Vue des remparts de Saint-Malo, a partir de la porte Bidouane

Saint-Malo et la côte d'Émeraude: beauté sauvage

Saint-Malo peut presque être considéré comme un passage obligé pour qui visite le nord de la Bretagne. Malgré les années qui passent, les liens privilégiés qu’entretient le Québec avec la ville natale de Jacques Cartier ne se démentent pas. Or, les environs de la ville corsaire regorgent de lieux spectaculaires où le goût iodé des huîtres vient s’ajouter à la beauté sauvage des paysages. Exploration d’est en ouest.

CANCALE, POUR LE VENTRE ET LES YEUX

Cancale, Bretagne — Frédéric Petit a tout lâché pour venir s’installer à Cancale. Quand on lui demande ce qu’il veut dire par «tout», ce photographe amateur devenu vendeur d’huîtres répond par une enfilade de villes qui laisse deviner une feuille de route de vrai bourlingueur : Paris, Fréjus sur la Côte d’Azur, Cahors en Occitanie…

Tous les jours depuis huit ans, il s’installe à son étal au port de la Houle. À cette extrémité du port, huit stands aux rayures blanc et bleu proposent aux passants — habitués comme touristes — le meilleur de la baie du Mont-Saint-Michel : les fameuses huîtres, tout juste sorties de l’eau. On ne les trouvera pas plus fraîches. On les achète à la douzaine pour les rapporter chez soi ou, mieux encore, on les déguste directement sur la jetée, le nez au vent.

Il faut dire qu’elles sont célèbres dans tout l’Hexagone, les huîtres de Cancale. C’est d’ailleurs grâce à elles que le petit bourg serait devenu une véritable ville, autour de 1545 : le roi, voyez-vous, aimait beaucoup les servir à sa table…

À cette époque, les seules huîtres sauvages qu’on pouvait récolter dans la baie étaient plates, explique Inga Smyczynski, qui offre des visites sur les chantiers ostréicoles qui jouxtent le port. «Au XIXe siècle, il pouvait y avoir des centaines de bateaux, appelés bisquines, qui partaient draguer le fond. Il n’y avait pas de quota : la ressource a fini par s’épuiser. Désormais, les huîtres de Cancale sont uniquement d’élevage.»

Les huîtres plates sont toujours cultivées, mais ce sont les huîtres creuses — dont la croissance est plus rapide — qui ont aujourd’hui la cote. «Elles arrivent du Japon et se reproduisent dans des eaux moins froides [dans le bassin d’Arcachon, notamment] avant d’aboutir dans les chantiers de Cancale.»

Installées en sac sur des tables, elles filtrent l’eau riche en nutriments qui va et vient au gré des marées.
Avant de finir sur l’étal de Frédéric Petit, elles font plusieurs va-et-vient en tracteur entre la mer et l’usine où elles sont triées et calibrées.

Frédéric Petit et ses voisins du port de la Houle proposent des huîtres creuses de toutes les tailles, mais aussi des huîtres plates, appelées Pied de cheval, certaines aussi grosses qu’une assiette à dessert qui peuvent avoir entre 10 et 20 ans d’âge. Pour ouvrir ces dernières, il utilise un couteau crochu au manche rongé par l’eau de mer, aussi gros que celui d’un marteau. Petites ou grosses, les huîtres plates possèdent toutes un goût de noisette très prononcé, auquel il faut s’habituer.

Pour ouvrir les huîtres creuses, Frédéric Petit préfère toutefois utiliser un couteau à lame simple et rigide.
Un simple coup de poignet suffit : clac, clac, clac. En voilà trois d’ouvertes!

En août, quand l’achalandage sur le port est à son maximum, il peut servir 150 assiettes — soit 150 douzaines — en une journée. Derrière lui, les coquilles vides s’accumulent par centaines en un tas impressionnant. «Ce sont les grandes marées qui se chargent de ramasser tout ça.»

Il rappelle aux touristes de jeter la première eau des huîtres — trop salée — avant de les porter à leur bouche. La deuxième, sécrétée par les huîtres, peut aussi être jetée. La troisième, voire la quatrième eau, est souvent la bonne…

Hors les huîtres

L’intérêt de Cancale, situé à 15 km environ à l’est de Saint-Malo, ne se limite pas à ses huîtres. Ses maisons colorées, qu’on dirait presque empilées les unes sur les autres, forment aussi un très beau spectacle. Et la ville sert de point de départ pour une très belle randonnée de 7 km (aller seulement) vers la pointe du Grouin par le sentier des Douaniers.

La pointe, avec ses falaises qui se jettent dans la mer, offre l’un des plus beaux points de vue des environs. Par temps clair, on peut voir la silhouette du Mont-Saint-Michel d’un côté et le cap Fréhel de l’autre. Impossible pour nous de confirmer; la météo n’a pas collaboré lors de notre passage. Mais qu’importe. On a tout de même pu apprécier le paysage sauvage de cette pointe qui domine la mer à 50 m de hauteur et voir l’île des Landes, face à la pointe du cap. Cette réserve ornithologique, qui ne se visite pas, abrite goélands argentés, goélands marins et cormorans, notamment.

Une curiosité poétique à découvrir sur la route de retour vers Saint-Malo : les rochers sculptés de Rothéneuf. De simples rochers, comme ceux qu’on trouve sur toute la côte, ont été transformés, à la fin du XIXe siècle, en un étonnant grimoire minéral par les soins de l’abbé Fouré. À demi paralysé, sourd et muet, l’homme a passé 25 ans de sa vie à sculpter le granit pour créer, au marteau et au burin, quelque 300 personnages sortis tout droit de son imagination : corsaires, nains, pêcheurs. Le temps a fait son œuvre et plusieurs sculptures sont aujourd’hui méconnaissables parce que trop usées, mais il en reste encore quelques-unes à admirer dans ce vaste tableau de 500 m2.

Huîtres au ventre, yeux remplis de beauté et cœur léger grâce à l’imagination de l’abbé Fouré… Cancale et ses environs auront nourri le corps en entier.

Une partie des frais de ce voyage a été payée par le Comité régional Tourisme Bretagne, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu du reportage. www.tourismebretagne.com

BONS PLANS À SAINT-MALO

Quelques lieux à inscrire à l’itinéraire, pour s’offrir le meilleur de la ville corsaire

Paresser à la plage

Saint-Malo ne manque pas de plages où lézarder : plage du Môle, de Bon-Secours, de l’Éventail… Mais la plus belle du coin (et même de toute la France, selon un sondage mené en février dernier par TripAdvisor) reste la grande plage du Sillon. Bordés par un muret qui protège la ville des marées, ses trois kilomètres de sable blond à la propreté impeccable offrent plusieurs activités : char à voile, baignade, surf à pagaie et longe-côte, sorte de randonnée pédestre aquatique qu’on fait en longeant la côte. Tonique!

Manger un kouign-amann

Dans ce traditionnel gâteau breton — inventé par hasard, dit-on —, il y a du beurre (beaucoup) et du sucre (pas mal aussi). Il n’y a pas de hasard : «amann» veut dire «beurre» en breton. Intra-muros, plusieurs boutiques et étals offrent leur interprétation de cette pâtisserie boulangère. La meilleure qu’on a trouvée est à la maison Georges Larnicol. Chez ce meilleur ouvrier de France, on trouve des «kouignettes», en version mini. Nature, elles sont craquantes; quand on y ajoute du caramel à la fleur de sel, elles deviennent décadentes! Aussi : palets, gâteaux bretons, biscuits…
6, rue Saint-Vincent
larnicol.com

Manger comme les Malouins

Les quelque 1500 Malouins qui vivent intra-muros toute l’année ne s’approvisionnent pas dans les boutiques pour touristes. Ils filent plutôt rue de l’Orme, où se trouve la plus haute concentration de commerces de bouche à l’intérieur des remparts : poissonnier, boucher, vendeurs de fruits et de légumes, fromager. On trouve même ici une boutique et un bistro consacrés au beurre Bordier, malaxé de manière artisanale et prisé par plusieurs grands chefs de France. La rue débouche sur la Halle au Blé, où se tient toute l’année un marché couvert bihebdomadaire.

Plonger dans une piscine à l’eau de mer

Marée haute à la plage de Bon-Secours, au pied des remparts. Un plongeoir aux échelles couvertes d’algues émerge au milieu des eaux, comme sorti de nulle part. Le mystère s’éclaircit à marée basse. Le plongeoir surplombe un large bassin, construit dans les années 30, qui se remplit d’eau de mer chaque fois que la marée monte. C’est l’endroit où faire ses longueurs dans l’eau iodée sans se soucier des vagues. L’eau s’y réchauffe même un peu entre deux marées. Un endroit étonnant au milieu d’un décor marin splendide.

Visiter une cathédrale du XXe siècle

Pendant sept jours en août 1944, les Alliés bombardent Saint-Malo et détruisent 80 % de la ville close.
Les remparts sont miraculeusement épargnés, mais pas la cathédrale Saint-Vincent, dont la flèche néogothique ainsi que plusieurs murs tombent sous les bombes et les incendies. Il faudra 27 ans pour reconstruire la cathédrale presque à l’identique. Les anciens vitraux, soufflés par les explosions, ont été remplacés par des œuvres non figuratives de grande beauté. Aussi à voir : la mosaïque qui témoigne du lieu où Jacques Cartier s’est agenouillé avant sa deuxième expédition au Canada.

Belle vue à partir des remparts

C’est l’activité obligée pour quiconque visite Saint-Malo : faire, sur 2 km environ, le tour des chemins de ronde qui coiffent les remparts. Les Malouins appellent cela faire le tour des murs. De là-haut, on peut admirer la Manche et les forts qui défendaient jadis la ville, dont le Fort national, accessible à marée basse comme l’île du Grand-Bé, où repose Chateaubriand. Lors des grandes marées de l’équinoxe (où le marnage peut atteindre 12 m), l’eau vient se fracasser sur ces murs de pierre, ce qui donne à la ville une allure de bateau à la dérive. Les plus beaux panoramas? Ceux vus de la porte Saint-Thomas et du bastion de la Hollande. À visiter plus d’une fois pour profiter du spectacle changeant des marées.

VIRÉE SUR LA CÔTE D'ÉMERAUDE

La côte d’Émeraude, qui s’étend de Dinard au cap Fréhel, attire les touristes depuis le XIXe siècle grâce à ses pointes couvertes de landes, à ses villas cossues et à ses pépites de rochers qui émergent de la Manche, ici aux couleurs changeantes. Visite en photos.

Un hôtel charmant

Coup de cœur pour Les Charmettes, un hôtel composé de deux villas du XIXe siècle, sur la plage du Sillon. Trois des seize chambres font face à la mer, les autres donnent sur un jardin où poussent de grands arbres. Chacune est décorée de façon unique, souvent avec un papier peint au thème marin.

L’hôtel possède de plus un resto, où des artisans exposent leurs produits, et une terrasse en bord de mer où on peut boire un verre ou manger en pigeant dans un menu court qui change au gré des jours. À 20 minutes à pied des remparts de Saint-Malo, par la plage. À partir de 69 euros la nuit.
www.hotel-les-charmettes.com

Pour s’y rendre

Deux options possibles pour rejoindre Saint-Malo à partir de Montréal. Jusqu’au 28 octobre, Air Transat propose un vol sans escale entre Montréal et la ville de Nantes, située à 180 km au sud de Saint-Malo.
Autre solution : un vol direct pour Paris suivi d’un trajet en TGV. En effet, depuis juillet 2017, la ville corsaire est reliée à la capitale française par TGV, avec escale à Rennes. Durée moyenne du trajet : 2h54min Tarif : le prix d’un billet aller simple varie entre 37 et 100 euros. Mieux vaut acheter à l’avance pour payer moins cher.

Combien ça coûte?

La France, ce n’est pas donné, mais l’avantage du nord de la Bretagne, c’est que son littoral est le plus souvent accessible gratuitement et les huîtres ne sont pas chères : 5 euros la douzaine pour des huîtres creuses de calibre 3 au marché de Cancale! À Saint-Malo par contre, plusieurs restos intra-muros affichent des prix plus élevés qu’ailleurs; la forte demande touristique justifie sans doute ces tarifs aux yeux de certains.

La météo

Nulle part ailleurs le ciel ne change aussi rapidement qu’en Bretagne. Ici, le climat varie au gré des marées et, comme la péninsule est coincée entre deux mers (la Manche et l’océan Atlantique), plus personne ne se risque à vous donner les prévisions du lendemain. Celles d’hier, peut-être, mais demain, qui sait : pluie, nuage, soleil et vent peuvent alterner dans une seule journée. Il faut donc prévoir un peu de tout, sauf de longues canicules étouffantes ou du grand froid. Même en hiver, le mercure descend rarement au-dessous de zéro. En automne et au printemps, les températures restent agréables, quoique plus fraîches, entre 13 et 18.

Quand y aller?

Notre conseil : privilégier le mois de juin, alors que le nombre de touristes est étonnamment bas et que la météo devient doucement estivale. La haute saison s’étend de la fin du mois de juin à septembre, avec un pic en mai, alors que les Français viennent en grand nombre en Bretagne pour profiter de plusieurs jours fériés. En janvier et en février, beaucoup de commerces et d’hôtels sont fermés. À vérifier avant de planifier un séjour : les dates des grandes courses de voiliers ou des transatlantiques en solitaire qui partent des environs. Pour les festivités de la Route du Rhum, dont le départ a lieu à Saint-Malo le 4 novembre prochain, toutes les chambres sont louées depuis deux ans.

À rapporter dans ses bagages

Des gâteaux bretons (ils se conservent plusieurs mois), du caramel au beurre salé, du cidre fermier, un couteau à huîtres, un foulard ou un pull marin rayé signé Armor-Lux (dont le siège social est situé à Quimper), des œufs de mouette (du chocolat praliné couvert d’une fine couche de sucre).