Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, utilise le mème sur sa page Facebook.

Quand une image vaut 1000 maux

CHRONIQUE / Si vous êtes présents sur les réseaux sociaux, vous avez inévitablement eu affaire à ce phénomène. Le mème (« meme » en anglais prononcé « mime ») est une image contenant quelques phrases afin de faire rire, réfléchir ou même choquer.

Les images à messages ne datent pas d’hier, car aux aurores de l’Internet, elles constituaient un excellent moyen de divertissement à une époque où la rapidité du réseau rendait la diffusion de contenu multimédia quasi impossible. La démocratisation de l’Internet à haut débit a relégué les mèmes au phénomène de « matantes », inondant les médias sociaux d’images à messages spirituels. Or, depuis que Facebook resserre l’étau autour des diffuseurs de fausses nouvelles, le phénomène du mème prend de l’ampleur et celui-ci se veut tout aussi dommageable étant donné que la majorité des utilisateurs de Facebook partagent des publications à l’aveuglette sans valider la véracité de leurs contenus. Le grand réseau social tente tant bien que mal d’éradiquer la propagation du non véridique, mais la pente s’avère plus abrupte que prévu et les résultats sont jusqu’à maintenant mitigés.

Pendant les dernières élections, la CAQ a utilisé le mème sur son compte Twitter Source Compte Twitter de la CAQ

Contrairement aux fausses nouvelles qui nécessitent un minimum de travail rédactionnel, les mèmes sont quant à eux beaucoup plus simples à rédiger et par surcroît ils réussissent à se frayer un chemin à travers les filtres des médias sociaux et se propagent telle une traînée de poudre.

L’image politique

Lors des dernières élections provinciales québécoises, le phénomène du mème a pris une ampleur considérable à la suite de la déclaration de Philippe Couillard qui affirmait qu’une famille peut se nourrir avec 75 $ par semaine. Les internautes se sont alors rués à leurs claviers afin de publier des mèmes rivalisant d’originalité, ridiculisant au passage le premier ministre sortant. Même la CAQ y est allée de son mème à propos de la boutade de Couillard.

Le phénomène du mème a pris une ampleur considérable suite à la déclaration de Philippe Couillard qui affirmait qu’une famille peut se nourrir pour 75$ par semaine.

Les images massivement partagées ont pour effet d’éloigner certains électeurs des véritables enjeux en les ramenant vers des affirmations minimalistes trop souvent hors contexte. Le premier ministre canadien Justin Trudeau n’est pas épargné par le phénomène, bien au contraire il est victime d’une quantité impressionnante d’images de propagande négatives et mensongères. Le site Internet anglophone therebel.media, fondé par un ancien chroniqueur de la défunte chaîne d’information en continu Sun News, est spécialisé dans la publication de mèmes via sa page Facebook. Le but premier de ce type de publication est d’alimenter la controverse afin d’augmenter l’achalandage du site Internet.

L’Association des contribuables de Saguenay utilise ce type d’images sur sa page Facebook.

Le complexe algorithme de Facebook fait en sorte que les utilisateurs sont exposés majoritairement au contenu qui les fait réagir. Par exemple, vous aimez et commentez beaucoup de publications au sujet des voitures, l’algorithme vous proposera de plus en plus de contenu sur l’automobile. Par contre, si l’utilisateur réagit beaucoup aux publications à caractère politique, il est alors exposé à une masse critique d’informations dont la tangente s’affine au rythme des interactions. Plus un utilisateur partage et commente du contenu à caractère démagogique, xénophobe ou raciste, plus ce dernier sera exposé à ce type de publications. Ce gavage intellectuel des utilisateurs est désormais le nerf de la guerre en politique comme il l’était dans les années 1930 à l’époque du fascisme, sauf qu’aujourd’hui, nous devrions avoir les moyens de valider le vrai du faux, mais force est d’admettre que ce n’est pas le cas. La bonne vieille recette mensongère qui se veut d’une indigeste efficacité change le cours de la démocratie contemporaine. Le mème est ce vecteur démagogique de propagande haineuse, peu importe l’allégeance politique, la race ou la confession religieuse ; il se fraye un chemin dans l’inconscient collectif.

Le site therebel.media, fondé par un ancien chroniqueur de la défunte chaîne d’information en continu Sun News, est spécialisé dans la publication de mèmes via sa page Facebook. Sur celui ci-haut, il est écrit que « quand l’économie canadienne mise sur le cartel du lait, même si vous préférez le soya ».
Dès que vous êtes un acteur de l’actualité, les mèmes à votre sujet apparaissent !