Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Des sextos aux lourdes conséquences pour les ados

CHRONIQUE / Concentrés, absorbés, hypnotisés, obnubilés par ce bout de technologie meublant leurs journées, leurs soirées et tant qu’à y être, leurs nuits…

Parents, voilà une description pouvant possiblement coller à vos jeunes ou moins jeunes qui, clairement, vous dépassent, voire vous exaspèrent. À l’ère où les adolescents sont quasi nés avec un téléphone, une tablette, un portable ou un ordinateur au bout des doigts, pas étonnant qu’il y ait un choc générationnel entre eux et vous, qui avez meublé votre adolescence fort autrement.

Que font-ils ? Avec qui échangent-ils ? À quoi s’adonnent-ils ?

Réponses floues, négociations interminables, tentatives de reprise de contrôle, consultations desdits outils pratiquement impossibles, incompréhension face à l’univers 2.0. Combien sont ceux se sentant dépassés, et par le fait même, incapables d’assurer la sécurité de leurs enfants dans ce monde adepte de technologie.

Parce que les sextos ont la cote, voici ce qu’il y a à savoir…

Sextos… qu’est-ce ?

— Lui : J’t’en manque.

— Elle : Cool, dis-moi comment ?

— Lui : Comme full, envoie-moi des nudes de toi.

— Elle : Ok, mais juste mes boules.

— Lui : T’es hot.

Un sexto, c’est l’envoi et la réception de messages sexuellement explicites, ou de photos, ou de vidéos de soi nu ou semi-nu via les technologies. C’est ainsi que DK Katzman, membre de la Société canadienne de pédiatrie, chercheuse et professeure de pédiatrie, définit ce phénomène mondial chez les jeunes.

Partisans des sextos ?

Les adolescents le sont-ils tous ? C’est en 2018 que l’équipe de recherche sur la sécurité et la violence dans les écoles québécoises de l’Université Laval publiait ces chiffres-chocs sur nos jeunes Québécois.

Il est rapporté que tout près d’un jeune sur quatre se faisant demander des photos à caractère sexuel accepte d’en envoyer. Proportion qui grimpe à un sur deux à l’âge de 15 et 16 ans. C’est de la photo ça !

Les demandes de clichés étant un phénomène tout de même assez répandu, elles proviennent davantage d’inconnus, chez nos jeunes de 13 à 14 ans, et de connaissances chez les plus vieux. Des proies faciles quoi ! Pourquoi ?

La période charnière qu’est l’adolescence amène son lot de prises de risque… et de pensées magiques ! Bien que très souvent au fait des dangers de ces pratiques grâce aux milieux scolaires, entre autres, ces jeunes demandent et envoient des sextos malgré tout.

Affirmation et découverte de soi, expérimentation, maintien d’une relation, pression de pairs, soif de popularité, « faire comme tout le monde », besoin de plaire, alouette, toutes des justifications suggérées par Katzman.

Conséquences judiciaires

Le cyberespace étant plus grand que nature, la perte de contrôle du message ou des photos grivoises est une perspective ô combien observée par ceux œuvrant auprès de la clientèle adolescente.

Exit domaine du privé, quand toute une école est au fait « du-quoi-et-du-comment du message », de quoi en chambouler plus d’un.

De plus, parce que la loi ne lésine pas avec les sextos pour les mineurs, la possession et la distribution de pornographie juvénile s’accompagnent de conséquences judiciaires, et ce, même si le ou les responsables sont aussi mineurs. Un pensez-y-bien.

Parents

Apprendre à connaître l’univers numérique de vos enfants incombe aussi de votre responsabilité.

Parler du sujet avec eux, même s’ils vous trouvent « lourds-pas-rapport-malaisants-pis-déconnectés », c’est une nécessité.

Usez également d’une autorité adaptée pour mettre vos règles d’utilisation. La gestion de la connexion Internet est une affaire également d’encadrement.

Finalement, un temps de qualité accordé à vos jeunes est primordial. Souvent réfugiés dans la grotte correspondant au sous-sol, sortez-les de là pour faire du sport, de la cuisine, de l’art, du plein air…

Même plus grands qu’il n’y a pas si longtemps, les adolescents ont encore besoin de leurs parents. À vous de jouer !