Les deux premières révolutions industrielles se sont échelonnées sur une centaine d’années chacune tandis que nous vivons une deuxième révolution industrielle en moins de 50 ans.

Le 4.0 et l’acceptabilité sociale

CHRONIQUE / La révolution industrielle de quatrième génération en est présentement à ses balbutiements, mais celle-ci risque fort de chambouler l’économie mondiale, et ce, dans un avenir très rapproché. Propulsé par l’informatique, le 4.0 est un enjeu majeur dans cette période où la pénurie de main-d’oeuvre est sur toutes les lèvres.

L’industrie 4.0 est le carrefour technologique regroupant une multitude de disciplines dans le but ultime d’automatiser de manière optimale des procédés de fabrication. Dans un contexte idéal, une chaîne de production peut être entièrement autonome, de l’approvisionnement à la distribution des produits. Ce tour de force est rendu possible grâce à l’analyse des mégadonnées permettant d’établir des schémas de production précis s’ajustant en temps réel au marché. Le traitement de cette masse critique de données est le nerf de la guerre de la nouvelle industrie reléguant aux oubliettes les préceptes classiques de gestion basés essentiellement sur l’offre et la demande globale. Les chaînes de production 4.0 réduisent considérablement le nombre d’automates mono tâche ; elles sont plutôt composées de robots munis de multiples capteurs ayant la possibilité d’effectuer un plus grand nombre d’opérations tout en interagissant les uns avec les autres afin de maximiser chacune des étapes de production.

Rio Tinto et l’acceptabilité sociale

En février 2018, Rio Tinto lance le site Internet espacedesbatisseurs.com dans le but d’offrir une plate-forme collaborative aux différents intervenants du domaine de l’aluminium, mais aussi pour la population qui devra définir les tenants et aboutissants de l’acceptation sociale du 4.0 qui privilégie la technologie au détriment de la main-d’oeuvre.

C’est ici que je troque le chapeau de chroniqueur techno pour celui de citoyen, Arvidien de surcroît, soucieux de l’avenir économique de sa région. Est-ce que le but ultime de la démarche est de pouvoir dresser des bases théoriques socialement acceptables pour les futures usines entièrement automatisées dont les ressources humaines seraient maintenues au minimum ? Dans un contexte économique où une quantité notable d’emplois bien rémunérés est supprimée, de quelle manière les différents paliers de gouvernements combleront-ils le manque à gagner en taxes et impôts non perçus ? Selon un document fourni par Rio Tinto, « la transformation numérique est un passage obligé pour toute entreprise soucieuse de progresser, de croître et, surtout, de durer alors que s’amorce la quatrième révolution industrielle, celle du numérique. Inévitable, cette mutation s’avère d’une importance inégalée, car elle exige de développer une agilité sans laquelle il sera pratiquement impossible de progresser ni même survivre dans un environnement concurrentiel impitoyable. »

L’industrialisation 4.0 est propulsée par l’infonuagique, les mégadonnées et l’intelligence artificielle, ce qui permet une gestion optimale de coûts d’opération en limitant les pertes de productivité occasionnées jadis par l’erreur humaine. Par contre, les investissements devront se faire rapidement et les débats devront être écourtés en raison de l’essor rapide de la Chine dans l’industrialisation 4.0 dont les nouvelles usines poussent comme des champignons. L’acceptabilité sociale de l’industrie dite classique est en quelque sorte un pacte tacite entre la population et son industrie, des emplois contre des ressources. Dans un contexte où l’évolution technologique vient littéralement chambouler les méthodes de production conventionnelles, supprimant au passage les emplois et déséquilibrant drastiquement le rapport ressources versus emplois. Il est donc primordial, voire essentiel pour les régions ressources, de prendre au sérieux cet éminent virage en offrant des programmes spécialisés afin de pourvoir les postes créés par cette nouvelle économie tout en minimisant les pertes de main-d’oeuvre reliées à cette migration.

Le Collège d’Alma va au-devant de la tendance en offrant dès avril 2019 une attestation d’études collégiales en numérique 4.0 d’une durée de 390 heures. D’ailleurs, selon une étude publiée par les chercheurs de l’Institute for the Future en collaboration avec Dell Technologies, 85 % des métiers de 2030 n’ont pas encore été inventés. Bien que cette étude puisse paraître un tantinet alarmiste, elle évoque néanmoins la grande période de changements dans laquelle nous vivons, une révolution dont les impacts ne doivent pas être pris à la légère.