Neutralité d'Internet

CHRONIQUE / Le 14 décembre dernier, le gouvernement américain, via la commission fédérale des communications (FCC), a mis fin au principe de la «neutralité de l’Internet» ce qui laisse présager une ségrégation des contenus par les fournisseurs d’accès Internet (FAI).

Cette décision est compréhensible en raison du vaste lobbying des FAI qui sont des victimes collatérales de la vaste popularité des sites de diffusion en continu et plus particulièrement de Netflix qui génère une masse importante de trafic Internet. La neutralité de l’Internet permettait aux fournisseurs de «streaming» de diffuser du contenu transitant par les routes communes sans limitation. Comparons l’Internet à une autoroute à plusieurs voies dont la majorité du trafic est généré par le même type de camions, la réglementation pourrait permettre de limiter la vitesse, d’y réduire le nombre de voies accessibles et même d’y installer un poste de péage pour ce type particulier de camions. 

Par exemple, un FAI qui offre ses propres services de téléphonie ip, de vidéo sur demande ainsi que son propre moteur de recherche pourra bloquer Google, Netflix et Skype ! Même si les plus gros joueurs de l’industrie affirment maintenir le statu quo en matière de neutralité, il serait étonnant que celui-ci demeure longtemps compte tenu des sommes faramineuses investies en lobbying par ses mêmes géants de l’Internet. Est-ce qu’il y aura collusion entre les fournisseurs afin de surtaxer certains contenus ? Seul l’avenir nous le dira, mais je suis persuadé que ce modèle suivra sous peu au Canada même si le gouvernement Trudeau affirme pourtant le contraire. D’ailleurs, les Canadiens sont victimes depuis une douzaine d’années de pratiques de nature technique qui visent à ralentir le trafic pour certains utilisateurs qui «abuseraient» de la bande passante et ce, c’est sans compter la surfacturation pour un accès «illimité» à Internet. Pour vous donner un exemple concret, vous n’avez qu’à imaginer Videotron ralentissant l’accès aux sites de diffusion en continu ainsi qu’aux sites de sport afin de proposer le club illico et TVA sport à vitesse grand V ! Ce geste peut paraître discriminatoire, mais le retrait de la neutralité permettra ce genre de manigance pour le moins déloyale. 

Le projet de loi 74 au Québec

En novembre 2015, le projet de loi 74 fut déposé par le ministre des Finances Carlos Leitao afin de mettre en place des mesures de filtrage des sites de jeu en ligne illégaux. Le projet de loi a été adopté à l’Assemblée nationale en mai 2016. Même si nous en sommes à la veille de 2018, aucune mesure de filtrage n’est en cours. Le Quotidien a d’ailleurs contacté par courriel le cabinet du ministre des Finances afin de faire le point sur l’avancement du projet de loi. Selon Audrey Cloutier, attachée de presse du ministre des Finances: «Tous les sites de jeux en ligne qui ne sont pas exploités par Loto-Québec sont actuellement illégaux et risqués pour les consommateurs.» La société d’État fera donc régner l’ordre sur Internet après s’être attaquée aux infâmes salles de bingo paroissiales ainsi qu’aux dangereux tirages de moitié-moitié. «Les Québécois pourront donc, suivant la mise en place de ces mesures, bénéficier d’une offre de jeu en ligne légale, responsable et adaptée au cadre réglementaire.» Prévu au départ pour le début de 2017, le dossier est très complexe sur le plan technique et implique un grand nombre d’intervenants. «Le dossier suit toujours son cours et la date anticipée au départ pour un éventuel blocage des sites de jeu en ligne illégaux est naturellement repoussée, mais (le dossier) n’est nullement remis en cause.»

À mon humble avis, le gouvernement pourrait recruter un expert nord-coréen afin de faire cheminer le dossier plus rapidement. Après le blocage des sites de jeu en ligne, quelle sera la prochaine cible du gouvernement ? Allons-nous assister à un blocage des sites culinaires ? Un quota de chansons québécoises pour les sites de diffusion en continu ? Même si le Québec est soi-disant pour la neutralité de l’Internet, son ingérence vient directement biaiser ce sentiment de liberté.