Il y a autant de manières de vivre la maternité qu'il y a de femmes aujourd'hui.

Quand les autres me font sentir coupable

CHRONIQUE / « Tu dois trouver ça déchirant de t'éloigner de ta fille. » « L'angoisse de la séparation n'est pas trop difficile ? » La culpabilité m'envahit lorsque les gens me questionnent sur mon retour de congé maternité. Non pas parce que je laisse ma fille de huit mois tous les matins pour aller travailler. Mais parce que, non, je ne suis pas déchirée.
Des fois, je l'avoue, je mens un peu pour me sentir mieux. « Oui, je m'ennuie tellement », que je réponds... même si ça fait deux heures que j'ai quitté mon domicile. Je l'aime à la folie ma fille. Mais que voulez-vous, j'aime ça travailler.
J'ai des amies qui ont dû entrer progressivement au bureau. Une matinée, une journée, trois jours par semaine... Comme si elle ne voulait pas enlever le pansement d'une seule fois. Mais j'en ai aussi qui ont fait entrer leur poupon de trois mois à la garderie pour continuer à s'occuper de leur entreprise.
Il y a autant de manières de vivre la maternité qu'il y a de femmes aujourd'hui.
Pendant mon congé, je disais souvent que les papas ont le plus beau des rôles. Bon, lorsque le couple va bien et qu'il n'y a pas de palais de justice dans l'équation.
Le matin, ils quittent la maison après avoir joué une heure avec leur enfant. À leur retour, ils sont accueillis par une vague d'amour. Les yeux de ma fille s'illuminent littéralement quand papa ouvre la porte de la maison. C'était mon moment préféré de la journée.
J'avais hâte de vivre cette courte séparation. Parce qu'entre vous et moi, ça devient un peu ennuyant d'être avec un enfant 24 heures par jour. On a beau aimer à la folie notre progéniture, un moment donné, on se tanne de chanter l'alphabet et de jouer à la cachette avec ses mains.
« T'avais juste à recommencer plus tôt », que vous vous dites. Le problème, c'est que je tenais à allaiter, et ça, bien ça prend un peu de temps et de pratique. C'est un défi dans les premiers mois. « Bien, tu n'avais qu'à donner du lait commercial », que vous vous dites. Bien non, je tenais à donner du lait d'humain parce qu'il paraît que ça fait notamment grimper le quotient intellectuel des enfants. C'est une bonne raison je trouve.
« C'est ça avoir un enfant. Tu ne peux pas tout faire. » J'ai tellement entendu cette phrase après mon accouchement. Parce que je voulais tout faire. Je ne voulais plus me reposer. Je ne pouvais même plus écouter la télé.
En expulsant ma petite April, il y a quelque chose qui est sorti en même temps. La paresse.
Au début, les gens me disaient que mon regain d'énergie était normal. Ce sont les hormones. « Ça va ralentir bientôt. » Huit mois plus tard, je la sens encore cette énergie et la volonté de tout réaliser.
C'est pour ça que je n'ai même pas sourcillé lorsque la caquiste Geneviève Guilbeault s'est lancée dans l'élection partielle dans Louis-Hébert, alors qu'elle attend un bébé pour décembre. « Ceux qui font de grandes choses sont souvent ceux qui n'ont pas de temps », me disait cette semaine une amie animatrice de radio. Elle ne pouvait dire mieux.
Et il ne faut jamais sous-estimer une mère. Après une grossesse, on deviendrait plus habiles à effectuer du multitâches. Études à l'appui ! On était déjà bonnes avant, imaginez après un enfant.