Cet appel qui changera une vie

CHRONIQUE / Parce que ce n’est pas vraiment de mes oignons… Parce que je ne suis pas certain à 100 %... Parce que ce gars-là, c’est mon ami quand même… Parce que ça ne doit pas être si pire… Parce que je vais empirer les choses… Parce que ça ne donnera rien… Parce que l’école va s’en occuper…

Les voici ces raisons entendues pour justifier le non-signalement au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ). Ecchymoses, changement d’attitude, abandon, comportement sexuel inadéquat, négligence, propos suspects, déclarations fortuites ; la plupart des adultes sont à l’affût du bien-être des enfants de leur entourage, mais combien sont ceux qui devant une situation embêtante, un malaise collectif ou un questionnement récidivant décrochent leur combiné pour faire leur devoir de citoyens ? Pas tant que ça… Pourtant !

Le devoir de tous

Tout adulte a l’obligation d’apporter l’aide nécessaire à un enfant qui désire signaler sa situation ou celle de ses frères et soeurs ou d’un autre enfant. Voici ce que dicte la Loi sur la Protection de la jeunesse dans l’article 42.

De ce fait, le ministère de la Santé et des Services sociaux reste bien clair : chaque adulte doit signaler toutes les situations d’abus sexuels et physiques, et ce, même s’il juge que les parents prennent des moyens pour mettre fin à la situation. Il peut également signaler les autres situations pouvant compromettre la sécurité ou le développement d’un enfant.

La peur, peut-être est-ce l’émotion ressentie à l’idée de mettre en application ce devoir de signalement ? Certains me disent craindre les représailles de l’entourage de l’enfant, être inquiets de faire pire que bien, ne pas vouloir briser le lien de confiance avec le jeune, être pris dans un engrenage judiciaire.

L’enfant d’abord, ensuite vous !

En premier lieu, les gains relatifs priment certainement les pertes, à court, mais surtout à long terme, pour la personne de moins de 18 ans vivant une situation malencontreuse. Rien n’est pire que d’être malmené à l’enfance. Voilà ce dont il est question.

Tout signalement au DPJ est anonyme et se fait dans le respect de la confidentialité. L’article 44 de la loi protège l’action de signaler. De ce fait, libre à vous de vous identifier ou non. Bien sûr que toute déduction reste probable pour celui qui cherche un coupable. Cela dit, tout n’est que supposition, voire qu’imagination. Aucune poursuite en justice ne peut également être intentée contre une personne fournissant de bonne foi des renseignements lors d’un signalement (art.43 LPJ).

Pertinence 

Pas à vous. « Signaler pour rien », ce n’est jamais dans mon livre à moi ! Inutile de chercher des certitudes de midi à 14 h ! Personne ne criera au dérangement. Même les simples inquiétudes sont accueillies.

D’un doute récurrent aux gestes évidents, l’évaluation des propos rapportés est assurée par les professionnels oeuvrant dans le milieu en fonction de facteurs précis. Tout ce que vous avez à faire, c’est d’exposer vos observations, constations, appréhensions et confidences reçues. Point barre. L’équipe se charge de la suite !

Retenu ou non, votre signalement sera l’objet d’une analyse pour ensuite être minimalement conservé deux ans dans un dossier attribué à l’enfant. Un suivi à cet égard est d’ailleurs effectué.

Quoi dire ?

Laissez-vous guider par cette personne experte, probablement travailleuse sociale, qui vous aiguillera. Coordonnées de l’enfant, faits inquiétants, implication du parent, caractéristiques des événements rapportés, facteurs de vulnérabilité de ce dernier, ressources déjà impliquées ; chaque élément peut être un point investigué.

Puisque faire un signalement au Directeur de la protection de la jeunesse, c’est déjà de protéger un enfant, faites-le donc !

En plus de taire vos préoccupations, vous ferez la différence dans la vie de ce dernier. Bravo !