Cette photo a été prise dans le désert jordanien.

Quel sens donner au carême?

CHRONIQUE / Depuis mercredi, les chrétiens sont appelés à vivre le carême. Du latin quadragesima, le mot carême signifie le «quarantième jour», soulignant la fin d’une «épreuve» ou d’une «période». Il rappelle les quarante jours du déluge vécus par Noé dans l’arche, avec tous les membres de sa famille et des animaux; les quarante ans que les Juifs ont passés au désert, après avoir fui l’Égypte, avant d’atteindre la Terre promise, soit Israël; et les quarante jours que Jésus a passés au désert où il a été confronté aux Tentations.

Sur la route de notre existence

Pour tous les chrétiens et toutes les chrétiennes, le temps du carême est une invitation à prendre la route, celle de l’intériorité. À l’occasion de quelques séjours en Israël et un en Jordanie, j’ai eu l’opportunité de méditer davantage sur les événements bibliques qui inspirent le carême tel qu’évoqué dans le précédent paragraphe.

Lorsque nous avons traversé une partie de la Jordanie à travers le désert, j’en avais presque la mâchoire décrochée, tant j’étais ébahi devant l’immensité de ce que mes yeux pouvaient contempler. Sur cette route, nous avons croisé celle empruntée par les Juifs dans leur traversée du désert, à la suite de leur départ de l’Égypte.

À Pétra, au sud de l’actuelle Jordanie, où nous avons séjourné et visité les lieux, nous avons marché sur le sable sec du désert et sous une température aride. Une journée de marche n’était rien encore pour nous faire comprendre les escarpements montagneux par où ils ont dû passer, la soif qu’ils devaient avoir et la chaleur qui, parfois, devait être suffocante.

Ce bref séjour m’a ramené à mes propres passages désertiques dans ma vie personnelle: l’aridité de certaines traversées, les temps de solitude parfois difficiles, les moments angoissants et suffocants, un interminable passage à travers les épreuves, les brefs moments d’apaisement à des oasis de paix.

La route était certes difficile, mais combien nécessaire pour arriver en Terre promise, celle du recouvrement d’une paix intérieure, d’une vie renouvelée.

Lorsque nous sommes arrivés au mont Nébo, là où les Juifs se sont arrêtés avec Moïse, pour contempler la Terre promise, le brouillard nous empêchait de contempler ce que les Juifs ont dû voir de leurs propres yeux. Là encore, me disais-je, la vie n’est pas toujours claire. Le brouillard de nos vies nous empêche de voir trop en avant. Tout n’est pas encore acquis. Mais l’espoir est au rendez-vous. Du mont Nébo, nous sommes redescendus pour traverser en Terre promise, en empruntant un chemin sinueux nous amenant de l’autre côté du Jourdain et de la mer Morte. Et là, nous sommes au point le plus bas, soit près de 429 mètres au-dessous de la mer.

Cette descente «dans les profondeurs de la Terre» ressemble à celle que nous faisons parfois dans nos propres existences. Descendre pour mieux remonter, disons-nous. La traversée du Jourdain, deuxième traversée des eaux par les Juifs, après celle de la mer Rouge, nous ramène aux Juifs qui, derrière eux, ont laissé leur passé pour plonger dans une vie nouvelle, pour renaître à un avenir nouveau. N’est-ce pas ce que nous souhaitons lorsque nous sortons «vivants» d’un moment difficile?

Rendu en Terre promise, tout n’est pas rose. Lorsque le brouillard se dissipe, la réalité nous rattrape. C’est celle du quotidien, avec ses hauts et ses bas, avec ses lots de surprises. Que se passe-t-il alors en nous? Il nous faut confronter des tentations de toutes sortes. Dans la prière du Notre Père, ne demandons-nous pas à Dieu de ne pas nous laisser entrer en tentation?

Confronter aux tentations

Pour expliquer ce que peuvent être les combats contre les tentations, la tradition monastique parle de «pensées». C’est la façon de nommer les combats spirituels auxquels nous devons faire face.

Selon cette tradition, les «pensées» s’apparentent à tout ce qui nous tiraille à l’intérieur, tout ce qui endurcit le coeur et l’esprit. Que faisons-nous lorsqu’une pensée nous envahit? Avouons qu’il est plutôt difficile de ne pas la nourrir. Il est tentant, en effet, d’alimenter le découragement, les préjugés, les insinuations et les désirs qui ne sont pas toujours conformes à l’éthique, à la morale ou aux lois parfois les plus élémentaires.

Le risque qui se présente à nous est alors de devenir prisonnier et prisonnière de nos pensées. La tradition monastique nous propose d’affronter ces idées en nous référant à Jésus, qui peut être, pour nous, une source idéale d’inspiration pour nous aider à ne pas céder devant les tentations. Lui-même y a été confronté, et il a vaincu. Ou encore, il est possible de placer une pensée positive devant une pensée destructrice.

Vous aurez compris que le temps du carême que l’Église nous propose de vivre est en fait le reflet de tout ce dont nous avons à vivre durant notre vie. Il est un temps intéressant qui nous permet de nous arrêter, de reprendre souffle, de nous ressaisir, pour nous permettre de reprendre la route vers de nouveaux horizons, là où se profilent de nouvelles promesses de vie.

Jean Gagné, prêtre

Responsable du Service diocésain des communications