Le couple et les troubles alimentaires

CHRONIQUE SEXOLOGIE / C’est cette semaine que ça se passe. Du 1er au 7 février se déroule un marathon de la sensibilisation aux troubles alimentaires. En tant que vice-présidente du conseil d’administration du Comité Enfaim, organisme sans but lucratif visant à contrer régionalement les troubles alimentaires, j’ai aujourd’hui pensé à l’amoureux ou à l’amoureuse d’un acolyte affligé par cette réalité.

Tenter de comprendre nos troubles alimentaires n’est pas facile. Tenter de comprendre ceux d’un autre, quand on n’y connaît rien, l’est encore moins. 

Imaginez lorsqu’il s’agit de cette personne que vous avez choisie comme partenaire, qui partage votre quotidien, que vous aimez, avec qui votre sexualité – votre intimité – est vécue. Un sacré mandat. 

Pas nécessairement parce qu’il a constamment la tête dans la cuvette après chaque repas ou parce qu’il dévalise régulièrement la totalité du contenu du frigo. Non, je parle de cet individu qui, mine de rien, au quotidien, fait toujours attention, surveille sa ligne, évite les repas sociaux, grignote à peine au restaurant, refuse un petit verre, mange à outrance, a pour seule préoccupation sa dépense énergétique, essaie tous les régimes, se trouve moche, gros, laid, ne s’aime pas, mais que vous, vous adorez. Qu’advient-il alors de cet amour ? 

Un peu comme pour chaque maladie de la Terre, un ou une partenaire digne de ce nom cherche probablement à secourir l’être cher qui est confronté à la souffrance quotidienne. Mécanisme de défense plus que louable. 

Soutien, prise en charge, acceptation, tolérance, collaboration, assistance : plusieurs voudront agir comme le « pilier » du couple, histoire d’apaiser les douleurs de l’autre. De ce fait, le piège risque de mener à la négligence de soi, pour ne pas dire l’oubli complet, qui se voit officiellement précurseur de difficultés, voire même de détresse relationnelle. 

La gamme des émotions ressenties s’avère étendue. 

« Pas si grave. » J’ai vu de ces conjoints ou conjointes complètement indifférents à la situation. Peut-être par déni, méconnaissance de la situation, désintérêt, protection, lassitude, abandon ou je ne sais trop quoi. Oui, il y a effectivement de ceux qui se dissocient de la problématique, la cachent ou s’en tiennent carrément à l’écart. 

D’autres vivront possiblement de la culpabilité, allant jusqu’à se sentir en partie responsables du trouble de la conduite alimentaire. « Qu’est-ce que j’ai fait ou pas fait, dit ou pas dit, pour laisser croire que son image n’était pas parfaite ? » Victimes de fausses croyances ou jugements, quelques-uns seront aussi en colère, accusant chéri et sa maladie pour la vie de couple difficile. S’ils savaient…

Sous la couette

Et que dire de l’intimité, de la sexualité ? Y a-t-il une place sous la couette pour les symptômes de ce trouble ? Oui, non, parfois, avec difficultés ? Ça dépend. Chaque cas est distinct. Ceci dit, c’est difficile pour les personnes atteintes de s’offrir quand la tête est constamment préoccupée par ce mal, quand l’amour de son corps n’y est pas, quand les conditions physiques s’avèrent pénibles, quand, quand, quand…

Il n’y en avait qu’une Mère Teresa, et elle est décédée. Inutile de s’acharner à la remplacer... 

Accompagnateur ne rime pas avec sauveur ni pour autant avec souffre-douleur, m’a-t-on appris. 

Il y a de l’aide pour vous aussi, partenaire de vie. Levez la main. Faites-le pour vous avant tout, puis pour votre couple.