André et Sabrina Vachon, un père et sa fille, prennent partà la même mission d’entraînement en Roumanie

Roumanie: père et fille en mission

Les Saguenéens André et Sabrina Vachon ont toujours été très proches l’un de l’autre. Le père et la fille, déjà de grands complices, le sont devenus encore plus il y a quatre ans, quand la progéniture a suivi les traces du paternel en grossissant les rangs militaires. Depuis quelques semaines, le duo prend part à la même mission de police aérienne renforcée pour assurer la sécurité de l'espace aérien de l'OTAN en Roumanie. L’adjudant-maître et la caporale marquent donc, à leur façon et avec un bonheur partagé, les annales des Forces canadiennes.

Rattaché à l’Escadron 425, l’ancien mécanicien d’avion, qui a monté en grade pour devenir superviseur de troupes, un rôle davantage axé sur les volets administratif et disciplinaire, n’a certainement jamais rien vu de tel depuis qu’il a joint l’Aviation royale canadienne (ARC) en 1986.

En 33 ans de carrière militaire, l’adjudant maître André Vachon n’a jamais vu un père et sa fille prendre part à la même mission.

«Sur 135 personnes en mission pendant quatre mois, qu’il y ait un père et une fille en même temps, les possibilités sont très minces. Même un père et son fils, en 33 ans de carrière, je n’ai jamais entendu parler de ça», fait remarquer l’adjudant-maître Vachon.

Originaire de Thetford Mines, mais Saguenéen d’adoption et de coeur, André Vachon confie, depuis la base aérienne Mihail Kogalniceanu, qu’il se considère privilégié de pouvoir vivre cette expérience aux côtés de Sabrina. La jeune militaire, qui a soufflé 25 bougies le 25 septembre, avoue que le plaisir est réciproque. Il devient d’une évidence, en discutant au téléphone avec les deux militaires, qu’ils profitent d’un lien unique, renforcé par des années de vie commune.

Dans la foulée de la séparation de ses parents, survenue alors qu’elle était toute petite, Sabrina a vécu avec son père. Ils sont devenus des acolytes, des compères. Celui qui a servi à Cold Lake et à Bagotville a toujours accordé beaucoup d’importance à son rôle de papa. Comme militaire, il lui fallait un «plan de garde» bien ficelé et il y est arrivé.

Toutes jeunes, ni Sabrina ni sa soeur Gabrielle ne laissaient présager qu’elles chausseraient un jour les souliers de leur père. Mais en 2014, Sabrina, qui oeuvrait dans le domaine financier, a souhaité bénéficier d’un emploi plus stable. Elle a donc officiellement opté pour les rangs.

Complices depuis toujours, la caporale Sabrina Vachon et son père, l’adjudant maître André Vachon, ont la chance de servir ensemble en Roumanie dans le cadre d’une mission de paix.

«Il ne m’a pas forcée. J’y suis allée avec mon coeur et mon propre jugement», raconte-t-elle. L’adjudant-maître Vachon, qui a symboliquement remis le certificat d’admission à sa fille lors de sa cérémonie d’assermentation avec grande fierté, abonde dans le même sens.

«C’était une surprise pour moi quand elle m’a annoncé qu’elle voulait entrer dans les Forces. Au début, ce n’est pas ce qu’elle voulait faire. J’étais très content», admet le père de famille, entre deux coups de tonnerre provoqués par le passage de CF-18 au-dessus de sa tête, à la base roumaine située dans la ville de Constanta.

André Vachon, superviseur de troupes, admet qu’il a une militaire chouchou en Roumanie, en la personne de sa fille Sabrina. Toutefois, comme responsable de la discipline, il réserve le même traitement à la caporale qu’aux autres membres de la mission. D’ailleurs, la jeune commis aux ressources humaines au sein de la 2e Escadre de Bagotville a récemment dû aller polir ses bottes, sur ordre de son père.

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«AVOIR TA FILLE AVEC TOI EN MISSION' C'EST MAGIQUE»

Bien qu’il admette sans détour que Sabrina est sa militaire chouchou, parmi les quelque 135 associés à la mission de police aérienne renforcée pour assurer la sécurité de l’espace aérien de l’OTAN en Roumanie, l’adjudant-maître André Vachon cache très bien son jeu sur le terrain. 

Il n’a pas le choix. Chargé de la discipline, il doit s’assurer que toutes les règles militaires sont suivies à la lettre. Il est aussi responsable de donner des conséquences à ceux et celles qui enfreignent le protocole militaire. Tout le monde doit être traité de façon égale, sans égard aux liens d’amitié ou familiaux. 

«On passe beaucoup de temps ensemble en dehors du travail. On n’est pas dans le même bâtiment, mais on se voit plusieurs fois par jour. On essaie de garder nos distances quand on est en fonction. On est très proches, mais on ne peut pas commencer à se coller devant tout le monde. Après l’ouvrage, par contre, elle devient mon chouchou», lance candidement le militaire, qui en est à sa troisième mission en carrière. Ce n’est fort probablement pas sa dernière, lui qui n’a pas l’intention de prendre sa retraite de sitôt.

André Vachon mentionne que la caporale peut bien aller «se servir dans le plat de bonbons» placé sur son bureau. Mais attention! Il ne s’agit pas d’un privilège et par souci d’équité, les autres membres du déploiement ont également ce droit. Ce sens de la justice s’applique pour la discipline aussi. Pas de passe-droit, donc, pour Sabrina.

«Je m’occupe de mon personnel. Il faut que leurs bottes soient noires et que leurs habits soient propres. Elle passe au “cash” comme les autres et je suis égal avec tout le monde. L’autre jour, je l’ai renvoyée faire ses bottes!», relate-t-il en riant. 

Un privilège

L’adjudant-maître s’estime privilégié d’avoir la chance, inouïe, de passer de précieux moments aux côtés de sa fille, avec qui il discute au téléphone deux ou trois fois par jour quand les deux militaires sont en sol saguenéen. Puisqu’elle fait partie de la 2e Escadre, laquelle oeuvre en soutien à la 3e en déployant, notamment, le campement, Sabrina quittera la Roumanie quelques semaines avant son père. Elle rentrera au bercail, à Saint-Félix-d’Otis, auprès de ses deux bébés. Lorsqu’il est question de ce départ qui précédera le sien de plusieurs semaines, André Vachon fait tomber le masque impassible du militaire et confie que cette perspective l’attriste. 

«Comme père, tu ne peux pas demander mieux que ça. Avoir ta fille à tes côtés en mission, c’est magique. J’aimerais qu’elle travaille toujours avec moi. C’est sûr que je vais avoir un coup de blues quand elle va partir. Mais j’ai la chance d’avoir un travail où je peux faire beaucoup d’heures. Je vais me lancer dans l’ouvrage. Quand je vais finir de travailler, je vais être brûlé et je vais dormir», prévoit l’homme de 55 ans, à qui Sabrina ressemble énormément, à en juger par les clichés de la paire croqués in situ par un photographe des Forces. 

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PRÈS DE PAPA, LOIN DES ENFANTS

Commis aux ressources humaines et à l’administration au sein de la 2e Escadre expéditionnaire de Bagotville, Sabrina Vachon n’était jamais partie en mission auparavant. 

Quand elle a appris qu’elle joindrait la Force opérationnelle aérienne (FOA) dans le cadre de l’opération REASSURANCE, où serait aussi déployé son père, elle a été envahie d’émotions contradictoires. Heureuse de faire partie de la mission et de casser la glace, certes, mais également peinée de laisser derrière, pendant plus de deux mois, ses deux enfants, une fille de deux ans et un garçon d’un an.

À ce chapitre, la caporale Vachon relève que la présence de l’adjudant-maître à ses côtés a l’effet d’un baume lors de moments particulièrement difficiles. 

« Je m’ennuie d’eux. Quand je leur parle sur Facetime, c’est pire et je m’ennuie vraiment beaucoup. Quand je vois qu’ils sont tristes, ça me rend très triste aussi. Avoir mon père ici m’aide », dit-elle. Le grand-papa, très proche de ses petits-enfants, a lui aussi le coeur gros quand il voit leurs minois à l’écran. 

« Papy s’ennuie aussi. Il s’ennuie de les border le soir », a-t-il déclaré au cours de l’entrevue accordée au Progrès, réalisée avant la visite prévue d’un orphelinat roumain, où les militaires ont choisi de s’impliquer.


Le Lieutenant-colonel Tim Woods répond aux questions des journalistes.

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MISSION DE SOLIDARITÉ

L’adjudant-maître André Vachon et la caporale Sabrina Vachon se trouvent en Roumanie dans le cadre des mesures d’assurance et de dissuasion de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Comme il est expliqué sur le site Internet des Forces armées canadiennes, ces mesures visent à renforcer la défense collective de l’OTAN et démontrent également la force de la solidarité des alliés. Dans le cadre de cette opération, les Forces canadiennes effectuent de l’instruction, des exercices et des tâches propres à l’OTAN.