Se tenir debout au coeur de la tempête

CHRONIQUE / Depuis plusieurs mois, nous sommes assaillis de révélations scandaleuses touchant l’Église. De semaine en semaine, de mois en mois, ce que nous lisons ou ce que nous entendons nous heurte. Dans certains médias traditionnels et sociaux, on se demande si l’Église survivra à tous les scandales qui font surface ; d’autres annoncent le fait que nous assistons à une faillite monumentale de l’Église. Certains titres sont percutants, voire choquants. En conscience, je me dois de dire qu’ils ont raison de l’être. Car ils nous révèlent selon les faits rapportés, l’invraisemblable. Chaque fois que je lis un titre et l’article qui le suit, j’ai l’impression que mon coeur est traversé d’un sentiment de grande tristesse. La honte, le dégoût, l’écoeurement, la rage, la révolte, l’humiliation et la déception sont des sentiments qui m’habitent. Je suis solidaire de ces femmes et ces hommes qui osent se lever et dénoncer ce qu’ils ont vécu de plus odieux. L’Église, comme institution, mais aussi comme famille, est confrontée à une vérité qui est loin d’être à la hauteur de ce qu’elle aspire à être.

Pour reprendre une image biblique, mais aussi une image que bien des gens s’aventurant sur un lac ou sur la mer connaissent, l’Église est au coeur d’une tempête. Une tempête qui, comme l’hiver que nous avons connu, n’en finit plus de finir. Comment doit-on se comporter ? Comment doit-on s’adapter ?

L’Église, une famille

Cette Église, dont nous parlons, j’y suis personnellement incorporé par mon baptême. J’y suis membre. Elle n’est pas seulement une institution, mais elle est une famille, ma famille. Une famille non pas seulement composée du pape, des évêques et des prêtres, mais aussi de tous les baptisés. Mais dans les faits, connaissez-vous une famille qui est parfaite ?

Dans certains moments de réflexion, il m’est arrivé de penser à des parents dont l’enfant a commis l’irréparable auprès de plusieurs en commettant un meurtre ou en tuant plusieurs personnes comme cela a été le cas ici même, au Québec. Malgré la dure réalité de l’événement, malgré la honte immense qui devait habiter leur coeur, ces parents, du moins de ce qui nous a été révélé, ont continué d’aimer. Non pas parce que l’amour excuse tout. Mais parce que cette personne est leur enfant. Évidemment, les regards et les jugements de toutes sortes auxquels ces derniers ont eu à encaisser ou encaissent encore ne sont pas faciles. Tant bien que mal, ils font tout pour se tenir debout.

La raison de mon engagement en Église

De mon côté, chaque fois que j’ai été habité par le découragement, je suis revenu à ceci : « Suivre Jésus-Christ, voilà ce que je veux ! » C’est d’ailleurs toujours ce que j’ai voulu. Et je vais continuer de le faire en tant que baptisé, membre de cette Église. Je vais continuer de le faire comme prêtre, même si, tous les prêtres, y compris les évêques, sont sources de suspicions. Lorsque je regarde Jésus, Lui-même, rappelons-le, ne l’a pas eu facile. Souvenez-vous de Judas, qui l’a vendu pour quelques pièces de monnaie, de ses apôtres, qui ont fui au moment de son arrestation à Gethsémani, de Pierre, qui l’a renié à trois reprises. « Belle gang ! », diront certains. Et c’est à cette même gang que Jésus, après sa résurrection, a confié la mission de le faire connaître, Lui et le message de l’Évangile. Notre Église n’a jamais été parfaite. Elle ne l’est pas aujourd’hui. Et elle ne le sera jamais. Je ne dis pas ici que je cautionne le mal. Non, pas du tout ! N’en déplaise à certains éditorialistes ou à certains chroniqueurs, l’Église est humaine et non angélique. Elle est composée de femmes et d’hommes qui ont leurs limites, leurs blessures de tous les ordres, mais qui possèdent également de nombreuses qualités et de beaux potentiels.

Qui dit crise, dit moment de vérité

La tempête au coeur de laquelle nous sommes, à la suite des révélations mises à jour, n’est pas sans nous confronter à nous-mêmes. Elle nous éprouve dans nos certitudes, dans nos valeurs, dans notre foi en Dieu et en l’être humain, dans notre appartenance ecclésiale. Elle nous oblige à faire la vérité. Comme le dit l’adage : « La vérité rend libre ». Elle rend libres ces femmes et ces hommes qui osent se lever. Elle rendra libre, du moins, je l’espère, l’Église qui est confrontée à une réalité. Celle-ci a pris acte de ce qui s’est passé. Elle est appelée à se donner des moyens pour que cela n’arrive plus. Nous pouvons souhaiter qu’elle aura toujours ce souci de protéger les personnes.

Appel à la solidarité

En nous faisant solidaires de celles et ceux qui, avec courage, osent dénoncer, nous avons aussi à nous tenir ensemble dans cette traversée difficile. Comme le dit le proverbe : « Dieu ne nous promet pas une traversée facile, mais il nous assure une arrivée à bon port. » Ensemble, gardons le regard sur Jésus-Christ et apprenons à être cohérent entre notre foi et notre agir au quotidien.

Jean Gagné, prêtre