Le logiciel FakeApp utilise des milliers de photos afin d’apprendre les expressions faciales.

L'avenir des fausses nouvelles

CHRONIQUE / Depuis quelques semaines, on me pose de plus en plus de questions à propos des applications qui échangent numériquement les visages sur des vidéos. Je vous avertis tout de suite, cette chronique peut contenir des anglicismes, car les termes techniques ne trouvent pas encore d’équivalents dans la langue de Molière !   

Comme je suis attentif à mon lectorat, je vais tenter à travers cette chronique de vulgariser du mieux que possible le phénomène du deepfake, qui consiste à substituer le visage d’une personne sur une vidéo par le visage d’une autre. Il y a quelques mois, une série de vidéos à caractère obscène mettant en vedette des célébrités dont le visage a été usurpé a fait son apparition sur Internet. Une scène à caractère pornographique mettant en vedette Gal Gadot (Wonder Woman) eut l’effet d’enflammer littéralement la toile par son réalisme. Le travail derrière cet exploit n’est exécuté non pas par un animateur 3D professionnel, mais bien par un logiciel d’intelligence artificielle. Pour réaliser cet exploit, vous n’avez pas besoin d’un équipement digne d’un studio hollywoodien. Il est désormais possible de le faire avec un simple ordinateur muni d’une bonne carte graphique. Ce tour de force est fait grâce au logiciel FakeApp qui analyse image par image une séquence vidéo, afin de recréer le plus fidèlement possible chaque expression avec un nouveau visage. Le logiciel utilisera toute la puissance de calcul disponible de l’ordinateur qui sera sollicité de nombreuses heures, voire de nombreux jours, afin de raffiner la précision du subterfuge. Contrairement aux techniques habituelles de substitution de visages, qui consistaient à une découpe manuelle image par image, la technologie derrière FakeApp utilise le logiciel d’apprentissage profond (deep learning) Tensorflow conçu par Google, afin d’apprendre les expressions d’un visage pour les recréer numériquement avec un autre. Actuellement, nous en sommes qu’aux balbutiements de cette technologie et les résultats sont étonnants. J’imagine que d’ici quelques années, la précision sera encore plus grande et l’arnaque plus dangereuse.

Cette semaine, c’était au tour du site Buzzfeed de concevoir sa propre vidéo, usurpant l’identité de nul autre que Barack Obama. Dans cette vidéo devenue fort rapidement virale, on peut y voir un Barack Obama grossier envers Donald Trump. Ce qui frappe immédiatement l’imaginaire, c’est que le subterfuge est si bien fait qu’une majorité d’internautes se sont fait duper, et ce, malgré les avertissements de BuzzFeed, qui titrait son article ainsi : «Vous regardez l’avenir des fausses nouvelles et de la propagande.» 

Au-delà du visage, la voix peut également être substituée non pas grâce au traditionnel humoriste imitateur, mais bien via l’intelligence artificielle. L’entreprise Montréalaise Lyrebird, qui se spécialise dans la copie numérique de la voix, a d’ailleurs travaillé sur la vidéo de BuzzFeed afin, de recréer la voix de l’ancien président américain.

Cette étonnante précision laisse présager le pire en matière de fausses nouvelles et propagandes qui pourraient même déclencher une «infocalypse», c’est-à-dire un point de non-retour entre l’information et la désinformation. Avec les avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle, combinée aux puissances de calculs répartis telles les chaînes de blocs, il y aura une prolifération rapide de fausses nouvelles vidéos, car elles seront faciles et rapides à produire. Qui sait un jour, le faux prendra peut-être le dessus sur le vrai, en proposant du rétro divertissement en temps réel avec Elvis à la tête d’un talk-show qui s’entretient avec Marilyn Monroe !

L’acteur Nicolas Cage est la vedette bien malgré lui de nombreuses vidéos.
La vidéo publiée par le site BuzzFeed et mettant en vedette Barack Obama, est d’un réalisme déconcertant, autant au niveau visuel qu’audio.