Fais-moi mal !

CHRONIQUE / « Salut Myriam. Je voudrais te faire part d’une de mes expériences (et interrogations). J’ai rencontré une fille et la chimie, côté sexe, était numéro un. Un vrai coup de foudre. Bref, mes meilleures relations sexuelles à vie et, pour un gars de 43 ans, j’ai de l’expérience de ce côté !

Il m’arrivait de la prendre par en arrière (vaginale) et, lors de son orgasme, elle adorait se faire claquer les fesses (et moi j’adorais aussi le faire). D’autres fois, son plaisir était tel que ses yeux étaient sur le point de virer à l’envers. Elle gémissait comme ça ne se pouvait pas. Son visage était crispé et à la fois détendu. On aurait dit qu’elle semblait possédée du démon ! 

Une autre fois, juste avant son éjaculation, elle m’a crié un gros « Fais-moi mal ! ». J’avoue que ça m’a surpris et, mis à part lui pincer les mamelons, je n’ai pas su comment réagir. C’était une fille à problèmes que je n’ai pas revue. Alors, je n’ai pas pu discuter avec elle à savoir ce à quoi elle s’attendait par « avoir mal ». Claque dans la face ? Hum ! pas certain. Ç’aurait pu faire un froid. J’avoue que c’est un peu bizarre de vouloir mélanger douleur et plaisir, mais j’imagine que l’être humain n’a pas encore fini de m’étonner par sa complexité et ses vices... Qu’en penses-tu ? Martin »

Plaisir/déplaisir, amour/haine, bonheur/douleur… en voilà cher Martin des contradictions pouvant définir les ébats sexuels de l’être humain, comme vous le dites si bien. Vous, l’homme expérimenté, s’est vu perplexe de vivre possiblement cette nouveauté sans préavis par un « fais-moi mal ! » bien senti. Pas étonnant que cette surprise après cette pratique pas nécessairement coutumière qu’est la fessée de l’arrière-train et le regard révulsé !

« Fais-moi mal ! », ça veut dire quoi ?

Dans le meilleur des mondes, il aurait fallu le demander à tête froide. Je conviendrai par contre qu’il est peu d’usage de poser ce type de question après à peine un ou quelques rendez-vous. Un « si jamais tu aimes la souffrance et que tu voulais que je te frappe ce soir, ce serait comment ? » me semble effectivement plus qu’inopportun. Alors pourquoi pas pendant, étant donné que la possibilité d’en reparler semble impossible ? Oui, tout de suite après sa demande, un « dis-moi comment ? » aurait peut-être pu clarifier la situation, ne vous laissant ainsi pas le bec à l’eau ! Un peu l’art de communiquer avec l’étranger ! 

« Et vous dans tout ça » 

Important de savoir où vous en êtes, Monsieur Martin ? Bien que l’on ne montre pas à un vieux singe à faire des grimaces, où en êtes-vous par rapport à vos pratiques sexuelles, vos préférences, vos valeurs, vos limites, vos tabous ? La claque sur la « foufoune » vous semble appréciable, grand bien vous en fasse ! Fait-elle pour autant de vous un homme aimant faire mal ? Un adepte du sadomasochisme ? Un sadique ? 

En voici un questionnement nécessaire, et ce, encore plus lorsque l’on pratique la sexualité sans intimité avec de tierces personnes, ici et là. Se définir en tant qu’être sexué actif, un mandat trop souvent bafoué en amenant plus d’un à commettre des gestes pour l’autre, pour se conformer, pour faire plaisir, voire même sans réellement y consentir faute d’y réfléchir.

Tout un mandat plus qu’intéressant que votre question ce matin, Martin ! Comme quoi la sexualité humaine est propre à chacun chacune. Il y a toujours de quoi en apprendre sur sa complexité, ses vices, comme vous le dites, mais encore plus sur ses divergences. Merci.