Ces objectifs illusoires

CHRONIQUE / Autonomes, vous l’êtes assurément. Un peu comme dans le domaine de la santé, je vous vois défiler dans mon bureau avec une idée précise. À la grâce de Dieu ou plutôt d’internet, nombreux sont ceux vites sur la gâchette du diagnostic. Trouble érectile, baisse de libido, anorgasmie, éjaculation précoce, alouette, vous me nommez votre possible « mal » comme s’il s’agissait en plus d’une évidence, d’une finalité en soi. Pas si d’accord avec vous ! C’est, dans bien des cas, autre chose que je constate !

Et si nous parlions d’objectifs ? Non de ceux agonisant chacun de vos muscles, réclamant un peu plus de divan. Ni de ceux renflouant vos coffres jusqu’à débordement. Encore moins de ceux vous faisant passer de la boutique spécialisée à celle de la taille inexistante. 

Je parle, bien entendu, d’objectifs sexologiques. Bien que nécessaires pour diverses sphères de la vie, ces fameux objectifs sont-ils réellement un gage d’optimisation de la sexualité ou au contraire, une épée de Damoclès poussant un peu plus la machine du stress, de l’angoisse voire du désespoir vers cette utopique réussite ? Quitte à passer pour cette professionnelle rabat-joie, je me dois de déconstruire ce mirage entourant peut-être votre vision illusoire. 

Vieillissement

Membre de la FADOQ, êtes-vous de ceux visant l’érection d’antan survenant à la brise du vent ? Êtes-vous de ceux réclamant encore et toujours cet angle menant gland et nombril nez à nez ? 

Ménopausée, êtes-vous de celles implorant de grandes marées une fois couchées ? 

Hélas, le vieillissement étant ce qu’il est, bien qu’avec une hygiène de vie impeccable, il est possible que certains entretiennent effectivement des objectifs irréalistes à l’égard de leur biotope, qui ne suit que le cours de la vie. Avant d’envisager le pire, rappelez-vous que s’il n’y a qu’une seule justice sur Terre, c’est bien celle de tous et toutes vieillir incluant vous aussi ! 

Charge mentale

Le mal du siècle ! Combien vois-je de ces petites mères m’invoquant la clé du succès pour mener cette fréquence sexuelle bihebdomadaire dite normale par leur revue psycho-pop. 

Entre métro-boulot-dodo, hockey du plus vieux, menus dignes des quatre groupes alimentaires, ménage, garage, amenez-en de l’ouvrage, même la plus friande de sexe risque de voir ses ardeurs décliner. L’épuisement, bien qu’on s’en accoutume un tant soit peu mentalement, le corps, quant à lui, priorise l’essentiel soit la récupération. Ça va de soi ! 

En faire moins, mettre l’accent sur l’élémentaire pis encore, s’accorder du repos, en voici un objectif louable ayant certainement un effet sur cette fameuse libido. 

Dysfonction sexuelle

Parce que la vie, la vraie de vraie, ce n’est pas du cinéma. L’orgasme à coup sûr, assurément, 100 % du temps, c’est digne des films 18 et plus. Avant de crier à l’anorgasmie pure et dure, comprenez que la sexualité n’est ni toute blanche, ni toute noire. Il y a officiellement lieu de trouver satisfaction ailleurs que dans la jouissance à deux.

Idem pour l’éjaculation précoce. Éjaculer trop vite, ça veut dire quoi ? Certainement messieurs, que vous n’y accorderez pas la même définition après vos trois semaines de durs labeurs à la Baie-James qu’après votre escapade en amoureux à Cayo Coco. Et si votre moyenne de « durée au bâton » se voyait tout simplement influencée par ces facteurs dits situationnels ? Relativement plausible ! 

Parce que tout est relatif dans la sexualité comme dans partout ailleurs, avant de vous voir fatalistes, n’y a-t-il pas lieu de faire preuve de réalisme ? Un objectif bien fixé peut sensiblement changer votre vision de vous-même et de votre sexualité. Pensez-y !