !