À 20 ans, Sandrine Simard devient la deuxième basketteuse des Gaillards du Cégep de Jonquière à se hisser au rang universitaire.

Sandrine Simard rejoint les « grands »

Sandrine Simard a toujours fait tourner les têtes. À 6 pieds 3 pouces, la jeune femme de 20 ans a perdu le compte du nombre de fois où elle a dû répondre aux questions d’inconnus, fascinés par un physique qu’elle qualifie elle-même d’« hors-norme ».

Si, à une certaine époque, la jeune Sandrine aurait bien souhaité habiter un corps moins atypique, aujourd’hui, elle ne changerait sa silhouette pour absolument rien au monde. Couplée à ses talents de basketteuse, sa taille lui a valu d’être recrutée par l’équipe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). À compter de l’automne prochain, elle deviendra donc la deuxième joueuse de l’histoire des Gaillards du Cégep de Jonquière à se hisser dans les rangs universitaires.

L’étudiante en sciences humaines, profil sport études, doit se pincer pour se convaincre de la réalité de que ce qu’elle vit depuis la récente signature de son contrat avec l’UQAM. Il y a quelques années, alors que ses compères l’affublaient de quolibets parce qu’elle tranchait avec les standards corporels de l’école et de la société, Sandrine pouvait difficilement s’imaginer devenir un jour un pilier de ce sport devenu, pour elle, une source d’oxygène. 

À une époque où Sandrine Simard éprouvait des difficultés d’apprentissage importantes, la perspective de s’asseoir sur les bancs d’une université lui paraissait pour le moins surréaliste. Mais à force de persévérance et guidée par sa passion pour le basket, elle accède aujourd’hui à un univers où les ambitions les plus grandes sont permises.

« J’ai eu beaucoup de mal à accepter que j’étais ‘’anormalement grande’’ et ça a pris du temps avant que je me sente bien dans mon corps. Je ne suis pas juste grande, je suis aussi assez costaude et quand j’étais plus jeune, je ne me trouvais pas féminine. Dans ma tête, je ressemblais d’un homme », raconte Sandrine, rencontrée au gymnase du Cégep de Jonquière, où elle a enfilé le maillot des Gaillards pour se prêter au jeu des photos.

Regard des autres

À moult reprises par le passé, Sandrine a senti des regards inquisiteurs se poser sur son corps. Cette curiosité insistante manifestée par de parfaits étrangers, souvent accompagnée de non-dits évocateurs, lui a souvent procuré le sentiment d’être une bête de cirque. C’était à l’adolescence, cette période charnière dans la vie d’une jeune fille, où la quête identitaire et l’image corporelle revêtent une importance capitale. Aux observations des gens se sont ajouté les commentaires et les questions directes en lien avec son physique, faisant en sorte que cette impression de « différence » devenait de plus en plus appuyée. Il faut dire que lorsque l’on chausse du 13 et que l’on doit faire confectionner ses pantalons sur mesure, il y a de quoi se sentir un tantinet distincte, singulière dans une mer d’adolescentes qui semblent avoir été construites à partir du même moule. 

« Je ne comprenais pas l’attitude des gens. Quand on voit une personne obèse morbide et qu’on la regarde avec curiosité, on ne va pas la voir pour lui demander combien elle pèse. Moi, tout le monde me posait des questions sur ma grandeur sans aucune gêne. Vers 16 ou 17 ans, je mesurais environ six pieds et j’ai décidé de m’accepter comme j’étais et de m’aimer. Encore aujourd’hui, les gens viennent me voir et me posent des questions. Ça ne me tente pas toujours de répondre, mais je le fais quand même », note Sandrine, qui dégage une assurance qui n’a absolument rien à voir avec sa taille. Tout se passe dans le regard. 

« T’es belle Sandrine »

Deuxième d’une famille de cinq enfants, Sandrine Simard se démarque de la fratrie. Ni ses sœurs ni ses frères ne sont très grands. Ses parents non plus. À l’adolescence, sa mère, Hélène, son père, Gerry, et la conjointe de celui-ci, Cindie, lui répétaient sans cesse : « T’es belle Sandrine». L’amour et l’encouragement de ses proches ont joué pour beaucoup et ont eu un impact significatif dans le cheminement de la jeune femme. Ces appuis lui ont permis de gagner en confiance. Il lui en fallait une bonne dose pour devenir une basketteuse de haut niveau, imposante et performante, redoutée par ses adversaires, particulièrement autour du panier.

Malgré une pause du basketball de trois années, un TDA et des difficultés d’apprentissage, Sandrine Simard étudiera en adaptation scolaire à l’UQAM dès septembre et jouera pour l’équipe féminine de basket de l’Université, les Citadins.

Une pause de trois ans

Le succès de Sandrine Simard est remarquable, considérant les écueils rencontrés par l’athlète tout au long de son parcours scolaire. 

Après quatre années de basketball, d’abord dans les rangs du Bleu et Or d’Arvida, en minibasket, puis avec l’équipe de l’École secondaire Kénogami, Sandrine a cessé de jouer. Une blessure, jumelée à une baisse marquée de ses notes, l’ont forcée à prendre une pause de trois ans, à partir de la deuxième année du secondaire.

« En secondaire cinq, mon professeur d’éducation physique, Jérémie Lavoie, a vu le potentiel en moi. Il a communiqué avec mon entraîneur actuel, Jean-Michel Bergeron, qui m’a vue comme un projet de développement. J’ai joint les Gaillards l’année suivante et, malgré trois ans de pause, j’étais sur le cinq partant », raconte Sandrine Simard, qui n’a que de bons mots à dire à l’égard de son entraîneur, à qui elle voue une admiration sans bornes et en qui elle a une confiance presque aveugle. 

« Il m’a dit : ‘’tu vas te rendre à l’universitaire Sandrine’’. Je me disais ‘’c’est fou’’. Je n’arrivais pas à y croire », raconte-t-elle, avec trois ans de recul. La première année s’est avérée difficile. Confrontée à un diagnostic de trouble du déficit de l’attention (TDA), l’étudiante a encaissé quelques échecs. Elle s’est retroussé les manches, a jeté sa médication aux effets indésirables dans la poubelle et s’est remise sur la voie de la réussite scolaire.

Démarches

C’est à l’initiative de Jean-Michel Bergeron que des démarches ont été entreprises auprès de directions d’équipes universitaires québécoises pour permettre à Sandrine de poursuivre sur sa lancée et d’être reconnue à sa juste valeur. Bishop et Concordia ont manifesté de l’intérêt, mais c’est avec l’UQAM que « ç’a cliqué », pour paraphraser Sandrine.

Le contrat a été signé la semaine dernière. Dès l’automne, la basketteuse, qui utilise sa robustesse pour jouer « physique et agressif », enfilera l’uniforme des Citadins. Dans la ville aux cent clochers, elle poursuivra des études en adaptation scolaire et en enseignement préscolaire primaire. Il s’agit d’une passion pour Sandrine, elle qui adore les enfants et qui a longtemps « catiné » avec son petit frère, dix ans plus jeune. 

La deuxième pointeuse des Gaillards cette saison a l’intention de vivre son rêve à fond, en ne négligeant pas ses études d’un poil. C’est d’ailleurs en raison de la rigueur et de la qualité de l’encadrement offerts par l’équipe de l’UQAM que le choix de Sandrine s’est arrêté sur cet établissement. 

« Ils misent beaucoup sur la réussite scolaire. C’est très important pour eux et ça l’est pour moi aussi », met en relief Sandrine qui, du même souffle, confesse sa fébrilité, à quatre mois de l’exil vers la grande ville. 

L’étudiante a donc l’intention d’y mettre tout son coeur, en conciliant études et sport et en nourrissant cette ambition de pratiquer un jour son futur métier en région. À moins que le basketball ne l’entraîne temporairement vers d’autres cieux, les rangs professionnels par exemple, en Europe ou aux États-Unis. Pour l’instant, toutes les possibilités sont sur la table et force est de convenir que l’avenir brille de tous ses feux devant les yeux allumés de Sandrine Simard. La jeune femme, pourvue d’une âme manifestement aussi grande qu’elle, aimerait également s’investir dans la communauté régionale de basketball dans les années à venir.

« J’aimerais vraiment redonner au basket un peu de ce qu’il m’a donné », dit Sandrine. Elle pense que son histoire pourrait servir de motivation à de jeunes joueurs stoppés dans la poursuite de leur rêve par le fait qu’ils croient, à tort, qu’un tel parcours est réservé aux premiers de classe.