Au Canada, les libéraux de Justin Trudeau avaient embauché la firme Precision Strategies, une entreprise américaine fondée par les génies de la campagne Obama 2012.

Les algorithmes et le pouvoir

Ceux qui me lisent assidûment connaissent la réticence que j’éprouve par rapport aux géants Internet, Facebook et Google dans leur manière insidieuse de monnayer les données personnelles. Moi qui ne cesse de répéter à qui veut bien l’entendre que sur Internet, rien n’est gratuit.

Facebook, Google et tous les autres réseaux sociaux vous offrent un service gratuitement, mais sont, par la bande, financés par la cueillette de vos informations personnelles. 

Si c’est gratuit, vous êtes le produit. 

(Cette dernière n’est malheureusement pas de moi ! ) 

Après le cheval de Troie...Le cheval de Trump

L’entreprise Cambridge Analytica, qui se spécialise dans l’analyse de données, est accusée d’avoir récolté, sans consentement, les informations personnelles de près de cinquante millions d’utilisateurs de Facebook dans le but de faire du micro ciblage publicitaire et ainsi influencer les électeurs. Pour réussir ce tour de force, ils ont fait appel à un chercheur de l’université de Cambridge, afin de concocter une application du nom de «thisisyourdigitallife» qui se veut au départ un test de personnalité dont les participants sont rémunérés quelques dollars. L’application est alors téléchargée plus de 200 000 fois et collecte les informations personnelles des utilisateurs et qui plus est, celles de leurs contacts Facebook afin de constituer une immense base de données. Cette application agissait à la manière d’un cheval de Troie en s’infiltrant dans les comptes Facebook des amis, bifurquant ainsi de sa mission première. L’aspiration des données personnelles des contacts se fait évidemment sans leur consentement, mais, à cette époque, Facebook permettait ce genre de pratiques douteuses. 

Bannon et ses données

En 2016, Stephen Bannon, vice-président de Cambridge Analytica, devient directeur de la campagne présidentielle de Donald Trump. Les données supposément récoltées dans un but académique sont achetées par l’équipe de Trump, afin de cibler avec une plus grande précision les électeurs. Le micro ciblage des publications Facebook dans un cadre électoral permet de bombarder les électeurs de publicité adaptée à leurs intérêts, mais cela permet également de diffuser de fausses informations à des fins de propagande.

Nous avons tendance à diaboliser Donald Trump, mais il n’est pas le premier à utiliser ce type de stratagème. D’ailleurs, pour la présidentielle de 2012, Barack Obama a utilisé une méthode basée sur «la puissance de l’amitié» afin de récolter des données personnelles. Le journal The Guardian explique très bien la stratégie de l’époque, qui consiste à inscrire obligatoirement, via Facebook, les partisans, les bénévoles et les employés de l’équipe Obama. L’inscription permettait d’extraire les informations personnelles des membres ainsi que celles de leurs amis. «Si vous vous connectez avec Facebook maintenant, la campagne vous a connecté avec toutes vos relations» déclarait à l’époque un organisateur de la stratégie numérique d’Obama. 

Au Canada, les libéraux de Justin Trudeau ont embauché la firme Precision Strategies, une entreprise américaine fondée par les génies de la campagne Obama 2012. L’équipe dirigée par Jennifer O’Malley Dillon, ancienne directrice adjointe pour la campagne Obama 2012, avait pour mission de créer des stratégies à l’aide des données dans le but d’obtenir un contact plus ciblé avec les électeurs. Selon Madame O’Malley Dillon, «en remportant les élections parlementaires au Canada, les libéraux ont fait plus que de la sagesse conventionnelle et affichaient leur meilleure performance en 40 ans. Ils ont également démontré le pouvoir d’une campagne de base axée sur les données et d’un message cohérent et optimiste de croissance économique». Cette campagne ciblée avait pour but de faire sortir l’électorat en envoyant un message d’espoir et de jeunesse, un vent de renouveau poussé par le truchement des médias sociaux. 

Utilisés à outrance pendant la campagne électorale de 2015, les médias sociaux semblent le fer de lance du gouvernement Trudeau qui investit des sommes colossales dans ce qui semble être désormais le canal de prédilection de l’État. 

Est-ce que Cambridge Analytica a eu un impact si grand dans la campagne de Trump? Selon moi, ce n’est qu’une marche de l’escalier qui mène au pouvoir, car l’électorat des années 2010 semble plus volatil que jamais. Par contre, ce qui est inquiétant, c’est de voir qu’un électeur n’est maintenant qu’une simple colonne statistique dans l’infini du Big Data. Que son vote est désormais acheté à grand coup de campagnes publicitaires ciblées sur les réseaux sociaux. Dans l’fond, Hillary Clinton a été battue par quoi ? Par l’argent et les algorithmes.