Myriam Bouchard

La curiosité sexuelle chez l’enfant

CHRONIQUE / Parce qu’ils posent parfois toutes sortes de questions sur la manière de faire des bébés, parlent de pénis et de vagin comme on parle des cheveux ou du nez, se manipulent l’attirail génital au vu et au su de tous, jouent au docteur avec les voisins, font frencher leurs poupées Barbie à bouche que veux-tu et classent les propos grivois au top de n’importe quel show d’humour, comment distinguer les comportements sexuels sains et préoccupants chez les petits ?

Voilà un questionnement pour lequel on m’interpelle semaine après semaine, comme conseillère pédagogique en éducation à la sexualité. Les parents, les éducateurs, les enseignants et les directions sont tous confrontés, un jour ou l’autre, à un agissement ou à un propos allant au-delà de leur entendement. De ce fait, voici un portrait de la petite enfance.

Découvertes

Un monde nouveau s’ouvre à eux. C’est vers l’âge de 4 ans que le développement psychosexuel des enfants fait émerger un intérêt plus ou moins marqué pour la sexualité. C’est ce que l’on nomme, dans le jargon, la « curiosité sexuelle ». Cette dernière s’étend généralement jusqu’à 6 ou 7 ans. Patience !

Les petits étant tous des êtres uniques et ô combien spontanés, cette curiosité se manifeste de mille et une façons, et à intensité variable.

Une préoccupation marquée pour les organes génitaux est souvent observée. Garçons et filles peuvent en faire un sujet de prédilection. Les plus artistes les dessinent même. Certains coquins usent aussi de gros mots à connotation sexuelle pour les nommer, faute de connaissances justes et appropriées. Ils cherchent à faire leur petit comique, à attirer l’attention ou tout simplement à provoquer.

D’autres cherchent à exposer leurs parties intimes, souhaitent regarder celles des autres ou même y toucher. Sauter sur ces occasions peut également devenir une passion.

L’expression « faire l’amour » devient également très tendance et est utilisée à toute sauce. Un bisou, une accolade ou un câlin peut alors signifier « faire l’amour ».

Quelques-uns peuvent même mimer, à leur façon, ce type de rapprochements.

Bien que démunie d’hormones instigatrices du désir sexuel, puisque les enfants sont non pubères, la masturbation en occupe plus d’un. Nombreux sont ceux se touchant, se flattant ou se frôlant contre divers objets, histoire de se divertir, de s’apaiser, de se désennuyer ou de s’endormir.

L’heure du bain, les périodes de repos et les moments télé sont privilégiés.

Imiter et mimer les comportements adultes en jouant au papa et à la maman, aux métiers et aux jeux de rôle font ultimement partie de leur emploi du temps.

Quoi faire comme adulte ?

Primo, l’adulte doit reconnaître que les enfants ont aussi une sexualité et permettre son expression dans la mesure de l’acceptable. Brimer, refouler, refuser et interdire ces manifestations peuvent être à la base d’une exacerbation que l’on associe faussement au fait de parler du sujet.

Cadrer : voilà ce en quoi incombent vos responsabilités. D’abord, en éduquant sexuellement votre bambin.

Ils veulent et ont besoin de savoir, de contrôlez l’information. Leur fournir des données justes et appropriées est la stratégie préventive numéro un des agressions sexuelles. Aussi, la découverte du corps, incluant les organes génitaux et leurs fonctions, est certes à enseigner. Exit les choux et les cigognes ! Dites à vos tout-petits la réelle recette des bébés et la magie de leur mise au monde.

Usez des mots savants ; ils en seront contents !

Étant donné que le malaise, c’est principalement vous qui le vivez, descendez à leur niveau en oubliant votre perception d’adulte de la situation.

Vous redécouvrirez possiblement un merveilleux univers.

Qui sait ?