Commodore Vic-20

Le cadeau d'une vie

CHRONIQUE / L’histoire que je vais vous raconter est la genèse de ce qui allait éventuellement devenir ma carrière. Ayant grandi dans les années 80, alors que l’informatique personnelle faisait tranquillement son apparition dans les foyers.

Le monde cinématographique du milieu des années 80 regorgeait de films remplis de clichés destinés aux adolescents qui étaient alors la progéniture des baby-boomers. Parmi ces clichés, il y avait bien sûr le sportif avec sa rutilante bagnole ainsi que sa rutilante copine probablement meneuse de claques, il y avait également son antithèse : le nerd antisocial passionné d’informatique. Étant donné ma « shape de poulet », le stéréotype du nerd me rejoignait bien malgré moi. Dans les films, le petit futé à lunettes avec son talent inné à manier un ordinateur pouvait exécuter des prouesses incroyables, question de demeurer dans le cliché absolu. Avec son ordinateur, l’informaticien en herbe pouvait, en quelques secondes de pitonnage, contrôler des missiles de l’armée américaine comme dans le film Jeux de guerre ou même se fabriquer une créature de rêve, comme dans le film du même nom. Avec un ordinateur, les possibilités étaient infinies et le nerd que j’étais aurait tellement voulu posséder une telle machine !

Noël 1985

Nous étions reçus chez ma tante Louise et mon oncle Clermont dans leur chaleureux sous-sol de Desbiens, ce village qui n’était pas encore extrême à cette époque ! Les bottes dans le bain, les manteaux sur un lit ainsi que le savoureux lunch méticuleusement préparé par ma tante faisaient partie de cette tradition des grands rassemblements familiaux de l’époque.

Le petit gars de 8 ans que j’étais rêvait d’avoir en cadeau une console de jeu vidéo afin de ne plus être aux crochets de mes cousins qui en possédaient une. Que ce soit un Coleco Vision ou un Atari 2600, je me foutais éperdument du modèle, car je n’avais pas encore essayé la Nintendo, qui était sur les tablettes depuis quelques mois seulement. Cousins et cousines nous animent le spectacle du réveillon avec la turbulence qu’apporte une gang d’enfants en attentes de cadeaux ! Au retour de la messe, la distribution des cadeaux commençait, un sbire du père Noël en assurait le bon fonctionnement. Le premier paquet que je suis appelé à déballer était un lecteur à cassette audio beige et brun qui n’avait même pas l’air neuf.

Commodore Vic-20

On pouvait lire immédiatement la déception sur mon visage, d’autant plus que le cadeau en question était de la part de mes parents, grands-parents et de mon parrain… J’étais foutu, qu’est-ce que je pouvais bien faire avec ce lecteur brun et beige mis à part écouter la cassette de Claude Barzotti qui semblait être soudée à l’intérieur de la radio du Trans-Am de ma mère ! Je ruminais mon désespoir qui s’accentue alors au rythme où cousins et cousines déballent leurs nombreux cadeaux plus intéressants les uns que les autres, du moins plus qu’un lecteur de cassettes brun et beige ! Je suis alors appelé, à mon grand étonnement, pour déballer une deuxième boîte qui, ma foi, semble très lourde compte tenu de sa petitesse !

À mesure que je retire le papier de la boîte, la déception est de nouveau de retour. Ce cadeau, encore une fois usagé, un bouquin dont les coins usés et les pages froissées trahissent malheureusement son vécu, jette une douche d’eau froide sur le peu d’espoir que j’avais en cette soirée de Noël 85 ! Cette bible du langage informatique Basic était ni plus ni moins qu’une punition parce que je n’avais probablement pas été si gentil que ça pendant l’année. Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça ? J’étais jaloux de la pâte à modeler que mon cousin de 2 ans venait de déballer, car je me sentais trahi, délaissé par ma famille. Le petit malavenant que j’étais ne cachait pas sa grande amertume envers cette soirée qui s’annonçait pourtant, au départ, si merveilleuse. Le bas du sapin étant maintenant dégarni de ses cadeaux, j’avais juste envie d’aller me réfugier sous les manteaux de fourrure disposés aléatoirement sur le lit de ma tante.

C’est alors que le père Noël, du moins son pastiche, cria haut et fort mon nom afin que je vienne chercher une dernière boîte qui est, ma foi, beaucoup plus imposante que les autres. Allais-je m’humilier une fois de plus pour un présent avec lequel je n’aurais aucune affinité ? Au rythme où je retire le flamboyant emballage, ma mine déconfite fait son retour après une pause momentanée ! Cette boîte, encore une fois usagée, contient un gros clavier aux mêmes couleurs que le lecteur cassette précédemment reçu. Ma mère me dit alors : « C’est un ordinateur ! Ton premier ordinateur, pour toi ! » Soudainement toute la déception et la tristesse de la dernière heure prennent le bord et je veux retourner à la maison le plus vite possible afin de brancher, sur ma télé noir et blanc, cette belle machine beige et brune.

Ce Vic-20, bien que déjà fort désuet à l’époque, allait établir ni plus ni moins que la fondation de ce que j’allais devenir dans la vie. Ce n’était pas une console de jeu, c’était pour moi une puissante machine qui me permettait de programmer mes propres jeux. Qui aurait dit que cette soirée de 1985 allait devenir si importante pour moi et qu’avec le recul, ce présent prendrait une place si grande dans mon cœur. Le cadeau parfait est si difficile à trouver. Ce soir-là, vous avez visé juste et je vous en suis si reconnaissant ! Merci encore et joyeux Noël !

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Spécifications techniques du Commodore Vic-20

  • Fabriqué entre 1981 et 1985
  • Vitesse de processeur 1 MHZ
  • Mémoire vive 5 KO
  • Résolution vidéo 184x176 16 couleurs