L’éthique informatique

CHRONIQUE / Cette semaine, on apprenait que le Federal Bureau of Investigation (FBI) utilisait les ateliers de réparation de la compagnie Best Buy aux États-Unis afin de recueillir des informations personnelles contenues sur les ordinateurs des clients.

En effet, depuis près d’une dizaine d’années, le FBI aurait offert des primes de 500 $ US à certains techniciens de la Geek Squad afin de fournir des informations personnelles, et ce, sans avoir besoin d’obtenir un mandat. Advenant le cas que de l’information pertinente se trouve à l’intérieur de l’ordinateur fouillé, le FBI pouvait, dans certains cas, demander un mandat. 

La rançon offerte laisse planer plusieurs doutes quant à l’éthique des techniciens de la Geek Squad aux États-Unis. Ce fameux 500 $ faisait-il en sorte que chaque ordinateur réparé était scruté à la loupe afin de déceler la moindre infraction ? Sur le grand nombre de clients traités quotidiennement, il est évident que la grande majorité de ceux-ci n’étaient susceptibles d’éveiller le moindre soupçon. Par contre, leurs ordinateurs étaient probablement fouillés par les techniciens à la recherche de la perle rare pouvant incriminer le détenteur de la machine défectueuse. 

On ne connaît pas encore l’étendue de ce stratagème, mais il n’en demeure pas moins que nous devons nous questionner sur certaines règles d’éthique que les techniciens doivent adopter.

Vie privée

Lorsque vous confiez votre ordinateur à un technicien, il doit y avoir un lien de confiance envers celui-ci, car une bonne partie de votre intimité se retrouve alors entre les mains d’un étranger.

Avec la numérisation des contenus traditionnellement papier, l’ordinateur fait désormais office de mémoire familiale, reléguant aux oubliettes la bonne vieille boîte à chaussures remplie de photos !

Étant moi-même un technicien en informatique depuis une vingtaine d’années, j’ai toujours porté un grand soin à la vie privée de mes clients en réparant leur ordinateur sans fouiller le contenu de celui-ci. Sauf que si, par mégarde, je tombe sur des fichiers répréhensibles par la loi, la dénonciation est la seule option possible.

Manque d’encadrement

Un code d’éthique écrit noir sur blanc éliminerait les zones grises permettant ainsi aux techniciens d’agir de manière uniforme. Les techniciens en informatique ne sont pas encadrés sous l’égide d’un ordre quelconque, qui assurerait la standardisation des services, ou d’un code d’éthique bien défini. 

Bien que le métier soit en constante évolution, il faut toutefois se rendre à l’évidence qu’il prend parfois des allures de Far West, où les charlatans côtoient les véritables professionnels. Pour la clientèle, il devient alors extrêmement difficile de choisir, car n’importe quel « ti-coune » peut s’improviser technicien. 

Ce manque d’encadrement provoque inévitablement un écart majeur au niveau des tarifs, car certaines entreprises investissent des sommes colossales dans la formation et la certification de leurs techniciens, ce qui fait grimper la facture, tandis que dans d’autres entreprises, les « techniciens » sont laissés à eux-mêmes. 

Au Québec, un regroupement professionnel est souvent synonyme de dédale administratif qui, avec l’usure du temps, s’éloigne de sa mission première, embourgeoisé par les cotisations des membres.

L’informatique englobe aussi une multitude de spécialisations, que ce soit au niveau des infrastructures réseau, des serveurs ou même de certains logiciels. Malgré toutes ces spécialisations, l’informaticien est, dans bien des cas, en mesure d’en couvrir un bon nombre, ce qui nous écarte alors du modèle de l’industrie de la construction québécoise, qui segmente chaque corps de métier.

Les certifications apportent une crédibilité ainsi qu’une expertise qui n’est malheureusement pas valorisée à son juste prix parce que dans bien des situations, elle n’est pas obligatoire afin d’assurer un service. 

Pour bien des gens, « le gars d’informatique » n’est qu’un geek qui pratique une profession qui n’en est pas vraiment une, car lui, il aime ça, les ordinateurs ! Le « pitonneux de service », qui n’entretient pas de vie sociale au-delà de son écran, mérite tout de même le respect, car il est souvent névralgique dans le fonctionnement des entreprises. 

Le cas de Best Buy aux États-Unis nous porte à réfléchir sur la confidentialité des clients, mais aussi sur les enjeux au niveau de la main-d’oeuvre, qui est trop souvent démunie de ressources.

La prime de 500 $ US est très alléchante, car la rémunération dans ce domaine est près du salaire minimum. La compétence coûte cher, mais l’incompétence encore plus. Parlez-en aux fonctionnaires fédéraux aux prises avec le système de paye Phénix.