Nathaniel Ouimet et Andréanne Robichaud comptent démarrer leur propre entreprise de vêtements de plein air, un projet auquel il sera plus facile de se consacrer financièrement dans deux ou trois années, moment où ils pensent avoir fini de payer leur minimaison.

Saint-Nazaire, mini terre d’accueil

Pendant des mois, les jeunes Nathaniel Ouimet et Andréanne Robichaud n’ont pu habiter leur jolie minimaison, dans la région de Québec, car la municipalité leur mettait des bâtons dans les roues. C’est à Saint-Nazaire, au Lac-Saint-Jean, qu’ils ont finalement trouvé la terre d’accueil parfaite pour leur mode de vie minimaliste.

Le Progrès a rencontré le couple dans la vingtaine sur leur terrain du Complexe de l’Érablière, en zone boisée, mais à cinq minutes de voiture de la municipalité. Nathaniel et Andréanne, respectivement originaires de Coaticook et de la Beauce, s’y sont installés il y a deux mois, et désirent maintenant partager l’exemple d’ouverture de Saint-Nazaire, notamment en matière de réglementation. Le comité d’urbanisme a longtemps travaillé pour que le complexe de villégiature puisse accueillir à la fois des maisons dites normales, des minimaisons sur fondation et des minimaisons sur roues, comme celle du couple.

« Ce sont des pionniers, surtout pour les minimaisons sur roues. Ailleurs, c’est plus toléré que réellement intégré », affirment Nathaniel et Andréanne.

Les amoureux ont commencé à parler de ce projet au début de leur relation. Avec leur idée en tête, ils ont fait affaire avec un constructeur de Gatineau. Les matériaux sont de 80 à 90 % d’origine canadienne. Le couple a joué avec les textures. Le bois foncé et le turquoise sont à l’honneur. « Quand c’est petit comme ça, c’est important de tout aimer ! », souligne Nathaniel.

Tout est rangé à sa place. Le lit se trouve sur une mezzanine. Assis sur le divan, on a les pieds dans le vide. Au fond se trouve la salle de bains, avec sa douche de style italien.

La minimaison fait 24 pieds de long et 8,5 de large, mais la hauteur de 13,5 pieds et les grandes fenêtres font qu’on ne s’y sent pas à l’étroit.

« C’est rare que dans une maison, on utilise tout l’espace, explique Andréanne. Il y a beaucoup de “au cas où”. Au cas où trois personnes viendraient nous visiter, au cas où on aurait plus d’enfants… Ici, on ne manque pas d’espace, mais il est complètement utilisé ! »

Zone grise
Le couple a d’abord installé la maison sur le terrain du père d’Andréanne, en zone rurale, à Saint-Narcisse-de-Beaurivage, dans la région de Québec. Ils voyaient ce deuxième logement comme un pavillon-jardin et étaient prêts à payer des taxes.

« On se trouvait dans une zone grise, admettent Nathaniel et Andréanne. On a plutôt été considérés comme un bâtiment principal. On nous a traités de hors-la-loi, de criminels ! On a fait beaucoup de démarches pour se faire accepter, mais c’était un dialogue de sourds. »

Selon eux, cela est symptomatique dans le cas des minimaisons : les municipalités ne sont pas prêtes à adapter leur réglementation, parce que la charge de travail est trop lourde ou que les craintes sont trop fortes.

Les propriétaires prennent alors les devants.

« Il n’y a rien qui bouge sinon », déplore Nathaniel. Sa conjointe et lui étaient toutefois certains que le concept de pavillon-jardin, un logement secondaire évoqué par la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, pouvait s’appliquer à Saint-Narcisse-de-Beaurivage. Leur minimaison est finalement restée six mois dans la municipalité, sans qu’ils puissent l’habiter.

Une solution
Même si les minimaisons sont plus acceptées sur la côte ouest canadienne, les deux jeunes gens désiraient demeurer au Québec. Saint-Nazaire est apparue comme la meilleure solution dans leurs recherches. Leurs taxes municipales sont calculées selon la valeur du terrain, environ 30 000 $, et de l’habitation. Une minimaison complètement aménagée peut coûter de 50 000 à 175 000 $, selon la qualité des matériaux.

« Ici, nous sommes un bâtiment principal, on n’en revient pas ! »

Nathaniel Ouimet et Andréanne Robichaud assurent ne pas manquer d’espace dans leur maison, mais ils profitent de tous les coins!

Nathaniel et Andréanne, qui ont trouvé un emploi aux alentours en attendant de lancer leur propre entreprise de vêtements de plein air, découvrent le Saguenay–Lac-Saint-Jean avec plaisir.

« Nous sommes contents, on aime la région, confient-ils. Tranquillement, le mouvement des minimaisons avance. On préfère le calme et la nature, alors notre coin est parfait. En plus, c’est central, on a accès à tous les services à proximité. »

Le couple a prêté une grande attention à la décoration.
La chambre est accessible via un escalier, et l’espace dessous est optimisé pour le rangement.
Même si elle occupe peu de pieds carrés, la minimaison offre un espace intéressant en hauteur.

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À BRAS OUVERTS

Le maire de Saint-Nazaire, Jules Bouchard, a souhaité chaleureusement la bienvenue aux nouveaux ambassadeurs du mouvement des minimaisons dans sa municipalité, une tendance qui peut aider à « revitaliser » le coin selon lui.

Il est venu serrer la main à Nathaniel Ouimet et à Andréanne Robichaud, ravis de cette marque d’hospitalité, au moment même du passage du Progrès au Complexe de l’Érablière.

« J’aurais dû venir avant ! Si vous avez des besoins, n’hésitez pas à venir nous voir à l’hôtel de ville. Vous êtes ici chez vous, vous êtes conformes, et en plus, vous apportez des taxes ! », leur a dit le maire en souriant. La venue de jeunes propriétaires amène de la vitalité à Saint-Nazaire, a-t-il ajouté, plus sérieusement, visiblement enthousiasmé par l’aménagement de la minimaison.

« Ce n’est pas du camping », souligne-t-il.

« Les autres municipalités vont regarder attentivement ce qui se passe ici, croit le promoteur du développement de villégiature, Bruno Boily. On sent qu’il y a un besoin, mais le marché ne nous est pas très favorable présentement, les maisons se vendent à bas prix. »

Des terrains pour les minimaisons, de 7000 à 9000 pieds carrés, sont déjà prêts. Il ne reste que la fosse septique à creuser. Le Complexe de l’Érablière est résidentiel à 40 %, et le reste est considéré comme une zone de villégiature, avec, par exemple, des sentiers pédestres.

« Ça se prête bien pour les minimaisons, croit M. Bouchard. À l’époque, je travaillais sur le dossier comme conseiller municipal. Il y avait beaucoup de normes à vérifier, notamment pour la sécurité incendie. »

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"UNE IDÉOLOGIE"

Pour Nathaniel Ouimet et Andréanne Robichaud, vivre dans une minimaison représente un choix de vie conforme à leurs valeurs écologiques et citoyennes, en plus de leur permettre un accès plus rapide à la propriété.

«Techniquement, on a moins de pouvoir d’achat que nos parents au même âge. Dans deux ou trois ans, on devrait avoir fini de payer la maison. On va pouvoir se consacrer à d’autres projets, comme notre entreprise», indique le couple, qui souhaite aussi fonder une famille.

«Une minimaison, ça évolue selon les besoins. On aimerait construire une annexe, qui serait une chambre pour les enfants. Mais ça, ce sera un autre défi à voir avec la municipalité pour la réglementation !»

Habiter un petit espace fait en sorte que tout achat doit être réfléchi, une bonne façon de freiner la surconsommation. «On veut avoir moins d’objets, mais de meilleure qualité. C’est important quand on voit le non-sens de la globalisation et la centralisation de la production», expriment Nathaniel et Andréanne, qui ont respectivement étudié en développement international et en conception textile.

Au Complexe de l’Érablière, les minimaisons sont rassemblées en îlots d’au moins six propriétés, organisées comme des condominiums. Les propriétaires forment une assemblée de propriétaires, élisent un président et régissent leur îlot. La formule empêche que chacun puisse faire n’importe quoi, ce qui est souvent craint par rapport aux minimaisons.

«Avec la réglementation, on peut réduire toutes les peurs liées aux minimaisons, comme la perte de qualité visuelle dans le quartier ou le surtaxage», croient Nathaniel et Andréanne, qui sont attirés par l’aspect de vivre en communauté.

«Quand on sera plus, on pourra avoir des espaces communs, comme une grande cuisine, une salle de rassemblement, etc.»

Le couple aimait bien l’idée de vivre avec le père d’Andréanne à Saint-Narcisse-de-Beaurivage, ce qui créait une cohabitation multigénérationnelle et de l’entraide, une alternative au placement des aînés en résidence. À Saint-Nazaire, les minimaisons peuvent attirer des jeunes et des retraités, ce qui fera un beau mélange selon eux.

Avec une habitation sur roues, le couple garde la possibilité de déménager selon les opportunités d’emploi, mais compte s’établir au Lac-Saint-Jean pour une dizaine d’années au moins.

«Habiter une minimaison, c’est une idéologie, résument Nathaniel et Andréanne. Ce n’est pas juste une question de revenus, comme les maisons mobiles qui ont un certain préjugé négatif. Beaucoup de personnes, qui ont les moyens pour une plus grande propriété, ont fait le choix d’une minimaison.»

Le Mouvement québécois des minimaisons a d’ailleurs été fondé récemment. Son président, le Saguenéen Benoît Tremblay, désire démocratiser cette tendance auprès des municipalités. Il est également directeur général de l’entreprise spécialisée en construction de bâtiments ergonomiques Vivre en mini.