Steeve Fortin
Le Quotidien
Steeve Fortin

Réseaux sociaux: lucrative bisbille

CHRONIQUE / Depuis quelques mois, j’ai l’impression que les médias sociaux sont une véritable poudrière où la polarisation des idées écrase littéralement la nuance d’opinion. Comme plusieurs, j’ai regardé le documentaire Derrière nos écrans de fumée (The Social Dilemma) sur Netflix, lequel trace un portrait sombre des géants de l’Internet, ceux qui manipulent leurs utilisateurs de manière cupide et sans éthique.

Aujourd’hui, on dirait qu’il n’y a plus de place pour le discours nuancé, pour débattre calmement des différents enjeux de société. Pour ou contre le masque, pour ou contre GNL Québec, l’oeuf ou l’enveloppe, et j’en passe…

Pas moyen d’argumenter ou de nuancer le propos. Pour ou contre, point à la ligne !

Les médias sociaux sont majoritairement responsables de cette polarisation des idées ; ils offrent une tribune à quiconque au profit de la soi-disant liberté d’expression. Le coeur du problème ne réside pas dans la liberté d’expression comme telle, mais bien dans la manière dont les réseaux sociaux diffusent l’information, car la véracité de celle-ci importe peu, pourvu qu’elle provoque des réactions.

Ce qui est ahurissant dans tout ça, c’est que Facebook, YouTube et Twitter ne produisent aucun contenu. Ce sont les utilisateurs qui enrichissent les plateformes et les poches de ces géants de l’Internet, qui vivent de la publicité.

Le succès derrière les réseaux sociaux est la rétention des utilisateurs, c’est-à-dire plus un utilisateur y passe du temps, plus celui-ci est exposé aux publicités ciblées. Tout ce que vous faites sur Internet est scruté à la loupe, dans le but de vous connaître si bien qu’on puisse anticiper ce que vous ferez avec une précision déconcertante. Les informations recueillies sont pour mieux cibler les publicités, certes, mais elles servent aussi à vous rendre encore plus captifs de leurs plateformes. Par exemple, si vous aimez les voitures, Facebook et YouTube vous proposent du contenu traitant du merveilleux monde de l’automobile afin d’attirer votre attention... et que vous y passiez plus de temps. Plus c’est intéressant, plus vous y restez. Plus vous y restez, plus c’est payant pour eux !

Sur le plan marketing, l’algorithme est quasiment parfait, mais sur le plan éthique, on ne fait pas de nuances entre le vrai et le faux. L’unique but est de rendre accros les utilisateurs. Si ça fonctionne pour les amateurs de voitures, l’algorithme fonctionne aussi pour les conspirationnistes et les amateurs de fausses nouvelles, qui seront alors plongés dans un écosystème numérique composé en grande partie de conspirations et de fausses informations.

C’est étonnant de voir qu’en 2020, de plus en plus de gens croient que la Terre est plate ! Ce mouvement prend de l’ampleur grâce aux algorithmes qui permettent de réunir les adeptes de cette théorie, en les exposant à toujours plus de contenu.

L’algorithme va toutefois bien au-delà d’un simple champ d’intérêt, se permettant de glisser ici et là d’autres types de conspirations. L’objectif premier de cette manoeuvre n’est pas de propager de la fausse information, mais bien de rendre captif l’utilisateur, et ce, peu importe le contenu.

Dans le cas de Facebook, il y a une déresponsabilisation du rôle de l’entreprise par rapport à la propagation de la fausse information. En effet, les mesures prises par Facebook sont si minces que c’est à se demander si toute cette polémique n’est pas volontaire. Est-ce que Facebook a perdu le contrôle de son réseau et de ses utilisateurs ? Chose certaine, la haine engendrée par la polarisation des idées est une bénédiction pour les actionnaires, qui voient les revenus monter en flèche. D’ailleurs, depuis l’élection du président américain Donald Trump, en 2016, Facebook a triplé ses revenus par utilisateur au Canada et aux États-Unis, tandis que 2020 s’annonce une année record en raison de la pandémie et des élections américaines.

30 jours, ça passe vite !

Le fameux « Ça va bien aller » du printemps a laissé sa place à l’expression « Faites vos recherches », employée à outrance par les amateurs de conspirations !

D’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi ceux-ci font souvent des vidéos à partir de leur voiture. Pour faire un pied de nez aux écologistes ? Parce que dans la voiture, le son est meilleur ? Parce qu’ils n’ont pas de trépied pour installer leur téléphone ? Je vais faire mes recherches et je vous reviens là-dessus dans une prochaine chronique !

Plusieurs de mes contacts Facebook inondent mon fil de fausses nouvelles et de conspirations toutes plus abrutissantes les unes que les autres. Parfois, je prends le temps de consulter certaines des publications afin de me faire « ma propre idée », de laisser la chance au coureur. Il m’arrive même de laisser un petit commentaire avec en lien l’information véritable.

J’ai vite réalisé, à travers l’agressivité des réponses, à quel point plusieurs personnes sont totalement déconnectées de la réalité, et c’est d’autant plus triste lorsque c’est un membre de ta propre famille. Depuis quelques mois, j’ai donc pris l’habitude de masquer pour 30 jours les personnes toxiques de mon Facebook.

C’est à ce moment que l’on se rend compte que 30 jours, ça passe vite ! Je m’ennuie de l’époque où les réseaux sociaux étaient envahis de vidéos de chatons...