Quand l'Apple Watch résout un crime

CHRONIQUE TECHNO / Avec la popularité sans cesse grandissante des objets connectés, de plus en plus de gens sont désormais traqués, indexés et comptabilisés à travers d’immenses bases de données. Cette masse de données peut désormais servir de preuve lors d’un procès afin de consolider un alibi ou incriminer un suspect.

Cette semaine, on a vu apparaître l’un des premiers cas où la preuve s’appuie sur des informations enregistrées sur une montre intelligente Apple Watch afin de résoudre un homicide. Myrna Nilsson, une femme de 57 ans, a été retrouvée morte dans la salle de lavage de sa résidence de Valley View dans le nord-est d’Adélaïde, en Australie. L’affaire remonte à septembre 2016, quand la police fut appelée à intervenir après que Caroline Dela Rose Nilsson, 26 ans, ait surgi de la résidence familiale vers 22h10, bâillonnée et en état de panique. Dans sa déposition, Caroline Nilsson a raconté aux policiers que sa belle-mère avait été victime d’une altercation d’une vingtaine de minutes avec un groupe d’hommes, qui a débuté à l’extérieur de la résidence pour se transporter par la suite à l’intérieur. Les prétendus brigands auraient ligoté la jeune femme qui était alors dans la cuisine, tandis que la prise de bec avec la belle-mère atteignait son macabre crescendo dans la salle de lavage. Les loubards se seraient enfuis après avoir sauvagement assassiné la belle-mère, ce qui a permis à Caroline Nilsson de sortir de la maison en panique afin d’alerter le voisinage. 

Quand les enquêteurs ont tenté de corroborer la déposition de Caroline Nilsson avec les preuves recueillies, il y avait un problème au sujet de l’heure exacte de l’altercation et de la mort de la belle-mère. En effet, la victime portait une montre intelligente Apple Watch qui possède une série de capteurs mesurant l’activité physique, les déplacements ainsi que la fréquence cardiaque. Selon les données recueillies par la montre, une activité cardiaque intense a débuté un peu après 18h30 pour se terminer vers 18h45 avec la mort de la victime. Il y a donc une différence de plus de trois heures entre la sortie de Caroline Nilsson et le décès de sa belle-mère, ce qui a pu lui laisser amplement de temps pour monter la scène de crime et dissimuler des preuves. Les données de la montre intelligente ne mentent pas et tracent un portrait précis du fil des événements. Le procès, dont le dénouement est prévu pour juin prochain, deviendra peut-être un précédent dans l’élaboration des enquêtes policières. Un jour, la panoplie d’objets connectés agira de concert avec les forces de l’ordre afin de reconstituer des scènes de crimes avec précision, un peu à la manière des boîtes noires en aviation. 

Dans une tout autre affaire, aux États-Unis, la justice a tenté en vain d’obtenir les données recueillies par un assistant vocal Alexa d’Amazon qui serait vraisemblablement le seul «témoin» de la scène du crime.  Les assistants vocaux écoutent en permanence les conversations afin de réagir plus rapidement aux demandes des utilisateurs lorsqu’ils prononcent les mots de déclenchements (OK Google, Dit Siri, Alexa…) une mémoire tampon servant à l’analyse des données est alors conservée. Tout ce que vous demandez à l’assistant vocal après avoir utilisé le mot de déclenchement est conservé dans votre dossier. Par exemple, pour l’assistant Google, vous pourrez écouter toutes vos requêtes sur le site myactivity.google.com, ce qui est d’ailleurs assez flippant. Sur le même site, vous trouverez également votre historique Internet, vos recherches ainsi que vos déplacements si vous avez un téléphone Android.  Chez Apple, l’assistant vocal Siri vous attribue, lors de votre première requête, un numéro aléatoire unique complètement indépendant de votre identité iTunes, ne permettant pas la consultation de votre historique. D’ailleurs il y a quelques années, le FBI avait eu recours à des pirates informatiques afin de pouvoir consulter les données cryptées d’un iPhone qui appartenait à l’un des auteurs de la fusillade de San Bernardino, en Californie, et qui avait fait 14 morts. Apple avait au préalable refusé de débloquer le téléphone pour le FBI, ce qui avait entraîné un véritable bras de fer avec la justice américaine. 

Avec toute la grogne qu’alimente actuellement l’éthique et la confidentialité sur Internet, il est plutôt ironique de penser que ce manque d’éthique pourrait servir à faire régner l’ordre! Donc, dans un monde idéal, en cas d’agression, ayez sur poignet une montre intelligente et si cela se passe dans votre domicile n’oubliez pas de dire: «OK, Google Joe Blow est en train de m’assassiner ! »