Après 47 ans de loyaux services, le gynécologue Richard Guimond tire sa révérence.

Richard Guimond, l’homme aux milliers de poupons

Un premier bébé de l’année, des triplettes, six petits-enfants, sa propre fille et des milliers d’autres petits nouveau-nés ; le gynécologue Richard Guimond en a mis au monde, des poupons. Quarante-sept ans plus tard, l’heure de la retraite a maintenant sonné pour le spécialiste de 75 ans, qui regarde dans son rétroviseur avec le sentiment du devoir accompli. Un rétroviseur bien rempli d’accouchements, de chirurgies, de suivis de grossesse, de sourires de nouveaux parents et des premiers cris de tous ces petits bébés qu’il a eu la chance de voir la binette avant tout le monde.

Dr Richard Guimond est bien connu de milliers de femmes du Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais aussi de centaines de Chibougamau et de ses environs. Le gynécologue, qui vient de tirer sa révérence, a commencé à pratiquer dans le même bureau que son père, Vincent Guimond, également gynécologue. C’était en 1972.

Pour Richard Guimond, étudier en médecine puis se spécialiser en gynécologie allait de soi, puisqu’il voyait aller son père depuis de nombreuses années. Dr Guimond n’a jamais regretté son choix.

« J’ai eu une carrière extraordinaire ! », lance le médecin, qui se remémore des événements qui ont marqué son parcours. La naissance de ses six petits-enfants fait évidemment partie de ces événements marquants, dont celle de sa petite-fille, Maïka, qui a été couronnée premier bébé de l’année du Saguenay–Lac-Saint-Jean, en 2009. Un an plus tard, il avait mis au monde le petit Mathis, un autre de ces petits-enfants, qui a été sacré dernier bébé de l’année. Il s’en était fallu de peu pour que le gynécologue remporte la palme du premier bébé de l’année 2010, un honneur qu’aiment bien récolter les gynécologues et les obstétriciens.

« Mettre au monde mes propres petits-enfants a évidemment toujours été un moment merveilleux. J’ai même accouché ma femme, pour notre cadette. Je ne sais pas si c’était permis de le faire, mais ma femme ne voulait pas un autre médecin ! », raconte Dr Guimond, en riant. À l’époque, il avait été assisté, pour éviter tous problèmes.

Le 31 décembre 2009, le gynécologue avait mis au monde son petit-fils Mathis. Il avait assisté sa fille, Marie-Josée Guimond dans son accouchement. Le papa du nouveau-né, Pierre Sasseville, avait également posé pour le photographe du journal à l’époque.

La naissance d’un trio de bébés, par césarienne en 1987, a aussi marqué le gynécologue. Il avait suivi la grossesse de A à Z, depuis l’insémination de sa patiente jusqu’à la naissance des triplettes. « C’était quelque chose, à l’époque, de faire tout ce processus, de l’insémination à la césarienne. Je me souviens que j’étais accompagné du Dr Fabien Simard (un autre gynécologue de Chicoutimi et chef du département d’obstétrique de l’hôpital). Mais c’est moi qui avais sorti les petites filles ! Même encore aujourd’hui, cette patiente venait me consulter et ses trois filles ont aujourd’hui des enfants. C’est fabuleux d’avoir des nouvelles de ces bébés que j’ai accouchés », souligne Richard Guimond, lors d’une entrevue accordée dans le calme de son foyer de Chicoutimi. Encore aujourd’hui, le médecin garde précieusement la captation vidéo de cette délicate césarienne.

L’homme parle de son talent dans la technique de version, qui consiste à tourner le petit bébé à même le ventre de sa maman, afin que l’accouchement se déroule bien. « On n’était pas beaucoup à vouloir faire cette technique, car c’est assez délicat. Moi, j’étais assez bon là-dedans ! J’en ai fait jusqu’à la fin », souligne Dr Guimond.

Lorsqu’on lui demande s’il a tenu un décompte des bébés qu’il a mis au monde durant ces 47 années de services, Dr Guimond précise qu’il a arrêté de les compter. « Ça doit être des milliers, mais c’est difficile à chiffrer. Comme des échographies et des chirurgies, j’en ai fait à la tonne », souligne le médecin, qui a pratiqué de nombreuses hystérectomies, par exemple.

S’il y a un aspect de sa carrière dont il est particulièrement fier, c’est sa présence régulière auprès des femmes de Chibougamau et de ses environs. En effet, le gynécologue a pratiqué dans cette petite municipalité durant 32 ans.

Richard Guimond a suivi les traces de son père, Vincent Guimond, qui était également gynécologue.

« Je m’y rendais en avion, deux jours par mois environ. C’était surtout pour des consultations, mais j’y ai aussi pratiqué des chirurgies. J’ai toujours beaucoup aimé me rendre là-bas, où il y a longtemps eu une absence de gynécologue. J’ai eu beaucoup de plaisir avec les femmes de là-bas, les Autochtones et les infirmières. J’ai pu pratiquer mon anglais également, puisque les Cris s’expriment dans cette langue en majorité. Aujourd’hui, Chibougamau a un très bel hôpital avec une gynécologue, mais j’ai continué à y aller jusqu’en avril dernier. J’en suis très heureux », a expliqué le gynécologue fraîchement retraité.

Le recours collectif intenté contre la compagnie qui fabriquait les stérilets Dalkon Shield, qui ont causé de graves problèmes d’infection chez les femmes qui les utilisaient comme moyen de contraception intra-utérin, a également marqué le gynécologue. C’était dans les années 70 et 80.

« Je me souviens que des femmes avaient dû subir une hystérectomie à cause de ce dispositif. Ce n’était vraiment pas drôle. Et le recours collectif avait même commencé avec une femme d’Arvida. J’avais été appelé à expliquer la situation dans une entrevue à Radio-Canada à l’époque », explique Dr Guimond.

Ce recours collectif avait pris de l’ampleur à l’époque et un arrangement avait été conclu hors cour. La société Dalkon avait versé 2,5 milliards de dollars aux femmes touchées.

Des ennuis de santé ont quelque peu précipité la retraite de Richard Guimond, qui pratiquait toujours avec passion. Après avoir pris soin de milliers de femmes et avoir mis au monde tout autant de poupons, il est maintenant temps pour le docteur de prendre soin de lui.

Bonne retraite, doc !

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UNE GRANDE RÉPUTATION

J’ai commencé à comprendre et à constater l’ampleur de sa réputation et celle de grand-papa lors de mes tout premiers stages comme étudiante infirmière auxiliaire à l’hôpital, il y a un minimum de 22 ans de ça déjà.

Je n’ai toujours voulu que lui pour mes accouchements. Vous avez confiance en lui, vous vous sentez rassurées, soutenues, en sécurité et moi aussi, j’ai la plus grande des confiances en lui. C’est le meilleur.

Il m’a mise au monde. À mon tour, je voulais que ce soit lui qui m’assure mon suivi de grossesse et que ce soit lui qui m’aide, qui m’assiste à mon accouchement. Avec quand même nos recommandations au cas où... Il a donc été le premier à voir et à prendre Samuel dans ses bras, son tout premier petit-fils, qui a maintenant eu 18 ans le 1er septembre et sa toute première petite-fille, Marianne, qui a eu 16 ans le 16 août. Mon frère et ma soeur ont fait de même aussi. On ne voulait que lui. C’est notre meilleur ». – Sa fille, Anne-Françoise

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DES TÉMOIGNAGES MARQUANTS

La nouvelle de la retraite de Richard Guimond résonne sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines. Des centaines de patientes, d’infirmières et de médecins qui ont croisé la route du gynécologue ont tenu à lui témoigner leur affection. Le Progrès a sélectionné quelques témoignages. 

«Très contente d’avoir eu la chance d’opérer avec lui depuis le début de ma carrière, même sa poignée de main est légendaire! Toujours le sourire, professionnel et appliqué. Bonne retraite Dr Guimond»

«Bonne retraite Dr Guimond! Vous m’avez accouchée trois fois et j’en suis fière!!! Merci encore à vous d’avoir été un excellent médecin!»

«Je peux définitivement dire que cet homme a changé ma vie. Un homme dévoué, d’une compétence exceptionnelle et à l’écoute de ses patientes. Je vous serai éternellement reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour moi! Vous allez me manquer. Merci de tout coeur et bonne retraite à vous !»

«Bonne retraite à celui qui a mis au monde ma fille et ma petite-fille et qui m’a suivi pendant plus de 25 ans. Un excellent médecin qui savait nous rassurer dans les moments difficiles. Je vous souhaite une bonne santé et longévité!»

«C’est lui qui m’a fait l’inversion d’Alice. Il était bien sympathique. Pour me rassurer il m’a dit qu’on le surnommait Dr Goldfinger... Ç’a marché!»